MICA, le tennis comme ascenseur social – Critique

Pour son dernier long métrage, MICA, en compétition au Festival Francophone d’Angoulême, Ismaël Ferroukhi suit le parcours au Maroc d’un jeune garçon attachant.

D’emblée, en très peu de mots, le réalisateur français Ismaël Ferroukhi, né au Maroc, plonge avec justesse le spectateur dans le contexte et l’intrigue de MICA. On s’attache ainsi aux pas de Saïd (Zakaria Inane, vraie révélation qui, pour son premier rôle, porte le film sur ses épaules), jeune garçon issu d’une famille pauvre marocaine, qu’on ne lâchera plus. Débrouillard, observateur, faisant preuve d’une grande capacité d’adaptation et d’un mental très fort, il vend des « mika », les fameux sacs plastiques marocains, sur les marchés de la ville proche de chez lui. D’où Mica, son surnom donné par ses potes.

Photo du film MICA

Mais il rêve à d’autres horizons et de « brûler la frontière », c’est-à-dire de trouver un moyen de quitter clandestinement le pays pour aller à Marseille. Bien sûr, tout serait plus simple s’il pouvait voler comme les oiseaux qu’il regarde, envieux, évoluer dans le ciel. L’oiseau et le symbole de liberté qu’il représente sont d’ailleurs très présents dans MICA, tel un fil rouge. Mica est surtout un garçon obéissant et quand son père souffrant le loue à Hadj (Azelarab Kaghat) pour subvenir aux besoins de sa famille, on comprend qu’il n’a d’autres choix que de le suivre. Le réalisateur parvient très bien à montrer la culture et la tradition marocaines, ainsi que le rapport respectueux envers ses parents qui interdit à un enfant l’idée même de se rebeller. Mais suivre Hadj, c’est aussi une façon pour Mica de partir à l’aventure, c’est aussi se rapprocher de son rêve.

Un film touchant, qui évoque avec subtilité la place au monde de chacun et la possibilité de changer son destin.

Et pourtant, son travail aux côtés de Hadj, technicien dans le club de tennis huppé de Casablanca qui appartient à Mr Slimani, est harassant. C’est presque de l’esclavage même si, Hadj, la soixantaine, a lui aussi commencé au même âge que Mica et est très fier d’avoir atteint ce poste à responsabilité. Mais le travail dans cet endroit peut aussi s’avérer humiliant et MICA réussit très bien à mettre en évidence les différences de classes sociales marocaines, encore bien ancrées dans les mentalités. D’un côté, les jeunes marocains de la haute société, dont Omar Slimani, le fils du propriétaire, qui prennent des cours de tennis, s’expriment en français et se moquent ouvertement des plus pauvres qu’eux. Et de l’autre, Mica qui, sans les jalouser, les observe en coin, et ne s’exprime qu’en arabe.

Photo du film MICA

Et puis, un jour, le jeune garçon attachant se saisit d’une raquette, s’entraîne dans son coin, a l’air plutôt doué et est remarqué par le nouvel entraîneur, Sofia (Sabrina Ouazani, bien loin de son rôle dans Validé), une ex-championne de France junior blessée, revenue vivre à Casablanca. Pourtant, à partir de là, le film perd un peu de son originalité du début et se met à suivre un schéma scénaristique plus classique. Sous prétexte qu’il a du talent et de l’instinct, Sofia prend donc Mica sous son aile, lui donne gratuitement des cours mais le met aussi dans une position intenable vis-à-vis de son travail et de ses relations avec les jeunes du club. Sans doute faut-il y voir une forme de renvoi de balle de la part de Sofia à un jeune qui le mérite. Grâce au tennis, au regard bienveillant de Sofia et même de Hadj, Mica trouvera sa raison d’être mais le chemin pour y parvenir sera semé d’embûches.

Malgré quelques longueurs et le regret de ne pas en savoir plus sur le parcours du personnage de Sofia, qui aurait mérité d’être un peu plus creusé, MICA se révèle donc un film touchant qui évoque avec subtilité la place au monde de chacun. Celle où l’on est né et celle que l’on peut rêver de s’octroyer, si tant est que soient mises sur son chemin les personnes capables de changer un destin apparemment tout tracé.

Sylvie-Noëlle

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Titre original : Mica
Réalisation : Ismaël Ferroukhi
Scénario : Ismaël Ferroukhi, Fadette Drouard
Acteurs principaux : Zakaria Inane, Sabrina Ouazani, Azelarab Kaghat
Date de sortie : Pas de date de sortie prévue
Durée : 1h43min
3.5
Touchant

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