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Crédits : Monster Film Committee

L’INNOCENCE, le brasier monstrueux du renouveau japonais – Critique


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L’INNOCENCE est un retour enflammé dans ses terres de la part de Hirokazu Kore-eda. Pourtant, si le réalisateur met le feu à son pays natal, c’est tout simplement pour faire pousser sur les cendres de l’ancien monde de nouvelles fleurs.

Vision biaisée

L’enfant prodigue du cinéma japonais revient pour apporter de nouveau sa maîtrise totale de l’intrigue et de la réalisation. Pour ce faire, L’INNOCENCE est construit autour de l’effet Rashomon, procédé cinématographique tiré du film éponyme qui se base sur le fait qu’un événement est interprété différemment par plusieurs personnages. Ce concept qui touche dans le métrage Saori (Sakura Andô), Hori (Eita Nagayama) et Minato (Soya Kurokawa) atteint aussi le spectateur. Notre point de vue est biaisé durant les deux premiers tiers du métrage. En effet, le film nous donne l’impression de regarder un thriller. De plus, le nom japonais de L’INNOCENCE – 怪物 – se rapporte à un fameux manga de Naoki Urasawa, ce qui brouille entièrement notre perception de l’intrigue. Le retour de Kore-eda se rapporte à un incendie : tout nous fait croire qu’il est criminel, pourtant il est naturel.

Un éternel recommencement

L’INNOCENCE, par sa nature, est un récit cyclique. Chaque « témoignage » des événements débute par un incendie et se conclut par le typhon. Ce cycle est lié avec l’idée de Big Crunch qui est promulguée durant le métrage, bien qu’il n’advient pas. Effectivement, nous revenons sans cesse au début des événements, comme s’il nous manquait quelque chose, comme si ce que nous avions vu n’était pas vrai. Cela a un rapport avec les éléments, et particulièrement le feu et l’eau. Les personnages tentent de garder la flamme allumée, sauf que le typhon l’éteint constamment.

School on fire

Ce feu, c’est celui de Saori, la mère de Minato, qui brûle face à ce qu’elle voit. Nous sommes dans le point de vue d’une mère célibataire, c’est-à-dire d’une femme protectrice envers son enfant. De ses yeux, Minato est harcelé à l’école et son maître en est une des principales causes. L’école tente alors d’étouffer ce feu intérieur, sauf qu’ils ne font que l’attiser. C’est visible lorsque la directrice et les professeurs s’excusent, leurs corps entourant Saori. S’ils agissent de la sorte, c’est aussi pour éteindre le feu de l’opinion publique. Cela est perceptible lorsque nous adoptons la vision de Hori. À ses côtés, nous changeons d’avis sur sa personne : il n’est plus un dépravé, au contraire, c’est même un maître respectable. Cependant, il ne connaît pas, lui non plus, la vérité. Pour lui, Minato harcèle Eri (Hinata Hiiragi). L’école n’est pas de cet avis, en particulier à cause du scandale qu’a causé Saori. Tout est fait pour sauver l’institution, quitte à damner Hori. La séquence des excuses publiques symbolise les deux premières visions qui nous sont offertes de l’intrigue. Du côté de Saori, le maître est coupable car nous possédons une vue d’ensemble de la scène, tandis que du côté de Hori, cette caméra placée derrière lui marque sa soumission à cette masse floue comme s’il tournait le dos de force à ses convictions. Toutefois, même s’il voulait montrer son feu, celui-ci n’est pas le bon.

Nouvelle flamme

La dernière partie du métrage est consacrée à Minato et à sa relation avec Eri. Dans une japonisation du Close de Lukas Dhont, c’est la société nippone qui essaie d’éteindre leur feu, que ce soit par Saori qui souhaite que son fils ait une famille normale, le père de Eri qui réprime la nature de celui-ci, par les élèves qui harcèlent ou même par Minato qui ment aux autres et à lui-même. Cette partie essentielle nous offre des réponses et change le ton du métrage. Du thriller, nous passons à la romance dramatique. Les deux enfants, éloignés de cette société faussement bienveillante à cause de leur sexualité, se retrouve dans la nature, loin de la métropole qui était présente constamment, dans une sorte de jardin d’Eden où ils peuvent se retrouver. Le feu de rébellion qui était attisé initialement par Eri va toucher Minato pour créer un nouvel univers.

Brûler les anciennes fondations

L’INNOCENCE enflamme une société japonaise conservatrice trop accrochée à ses coutumes. Pour ce faire, Kore-eda use de l’effet Rashomon, un procédé cinématographique ancien et surtout japonais. S’il utilise ce concept, c’est pour mieux le détruire pour offrir une intrigue moderne. Le réalisateur se place dans la peau de la directrice de l’école, qui se trouve au début et à la fin de la partie avec Minato. Elle représente ce Japon froid, mentant tout comme l’enfant sur ce qui est arrivé à sa petite fille. Toutefois, elle est celle qui voit la cause de l’incendie au bar à hôtesse et c’est celle qui aide Minato à exprimer ses sentiments. À l’instar du film, elle s’émancipe des barrières conservatrices, en passant d’une femme ancrée dans le système à une qui s’en échappe.

Kore-eda monsters

Kore-eda utilise un concept ancien pour brouiller les pistes avant de les balayer dans la dernière partie de son œuvre pour laisser la place aux monstres. Faux thriller scolaire, L’INNOCENCE est l’huile qui embrase le feu de ces créatures. Le terme « monstre » se rapporte plus ou moins à tous les personnages, toutefois elle n’a pas la même signification selon le point de vue face auquel nous nous plaçons. En effet, cette filiation terrible dans la bouche des adultes est pourtant différente dans celle des enfants. Ces derniers sont les créatures de Frankenstein d’un classique Universal inversé où le feu et l’eau changent de place, et où les monstres continuent de vivre. Chassés par les véritables monstruosités, ces enfants ne souhaitent juste qu’être considérés comme des êtres humains.

L’INNOCENCE conclu une année de cinéma japonais fructueuse. Hirokazu Kore-eda est revenu pour confirmer cette tendance en contemplant les graines d’une nouvelle ère qu’il avait lui-même planté. Voir le monde lui a été bénéfique pour confirmer sa vision du sien.

Flavien CARRÉ

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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