Après le relatif succès de Taxi 5, Franck Gastambide s’attaque à VALIDÉ, une série sur le rap français produite par Canal+. Attendue au tournant, l’arrivée de la série est une excellente nouvelle en cette période de confinement.

 Apash est un jeune rappeur qui a fait le buzz avec un freestyle lors d’un Planète rap, émission iconique de la radio Skyrock. Franck Gastambide choisit pour son personnage principal la figure du jeune challenger. La série est donc un récit d’apprentissage pour le rappeur qui entre ainsi dans le rap game. Son ascension sera l’occasion d’intégrer les coulisses de l’industrie du rap français, décortiquant, épisode après épisode, ses nombreux rouages.

De l’élaboration du premier clip à la consécration du disque de platine en passant par les showcase, tous les paliers de cette fulgurante carrière sont abordés. L’occasion de traiter également des rapports de force entre artistes et maisons de disque ou encore des rivalités entre les rappeurs et leurs mécanismes médiatiques. L’antagoniste principal est Mastar, un rappeur bankable directement menacé par l’arrivée du jeune Apash dont il va tenter de bloquer l’ascension. La relation qui s’installe entre les deux rappeurs n’est pas sans rappeler la relation Booba / Kaaris, dont les auteurs se sont nourri pour construire leur trame narrative. Les personnages suivent un itinéraire dramaturgique classique mais toujours efficace, d’un côté l’ascension du jeune prince et de l’autre le déclin du vieux roi.

Photo de la série VALIDÉ

DJ SNO (Franck Gastambide) © Canal+

Mais au fur et à mesure de son ascension, le jeune homme attire les convoitises de son entourage. Des voisins jaloux aux caïds du quartier qui veulent également toucher leur part du gâteau. L’occasion d’introduire un autre antagoniste, Mounir, interprété par l’excellent Adel Bencherif. Toute cette partie illustre également une facette importante du rap, celle de la rue. Apash est alors rattrapé par sa vie d’avant, celle qu’il raconte dans ses textes et qui a façonné celui qu’il est. Beaucoup de rappeurs se retrouvent happés par cette vie ambivalente qu’ils entretiennent, entre réussite sociale, street cred et voyoucratie.

Cet aspect du rap game est bien abordé par Franck Gastambide qui s’en sert pour flirter en permanence avec le film noir. Les intrigues s’enchevêtrent et les enjeux deviennent de plus en plus viscéraux. Sa mise en scène est sous bonne influence, qu’il revendique à travers de nombreux clins d’oeil. De Gomorra à Un Prophète en passant par Entourage, ce virage entrepris vers le film de genre laisse entrevoir un avenir prometteur. Le milieu du rap possède un très grand potentiel cinégénique, depuis ses origines les rappeurs se sont toujours inspirés du cinéma pour façonner leurs univers. Que ce soit à travers les textes ou dans l’imaginaire des clips, le cinéma est presque une composante fondamentale de l’univers du rap. Il est tout à fait naturel qu’aujourd’hui le rap s’invite dans le cinéma et se le réapproprie pour raconter de nouveaux récits. Loin des concepts de pensée pré-construits sur la banlieue et plus près du film de genre.

Photo de la série VALIDÉ

Moussa Mansaly (Mastar), Bosh (Karnage) © Canal+

Les créateurs sont également parvenus à façonner une galerie de personnages qui fonctionnent à merveille. Les deux amis d’Apash qui composent son équipe, William l’apprenti manager et l’attachant Brahim contrepoint comique. Inès, la directrice artistique interprétée par Sabrina Ouazani ou encore Sergio l’adjoint toxicomane de Mounir. La caractérisation des personnages est parfaitement travaillée, ouvrant sur une belle variété de profils. Quant aux répliques, elles sont pensées comme autant de punchlines, éclatantes et percutantes, qui s’expriment dans le langage codifié de la rue et son argot riche et imagé.

Le casting mélange acteurs confirmés et révélations, Brahim Bouhlel, Hakim Jemili ou encore Virgile Bramly, dans une justesse qui fait parfois défaut aux séries françaises. Une justesse qui est dû à l’authenticité des comédiens choisis, Apash est un vrai rappeur plus connu dans la vie sous le nom de Hatik, il en est de même pour Bosh qui fait une entrée fracassante sous les traits de Karnage.

Photo de la série VALIDÉ

Apash (Hatik), Franck Gastambide, Brahim Bouhlel, Saïdou Camara © Canal+

VALIDÉ fonctionne parce qu’elle est portée par un passionné capable de parler correctement de la culture hip hop dont il est lui-même issu. La série semble avoir été validée par le milieu du rap français dont de nombreux acteurs apparaissent en guest à travers des caméos ou bien dans la BO. Lacrim, Ninho, Soprano, Kool Shen, Rim’K, Cut Killer, S.pri Noir, Mister V, Fred Musa, Pascal Cefran du Mouv’ ainsi que Fif Tobossi de Booska-P… la liste est longue, impossible de tous les citer. Cette présence essentielle donne du cachet et de la légitimité à cette entreprise qui est une première en France.

Le cinéma Américain s’est depuis longtemps intéressé au rap, on pense inévitablement à 8Mile de Curtis Hanson mais également au récent N.W.A: Straight Outta Compton de F. Gary Gray ou encore à la série Empire. A l’heure où les rappeurs empruntent des passerelles vers le cinéma, à l’image de Joey Starr, Nekfeu ou plus récemment Fianso, et alors qu’un biopic sur NTM a été annoncé en juillet dernier. Il était temps que le cinéma français et la série s’emparent de cette culture qui, depuis trente ans, fait partie de l’histoire musicale du pays.

Hadrien Salducci

Votre avis ?

VALIDÉ, enfin une série pour le rap français - Critique
Titre original : Validé
Réalisation : Franck Gastambide
Scénario : Franck Gastambide, Giulio Callegari, Charles Van Tieghem, Xavier Lacaille
Acteurs principaux : Franck Gastambide, Sabrina Ouazani, Adel Bencherif, Hatik, Saïdou Camara, Brahim Bouhlel, Moussa Mansaly, Hakim Jemili, Youssef Hajdi
Date de sortie : 20 mars 2020
Durée : 10 x 30min
4.0Validé
Avis des lecteurs 42 Avis

VALIDÉ, enfin une série pour le rap français – Critique

0