Maryline, le second film très attendu de Guillaume Gallienne, après Les garçons et Guillaume, à table !, était en compétition au Festival Francophone d’Angoulême.

Le réalisateur dit s’être inspiré du témoignage bouleversant d’une actrice il y a quinze ans, dont il n’a pas souhaité donner le nom. Touché par la modestie de cette femme, il a décidé d’offrir son rôle à une « actrice très douée et tout aussi modeste », Sociétaire de la Comédie Française, Adeline d’Hermy (Yves Saint-Laurent). Guillaume Gallienne a choisi d’évoquer le côté sombre du monde du cinéma et l’impact douloureux sur une jeune provinciale inhibée.

Plusieurs flash-back permettent au spectateur de connaître le parcours de Maryline, prénom qui la prédestinait à devenir comédienne. De son enfance sensible un peu rustre, elle gardera ancrée en elle une grande humilité et l’impression de n’être jamais tout à fait à sa place. Malgré tout, elle trouvera le courage de monter à la capitale. Mais le chemin de Maryline sera bien chaotique et la confrontation avec le monde parisien bien brutale. MARYLINE commence au début des années 80, une époque au sein de laquelle les relations humaines étaient encore assez abruptes dans le milieu du cinéma, ou tout du moins pas encore dénoncées comme de nos jours. Deviner quelles sont les personnes réelles auxquelles il est fait allusion dans MARYLINE sera peut-être facile pour les professionnels du cinéma, mais un peu moins pour le grand public. On croit avoir reconnu une inspiration de Polanski sur le tournage de Tess pour le réalisateur allemand qui la choisit. Le personnage, présenté comme odieux avec l’actrice parce qu’elle n’est pas à la hauteur, la maltraite en public, la harcèle. Il lui casse son rêve mais lui permet peut-être de prendre conscience de ses limites et que tout n’est pas acceptable.Photo du film MARYLINEL’humiliation est une thématique chère au sensible réalisateur. Il la déconstruit, la décortique, l’analyse, la critique. Si cette partie du récit est intéressante, la façon dont a été traitée la suite est plutôt déconcertante. Car Guillaume Gallienne épargne au spectateur, pourtant empathique, les dix années suivantes de la vie de Maryline. Il fait l’impasse sur sa déchéance qui aboutit à l’alcoolisme. Il reprend au moment où quelques bonnes fées vont être mises sur le chemin de Maryline, lui faire à nouveau crédit en tant qu’actrice et aller chercher au-delà du silence. Il y aura Jeanne (Vanessa Paradis), dont on suppose qu’il s’agit de Jeanne Moreau, puis un réalisateur (Xavier Beauvois) et un auteur de théâtre (Eric Ruf). Car, tous les acteurs le savent bien, et sans doute Guillaume Gallienne le premier: ils ont un besoin vital du désir d’un réalisateur et de son regard confiant en ses capacités. Tout comme la reconnaissance du public, qui met du baume à l’estime et au cœur.

Malgré quelques longueurs et redondances et une mise en scène un peu trop théâtralisée, MARYLINE dresse le portrait d’une jeune femme courageuse qui, telle une chrysalide, n’attendait que des rencontres bienveillantes pour lui permettre de devenir un papillon flamboyant.

Sylvie-Noëlle

 

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[CRITIQUE] MARYLINE
Titre original : Maryline
Réalisation : Guillaume Gallienne
Scénario : Guillaume Gallienne
Acteurs principaux : Adeline d’Hermy, Vanessa Paradis, Xavier Beauvois
Date de sortie : 15 novembre 2017
Durée : 1h47 min
3.0Note finale
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