Photo du film THE SADNESS
Crédit : Capelight pictures OHG

THE SADNESS, la grande boucherie cannibale – Critique

Dans un Taïwan ravagé par un virus mortel qui pousse les humains à s’entretuer, un couple tente désespérément de se retrouver. Entre anthropophagie et orgie de masse, THE SADNESS baigne dans le sang et la moiteur… Et l’on en est plus que ravis.

Cet hiver, THE SADNESS a fait le tour des festivals. De Gérardmer au Paris International Fantastic Film Festival (PIFFF), le petit film taïwanais a galvanisé les amateurs de cinéma de genre, autant qu’il en a répugné. Et pour cause. L’œuvre du canadien Rob Jabbaz se distingue par une violence graphique et une immoralité sans nom. Pourtant réalisé avec un budget limité, THE SADNESS déborde d’effusions sanglantes, de tripailles éparses et d’actes de cruauté d’un réalisme saisissant. Au point que les initiés s’étaient demandé s’il parviendrait jusqu’aux salles françaises.

Eh bien, il y est parvenu. Non sans peine, toutefois. Car THE SADNESS a évité de peu l’interdiction aux moins de 18 ans. Il reste cependant autorisé au plus de 16, ce qui lui permet d’être exploité dans un nombre (malheureusement) limité de salles. Il faut dire aussi que le film mérite sa réputation sulfureuse… Tandis que le cinéma d’horreur anglophone se perd dans des remakes sans saveur et intellectualise ses poncifs à travers l’elevated horror, THE SADNESS s’affranchit de tout discours enjôleur et moral pour cogner dans le tas, précisément là où ça fait mal.

Photo du film THE SADNESS de Rob Jabbaz
Crédit : Capelight pictures OHG

Sadique et répugnant

Là où certains détourneront le regard, d’autres y verront un formidable étalage de body horror et de torture porn, sur fond de film de contagion – certes, classique dans sa structure de survival, mais néanmoins audacieux dans le traitement de ses thématiques. Car, bien qu’il semble grandement inspiré des comics Crossed de Garth Ennis, THE SADNESS s’inscrit effectivement dans un long héritage. Du cycle des zombies de Romero en passant par Evil Dead Trap ou Ebola Syndrome, les inspirations subtilement disséminées feront frissonner les amateurs et s’enthousiasmer les aspirants. Sans gratuité, cependant.

Plutôt que de s’encombrer d’hommages, THE SADNESS prend racine dans un genre bien particulier et y puise son essence pour en proposer une nouvelle itération – loin d’être exempte de créativité pour autant. Ici, le virus s’attaque à une région précise du cerveau et rompt tout barrage moral aux pulsions les plus viles. Un prétexte habile pour s’en donner à cœur joie dans l’étalage de violence et d’effets gores. Bien sûr, le spectacle se veut bien volontairement sadique et répugnant. Néanmoins, il vise un public averti, friand de ce genre d’éructations.

Photo du film THE SADNESS de Rob Jabbaz
Crédit : Capelight pictures OHG

Survival post-Covid

THE SADNESS n’en oublie cependant pas d’être un palpitant survival. Dans sa course effrénée vers sa petite amie, restée seule en plein carnage, Jim entrevoit les tréfonds de la nature humaine, tandis qu’il lutte désespérément pour sa survie. De son côté, Kat témoigne d’une profonde humanité et tente de venir en aide à une compagne d’infortune blessée. Et ce, malgré la brutalité ambiante qui les assaille. Nerveux, le film laisse peu de place à la respiration. Les accalmies sont rares et, lorsqu’elles surviennent, on ne peut s’empêcher de craindre le prochain danger.

Dans son genre, THE SADNESS se distingue bel et bien comme une réussite. Il souffre néanmoins ça et là de son manque de budget et l’on peut se questionner sur son message, « L’homme est un loup pour l’homme », somme toute quelque peu éculé. Toutefois, dans le marasme d’horreur rétro-nostalgique actuel, il apparaît comme une bouffée d’air frais. De même, sa sortie en plein contexte post-Covid lui confère un degré de lecture supplémentaire, au bon goût de fin du monde. Âmes sensibles, s’abstenir et haut les cœurs !

Lily Nelson

Note des lecteurs1 Note
Titre original : 哭悲 (Kū bēi)
Réalisation : Rob Jabbaz
Scénario : Rob Jabbaz
Acteurs principaux : Regina Lei, Berant Zhu, Tzu-Chiang Wang
Date de sortie : 6 juillet 2022
Durée : 1h40min
3
Bien saignant

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