LA SAGESSE DE LA PIEUVRE, une immersion féerique – Critique

Passé plutôt inaperçu, LA SAGESSE DE LA PIEUVRE mérite d’être vu !

Le documentaire est un genre qui peine encore à séduire les spectateurs. Jugé trop didactique, ou trop linéaire, le public reste bien souvent réfractaire. Réaliser un long métrage sur la vie d’une pieuvre est donc un pari très osé. Et pourtant, James Reed et Pippa Ehrlich le relèvent haut la main. C’est en détournant les codes du genre et en nous présentant leur film comme une véritable fiction qu’ils vont réussir à convaincre le public. Vous l’aurez compris, LA SAGESSE DE LA PIEUVRE n’est pas un simple reportage animalier mais bel et bien une incroyable histoire d’amitié.

Dès les premières minutes, la voix off de Craig Foster, le producteur et le personnage principal du film, nous explique que cette rencontre a totalement bouleversé sa vie. Il ajoute que pour qu’on puisse le comprendre, il doit alors revenir là où tout à commencé.

Cette structure narrative est celle d’une fiction classique, le récit se base sur un flashback qui nous amène à comprendre la position actuelle de Craig. Dans cette séquence que l’on peut qualifier d’exposition, nous découvrons ainsi l’univers de Craig, sa routine et ses objectifs. Craig est un réalisateur et un père de famille aguerri, qui éprouve depuis un certain temps un profond mal-être. Il ne ressent plus aucune passion, lassé par son travail, il se replie sur lui même et en délaisse sa propre famille.

Jusqu’ici, le spectateur a plutôt l’impression d’assister à une fiction, à un film dramatique. Et cela se confirme par l’arrivée d’une perturbation que l’on appelle dans l’écriture scénaristique : l’incident déclencheur. Dans toutes fictions, la routine du héros est bousculée par un évènement. Événement qui va le pousser à devoir faire un choix. Prenons l’exemple d’un film que nous connaissons tous : Star Wars, l’épisode IV. Tandis que le jeune Luke Skywalker s’ennuie dans la ferme de son oncle, il découvre un message caché dans le droïde qu’il vient d’acheter. Ce message chamboule complètement ses plans. Va-t-il l’ignorer ? Ou va-t-il tenter d’en apprendre davantage ? Le personnage doit choisir.

© Netflix

Dans LA SAGESSE DE LA PIEUVRE, la découverte de ce poulpe bouleverse Craig. Il est totalement fasciné par cet animal. Lui qui ne voulait plus exercer son métier, décide de renouer avec sa passion et d’aller étudier cette pieuvre. 

Dès lors, le film prend plutôt la forme d’un journal de bord où nous assistons au développement de leur relation du premier jour jusqu’au dernier. Le titre original est bien plus significatif : MY OCTOPUS TEACHER. Le poulpe, par son comportement, réconforte Craig. L’animal lui accorde sa confiance et c’est ce dont Craig avait besoin. On le voit notamment avec une séquence très touchante et complètement hallucinante où la pieuvre se blottit dans ses bras et remonte avec lui jusqu’à la surface.

Cependant, comme dans toute histoire, cette relation ne peut échapper aux péripéties. La plus importante restera l’attaque du requin-pyjama, le prédateur le plus redouté de la pieuvre. Cette séquence se déroule de nuit, Craig, lampe à la main, explore cette impressionnante forêt de kelp qui se situe à la pointe de l’Afrique du Sud. L’ambiance est digne d’un thriller, le suspense est à son apogée. Le requin surgit et s’en suit d’une course poursuite entre lui et sa proie. Si la pieuvre réussit à ne pas se faire entièrement dévorer, elle perd néanmoins un tentacule.

Craig est intimement touché, il ressent pleinement cette perte. C’est alors à son tour de lui venir en aide et après quelques semaines, le tentacule repousse. La pieuvre réussit à survivre et à surpasser cet obstacle. Cet évènement est très important pour Craig, qui se sent désormais capable d’affronter ses propres difficultés. Il s’inspire alors de son objet d’étude et met tout en œuvre pour s’améliorer. Cela passe notamment par le développement d’une nouvelle relation avec son fils. Il sort de sa bulle et lui fait découvrir son monde. Ensemble, ils partagent désormais la même passion. De son côté, la pieuvre poursuit ses exploits et parvient à surpasser son prédateur. Simplement pour cette séquence, le film mérite d’être visionné.

LA SAGESSE DE LA PIEUVRE, en plus d’être une histoire passionnante, réserve une fantastique mise en scène. Le spectateur est en totale immersion, il explore lui même les fonds marins. La multitude de plans subjectifs participent grandement à cet effet.

© Netflix

La mer et tous les êtres qui la composent sont sublimés. Le poulpe, qui n’est pourtant pas un animal majestueux, est magnifié. Comme l’avait fait Jean Painlevé en 1928, James Reed et Pippa Ehrlich tentent de filmer les animaux d’une autre façon. 

Les animaux, mais également les hommes, car si le poulpe est parfois humanisé, Craig, à l’inverse, est rendu plus sauvage, plus naturel. Une fois de plus, les deux êtres sont complémentaires.

LA SAGESSE DE LA PIEUVRE est donc une histoire d’émotion, de passion et d’inspiration. Que ce soit pour sa mise en scène originale ou son scénario rocambolesque, ce documentaire peu commun mérite d’être visionné !

Violette Rettien

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Titre original : La Sagesse de la Pieuvre • Réalisation : James Reed, Pippa Ehrlich• Acteurs principaux : Craig Foster • Date de sortie : 7 septembre 2020 • Durée : 1h25min
3.5
Intéressant

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