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UN MONDE AILLEURS, le regard flou – Critique

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Dans la forêt, des jeunes hommes se perdent, un réalisateur aussi. Dans le chaos d’une recherche esthétique qui s’oublie parfois, ne ressurgit que la pauvreté du lien qui maintient les images toutes ensembles. UN MONDE AILLEURS fait parfois émerger de beaux regards mais semble souvent garder les yeux fermés.

Il arrive parfois au sortir d’une séance de ne pas savoir quoi penser de ce que l’on vient de voir. L’hésitation se crée : s’agissait-il d’un geste esthétique peu commun ou le film était tout bonnement raté ? UN MONDE AILLEURS oscille dans le champ de cette hésitation. La caméra aussi semble osciller, vaciller, hésiter, rappelant à bien des égards des faux documentaires à la sauce Blair Witch ou ici Cannibal Holocaust, la forêt amazonienne en commun, les cannibales en moins.

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Etienne Faure ouvre son film avec les 5 jeunes hommes en voiture, les yeux fermés (tous, qui conduit ?). C’est déjà l’histoire d’un regard qui s’échappe, celui de Tom, pour qui ce voyage est organisé dans l’espoir de lui faire retrouver la vue qu’il perd peu à peu à l’aide d’un chaman. Du récit de ce voyage, il ne nous reste pas grand-chose, interrompu dès le début du film par la blessure d’un des garçons.

Au travers de ce quotidien dans la forêt et des tensions entre les amis qui prennent parfois les contours de péripéties forcées, perce une idée : celle du désir de voir et de se montrer. Tom n’est pas le seul à vouloir mieux voir: les autres jeunes hommes ont le regard vissé sur la rive d’en face où des jeunes femmes dansent pour eux, les poussant à se dévêtir. Une obsession naît alors : celle de la rencontre (sauf chez Pierre pour qui seul compte le regard de Tom, il en est amoureux, dit-il en voix-off).

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Cette obsession est particulièrement présente, pressante chez Charlie, le personnage campé par Alain Fabien Delon. Il est difficile de ne pas l’évoquer tant il est impossible de ne pas voir son père dans chacun de ses traits, charriant tout un imaginaire du tombeur, ici raté, ridicule dans son polo blanc. La caractérisation générale des personnages, appuyée par la présentation qu’ils font par vidéo sur téléphone pour les filles d’en face, vire rapidement au cliché tant et si bien que la nuance apportée par William et son amour de la nature, avec ses rituels aussi fous que de se scarifier le torse avant de s’unir sexuellement à un arbre, n’a aucun effet si ce n’est de faire lever les yeux au ciel devant tant de facilité.

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UN MONDE AILLEURS développe, sans aller assez loin, une belle idée de mise en scène grâce au personnage de Tom qui utilise un téléphone portable pour mieux voir et garder les images de ce qu’il a vu. Le film bascule dans cette esthétique pixelisée avec des plans sur la peau de Pierre pendant la nuit, au plus près de son épiderme, ne sachant plus trop ce que l’on regarde mais à deux doigts de le toucher. Plusieurs fois, ces pistes sensorielles sont lancées puis abandonnées, le récit se perdant surtout dans sa deuxième partie entre mauvais thriller et confessions poétiques en voix-off qui ne cherchent plus à dialoguer avec le reste jusqu’à la morale finale qui vient enfoncer le clou et tranche pour nous : le film essaye beaucoup mais rate trop.

Mélanie

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Titre original : Un Monde ailleurs
Réalisation : Etienne Faure
Scénario : Etienne Faure
Acteurs principaux : Paul Bartel, Emile Berling, Alain-Fabien Delon, Pierre Prieur, Ersnt Umhauer
Date de sortie : 7 octobre 2020
Durée : 1h30min
2
Raté

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