Photo du film TÁR
Crédits : Focus Features, LLC

TÁR, le pouvoir est-il une question de genre ? – Critique

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3.5

Lydia Tár (Cate Blanchett), célèbre chef d’orchestre et compositrice, dirige un orchestre fameux de Berlin pour interpréter la symphonie numéro 5 de Gustav Mahler. Nous suivons en parallèle sa vie et notamment sa vie de famille. Elle est en couple avec Sharon (Nina Hoss), premier violon de l’orchestre. À travers son personnage principal, Todd Field, dans TÁR, questionne la cancel culture et les abus de pouvoir dans le milieu élitiste des orchestres réputés de musique classique.

En mettant une femme en position de pouvoir, Field pose une question : le pouvoir est-il une question de genre ? N’est-il pas plutôt une question de système ? Lydia Tàr adopte un comportement dit masculin tout au long du film : tapes viriles sur les épaules des ingénieurs du son, crise de rage qui l’amène à frapper l’un de ses musiciens… Quand la fille de Tár est harcelée par une de ses camarades d’école, Tár se présente en tant que « père de Petra » et menace la harceleuse de représailles violentes en cas de récidive.

Au fil du film, un malaise s’installe, dû à la personnalité de l’héroïne, aux couleurs froides et à la musique extra-diégétique à faible niveau composée de bourdonnements de basse, dont les sons à peine perceptibles sont présents quasiment en permanence et donnent un coté presque horrifique au film. Cela crée aussi un décalage avec la symphonie de Mahler, très puissante et virtuose. Ces éléments, trop imposants par moment, donnent un aspect alourdi au film. Mais cela est contrebalancé par la précision de la mise en scène : plans fixes, intensité des scènes de répétitions de l’orchestre…

Sa position de pouvoir amène Lydia Tár à des abus. Elle semble avoir trouvé une proie en la personne d’Olga (Sophie Kauer), une jeune violoncelliste postulant pour une place dans l’orchestre. Lors de l’audition, elle reconnait à ses chaussures cette femme qu’elle avait remarquée dans les toilettes et décide de la surnoter.
Field traite cette relation de pouvoir avec subtilité. En effet, Olga, la jeune violoncelliste, n’est pas impressionnable. Elle prend, inconsciemment ou non, Tár à son jeu sournois. Par exemple, alors que Lydia a convié Olga dans un restaurant servant de QG à la philharmonie de Berlin, un serveur vient prendre la commande et s’adresse à Tár en l’appelant « maestro ». De manière soudaine, c’est Olga qui répond à cette apostrophe avec flegme, prenant Tár par surprise.

C’est à partir de là que la chef d’orchestre fait face à la limite de son statut. Todd Field, avec le personnage d’Olga, fait basculer le film dans un nouveau schéma : Tár se retrouve en difficulté, des accusations de harcèlement moral font surface. Une vidéo compromettante, filmée lors d’un cours dans une école d’art prestigieuse de New York, devient virale, montrant les propos et gestes insistants de Tár envers des élèves. Des choses bien réelles mais amplifiées par un montage mensonger qui insiste lourdement sur la virulence du « maestro ». Il s’agit d’un épisode que l’on avait vu au début du film, montrant Tàr sermonnant avec virulence un élève qui refusait de jouer du Bach car il le trouvait misogyne. Le montage manipulateur de la vidéo reprend cet épisode, mais en sélectionnant les gestes ambigus de l’héroïne.

Le film bascule définitivement lorsqu’on apprend le suicide d’une de ses anciennes « protégées » et apprenties cheffes d’orchestre : Krista Taylor. Le suicide de cette dernière aurait été provoqué par Tár. Elle s’en défend en prétextant l’instabilité émotionnelle de Krista. Cet événement sonne la fin de la gloire du « maestro » : elle est obligée de s’exiler en Asie de l’Est, où elle dirige des orchestres beaucoup moins prestigieux, jusqu’à la séquence finale. La symphonie de Mahler et le public bourgeois ont été remplacés par la musique d’un jeu vidéo et par son public de cosplayers.

Todd Field, avec TÁR, montre, sans jamais tomber dans le moralisme, l’évolution du milieu artistique à l’heure de la fin d’une impunité complaisante.

Adrien MOINET

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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