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UN ANGE MAUDIT À HOLLYWOOD, retour sur la carrière de John Carpenter – Critique

On a déjà presque tout dit sur John Carpenter, grand cinéaste de genre qui aura tant apporté à la science-fiction et à l’horreur. Trimballant son style unique, sa vision sans concession sur le monde et les États-Unis ainsi que sa moustache bien fournie à travers les genres et les décennies, nombre d’ouvrages ont déjà été consacré à celui qu’on surnomme Big John. UN ANGE MAUDIT À HOLLYWOOD le sait, raison pour laquelle il n’a pas pour but de rentrer en détails dans chaque aspect de la carrière de son sujet, mais plutôt d’en rappeler l’essentiel tout en essayant de porter un regard nouveau sur le bonhomme…

Le moustachu qui fait ce qu’il veut

En effet, le livre de l’enseignant et docteur Stéphane Benaïm atteint à peine les deux-cent pages. Ce dernier aborde absolument chaque réalisation de Carpenter, mêmes les court-métrages ou les téléfilms, mais ne détaille donc pas vraiment les tournages ou les anecdotes concernant le réalisateur. La volonté est plutôt de prendre de la hauteur sur toute la carrière d’un des metteurs en scène, compositeur et scénariste les plus influents de sa génération en traitant ses œuvres sous l’angle de l’analyse cinématographique mais aussi sociologique, philosophique ou encore humaine. Car Benaïm ne manque pas de rappeler ce qu’on sait tous: Carpenter a souffert toute sa vie d’un manque de reconnaissance (voir par exemple cet article de Gone Hollywood qui en parle également).

© Echo Lake Productions

S’il est aujourd’hui reconnu comme un cinéaste majeur de l’épouvante et la science-fiction, le monsieur a toujours du bataillé pour faire les films qui voulait et comme il le voulait, et a tout le temps été autant apprécié des cinéphiles qu’ignoré par les spécialistes. L’ouvrage rappelle que chaque film fut une bataille avec les financeurs, Carpenter n’ayant ni pas la langue dans sa poche ni une personnalité des plus simples (il exigera rapidement, malgré son statut d’inconnu, qu’on place son nom devant les titres de ses films). Le prix de la liberté qu’a toujours du payer Carpenter, qui a également mis de lui dans ses œuvres (il est possible de voir en son Snake Plissken une version extrémisée de lui-même). On pourrait également décerner en lui une certaine mélancolie qu’il doit encore ressentir aujourd’hui, même s’il a retrouvé le contact du public en jouant ses partitions en concert.

Une des raisons essentielles du décalage avec le public et les critiques, c’est que John Carpenter n’hésite pas à dépeindre sans concession la société contemporaine avec ses maux les plus inavouables. »

Carpenter au clavier en 1980 pour la musique de New-York 1997 (Escape From New-York) ©Phil D’Angelo

Épure, style et densité

Doit-on voir en Carpenter un des ces artistes qui doivent souffrir pour être reconnus et faire évoluer leur art ? Carpenter n’est pas allé jusqu’à inventer des nouvelles techniques comme le fait James Cameron presque à chaque nouveau film, il demeure néanmoins assez fascinant de constater l’influence qu’il exerce encore aujourd’hui. La preuve d’ailleurs avec Stranger Things qui, malgré ses indéniables défauts, parvient à retranscrire ces atmosphères envoûtantes reconnaissables entre mille. Car, avec les messages qu’il fait passer, c’est la raison pour laquelle Carpenter compte encore de nos jours: son style. Avançant toujours chercher l’épure, sa patte demeure remarquable en cela qu’elle allie toujours l’épure à la complexité.

Malgré son histoire très classique (il écrit d’ailleurs souvent ses scénarios très rapidement, environ une semaine pour celui-ci), l’inventivité et l’efficacité d’Halloween (La Nuit des masques chez nous) jaillit au visage de tout le monde en 1978 et préfigure le meilleur du cinéma du natif de Carthage: histoire simple, mise en scène intelligente et ample, montage précis, musique marquante, sens du rythme et de la tension… Tout est presque déjà là. La menace qui rôde, la caméra qui glisse avec une aisance imparable, la musique impressionne et le spectateur est fasciné. Halloween n’a pas inventé le sous-genre du slasher (qui vient du verbe to slash: taillader), mais il l’a concrétisé et propulsé. Halloween n’a pas utilisé le steadycam pour la première fois, mais a eu la bonne idée de passer une bonne partie de son budget dedans et s’en est servi d’une manière impeccablement inspirée. D’ailleurs, c’est un des meilleurs films à recommander à quelqu’un qui n’aime pas ce genre de cinéma (on vous recommande par ailleurs la passionnante et très exhaustive vidéo que les excellents Karim Debbache et Sébastien Rassiat lui ont consacré dans leur nouveau format NTSC). Ici, pas de gore ou de sang, mais de la tension et du suspense, une atmosphère envoûtante, des plans longs et un mythe qui se créé. Et Carpenter de commencer à raconter ses histoires avec autant d’aisance que sa caméra qui évolue dans son environnement…

Avec une étonnante longévité et quelques dix-huit longs métrages, cet artisan précurseur et conteur unique reste un exemple et une source inépuisable d’inspiration.

UN ANGE MAUDIT À HOLLYWOOD est donc la parfaite excuse pour se replonger dans l’univers de John Carpenter, et même encore plus de le découvrir. Pour ceux qui ne se serait pas encore penché sur sa carrière, l’occasion est parfaite au vu du format contenu de l’ouvrage et de ses remarques, analyses et hypothèses pertinentes. Aller à l’essentiel tout en restant profond et en ouvrant des portes. Exactement comme John Carpenter.

Simon Beauchamps

Carpenter, un ange maudit à Hollywood
Stéphane Benaïm
EAN : 9782367163406
216 pages
Lettmotif Editions (11/10/2022)

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