notre-dame brûle
Crédits : David Koskas

NOTRE-DAME BRÛLE, nos larmes coulent – Critique

Le 15 avril 2019, le monde entier retient son souffle lorsqu’un incendie se déclare dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. Trois ans après la catastrophe, Jean-Jacques Annaud revient derrière la caméra pour nous livrer le récit de ce drame dans un long-métrage à la hauteur de ses ambitions techniques, mais non dénué de défauts.

NOTRE-DAME BRÛLE est un objet cinématographique singulier à l’échelle du cinéma français. Fort de ses 30 millions d’euros de budget, le film nous offre un exercice technique de haute-volée. Jean-Jacques Annaud limite le recours aux effets numériques et ancre ses décors dans le réel. Ainsi, certaines scènes ont été tournées dans des églises semblables architecturalement à Notre-Dame, tandis qu’une partie de la cathédrale parisienne a été partiellement reconstituée, avant qu’on y mette le feu pour capturer les moments de bravoure immersifs des pompiers franciliens à l’image. Malgré le fait que nous connaissions le dénouement de l’incident à l’avance, la tension est palpable lorsque les soldats du feu font face à l’ennemi.
Annaud rapproche également son récit du documentaire, avec l’insertion astucieuse d’images d’archives glanées auprès des Parisiens ou touristes présents sur les lieux, grâce à l’usage de split screens ou montages alternés.

Si l’aspect documentaire de l’œuvre lui sert globalement et ajoute à son réalisme, il nuit à son rythme, notamment lors de ces premiers actes qui trainent en longueur. Était-il vraiment nécessaire de nous rappeler l’histoire de Notre-Dame de Paris, son affiliation au roman éponyme d’Hugo, le rayonnement international du monument et les multiples causes possibles de l’incendie pendant près d’une trentaine de minutes ?

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Crédits : Guy Ferrandis

Quand les premières flammes détruisent la charpente de Notre-Dame, Jean-Jacques Annaud laisse brûler son feu créatif. Un peu trop peut-être. Efficace et évocatrice, lors d’un plan où du plomb fondu s’échappe de la gueule d’une gargouille, où un jet d’eau salvateur bénit une cloche de la cathédrale, la mise en scène outrancière, parfois kitsch et certains choix de scénario, sortent le spectateur du film. Une larme perle sur la joue d’une statue, une pierre tombe au ralenti du sommet de Notre-Dame, une petite fille laisse son bandana autour d’une bougie en guise de talisman ; des scènes censées être émouvantes, mais dont l’exagération a l’effet inverse de celui recherché, la musique grandiloquente et omniprésente n’arrangeant en rien la situation.

En outre, le film pâtit d’un jeu d’acteur qui n’est pas à la hauteur du spectacle dépeint à l’écran. Si certains surnagent quelque peu au cœur de l’incendie, à l’image de Jean-Paul Bordes, les performances des comédiens sont globalement décevantes, même si, à leur décharge, ils ne sont pas aidés par un scénario qui leur laisse peu de place et des dialogues qui ne sonnent pas toujours juste. Le film essaie parfois d’humaniser ses personnages au détour de quelques scènes où l’on voit un agent de sécurité se disputer avec sa femme, ou deux pompiers débutants échanger un chewing-gum pour dompter leur stress, mais globalement les personnages pourraient être résumés à leur profession.

Alors, faut-il aller voir NOTRE-DAME BRÛLE ? Oui, car les films de cette envergure sont trop peu nombreux au cœur du cinéma français et méritent d’être soutenus afin d’avoir plus de projets de ce genre. Oui, car le film est grandiose. Mais, à condition de ne pas se laisser consumer de désespoir face au déferlement de pathos, au jeu d’acteur et au scénario.

Alan

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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Titre original : Notre-Dame Brûle
Réalisation : Jean-Jacques Annaud
Scénario : Jean-Jacques Annaud , Thomas Bidegain
Acteurs principaux : Samuel Labarthe , Jean-Paul Bordes , Mikaël Chirinian
Date de sortie : 16 mars 2022
Durée : 1h50min
2.5

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