MANDY, cauchemar sous acide – Critique

Encore une fois aux antipodes des personnages douteux auxquels il est généralement assimilé, Nicolas Cage porte cet étrange objet fictionnel en offrant l’une de ses meilleures prestations.

Tout commence dans un univers qui n’est pas sans rappeler les dernières dystopies lynchéennes : dans une sorte de tableau fluorescent où les arbres d’une forêt ont vaincu les derniers rayons du soleil, Nicolas Cage évolue quotidiennement au sein d’une utopie acerbe inévitablement soumise à l’implosion. D’une scierie désertée au domicile féerique où il se nourrit des divagations planétaires de sa compagne, Red se complait dans un microcosme hypnotique que l’on arpente avec plaisir. On pense souvent à Blue Ruin et Green Room de Jeremy Saulnier en découvrant cet étrange univers rural, bercé par le rythme des synthés. On se doute, comme chez Saulnier, que la candeur du phalanstère est vouée à l’expérimentation d’une violence implacable.

Le danger est évidemment polymorphe et s’inscrit dans la lignée de ce premier acte séduisant. La première ombre obstruant l’harmonie initiale est celle engendrée par une secte de hippies, dégénérescence néfaste du Flower Power. On se surprend ainsi à rire en écoutant les divagations phallocentriques d’un gourou qui est une parodie de l’échec rencontré par la musique folk au contact de courants plus radicaux. Le rire de Mandy face à l’éloquence absurde de Jeremiah est même communicatif alors que la transition vers l’horreur est déjà amorcée et que les contours de la berceuse initiale s’assombrissent.

Il est jubilatoire de constater que Panos Costamos (qu’on espère revoir au plus vite derrière une caméra) accommode sa dystopie de références toutes plus pertinentes les unes que les autres. L’intertexte est parfaitement pensé et on se réjouit de voir Nicolas Cage se mouvoir seul sur un vaste échiquier. D’une case à l’autre, il bascule d’une science-fiction citant explicitement Carpenter au nanar de genre où le héros se construit une hache digne de Conan, avant un duel à la tronçonneuse que Tobe Hooper n’aurait pas renié. Pour autant, si l’on pouvait craindre de basculer dans le « Cage movie » participant à la légende de l’acteur, il n’en est en vérité jamais question. Au contraire : comme David Gordon Green avec Joe (2011), c’est avant tout la création d’un monde purement fictionnel qui prime, un monde propice à l’expression déliée d’un argumentaire artistique.

Nicolas Cage, égérie de l’acid pop culture

Mandy – directed by Panos Cosmatos. SpectreVision, XYZ Films & Umedia. Photo: Jo Voets

Avant que Red ne franchisse les derniers niveaux de cet aveuglant jeu d’arcade, les deux premiers actes du film détonnent par leur intensité visuelle. Outre les passages discutables vers l’animation ou une symbolique religieuse parfois poussive, le récit se construit à la manière d’un puzzle visuel où chaque pièce est le vecteur d’une étape clé. Le scénario ne s’empêtre pas dans des rebondissements et suit avec rigueur les étapes d’un drame classique sur le thème de la vengeance. Costamos profite de cette singularité dans la narration pour renouer audacieusement avec un cinéma de genre disparu des radars, où science-fiction et horreur cohabitent avec harmonie. Chaque plan devient un indice des dangers gravitant autour d’un corps meurtri. Le rugissement final du héros traduit toutes les blessures engrangées au milieu de la sauvagerie de la jungle. Le tigre ne cède pas face à l’aliénation.

Passé le plaisir non-dissimulable de voir Nicolas Cage dans l’un de ses meilleurs rôles, il reste un film nocturne et hypnotisant, un trajet sans retour dans une galaxie aux reflets changeants qui embellit un mièvre catalogue Netflix. Comme Uncut Gems en 2020, MANDY est une bouffée d’air adéquate qui aurait aurait dû occuper une place de choix dans les salles. On souhaite que le film vieillisse de la meilleure des manières et trouve le public escompté tant la démarche opérée par Costamos est louable.

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Emeric

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Titre original : Mandy
Réalisation : Panos Costamos
Scénario : Aaron Stewart-Ahn, Panos Costamos
Acteurs principaux : Nicolas Cage, Andrea Riseborough, Richard Brake, Linus Roache
Date de sortie : 6 Février 2020
Durée : 2h07min
4
réussi

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