Sous ses airs de film féministe et moderne Wonder Woman reproduit les habituels clichés, mais n’en est pas moins un divertissement convaincant.

Lors de l’avant-première parisienne au Grand Rex de WONDER WOMAN, réunissant public et journalistes, un spectateur ose soudain crier : « Baise-la ! ». Quelques rires, gênés tout de même, avant qu’une fille se lance à son tour : « Baise-le ! », provoquant l’hilarité et les applaudissements d’une audience bouillante. La scène qui provoqua cette double intervention, se passe à environ la moitié du film, lorsque l’héroïne, Diana (a.k.a Wonder Woman), s’apprête à recevoir le premier baiser attendu de son comparse masculin, le soldat Steve Trevor. Si la première intervention dans la salle rappelle malheureusement le sexisme de notre société, il reste néanmoins révélateur d’un des soucis du film, qui n’assume pas entièrement la prise de pouvoir de la femme. Regrettable et symptomatique du rapport homme / femme classique à Hollywood, auquel même un film vendu comme le blockbuster féministe et moderne ne semble pouvoir échapper. Pourtant, plusieurs grosses productions ont su gérer l’égalité des sexes, proposant des personnages féminins forts et indépendants (sans non plus tomber dans l’émasculation et en ne passant pas uniquement par une force physique), notamment en occultant toute romance possible. À l’image de Mission Impossible : Rogue Nation, Mad Max Fury Road, ou encore Alien premier du nom, dont le personnage de Ripley reste encore un exemple.

Wonder WomanCette indépendance de l’héroïne, par rapport à son équivalent masculin, est loin d’être si présente avec Wonder Woman. Celle-ci faisant preuve, durant une bonne partie du film, d’une forme de passivité. Car c’est bel et bien Steve qui mène le récit, prenant la plupart des décisions (celle de prévenir, en premier lieu, ses supérieurs de la situation, de leur désobéir, de former une équipe, de se rendre en territoire ennemi…). Certes, Diana fera parfois ses propres choix, comme en sortant des tranchées et en s’élançant dans le champ de bataille, sous les yeux ébahis des hommes – excellente séquence révélant les pouvoirs de Diana. Mais cela ramène à en faire un personnage de suiveuse, capable d’initiatives, seulement en second temps, sur des coups de tête. Était-ce si difficile d’accorder à ce personnage l’initiative de remettre le fameux document important aux supérieurs de Steve ? Ou d’être celle qui songe à adopter une autre tenue pour passer inaperçue dans ce monde nouveau, si différent de l’île des Amazones sur laquelle elle a toujours vécu ?

Bien sûr, son caractère insouciant et naïf (qui offre au film une légèreté appréciable), apparaît cohérent avec le personnage présenté, mais tout de même décevant par rapport à ce qui était annoncé ; une vraie leadeuse d’hommes. Évidemment, il est nécessaire de replacer WONDER WOMAN dans son contexte hollywoodien, où le changement n’est pas aisé. Une grosse production sur laquelle une réalisatrice comme Patty Jenkins (sortie du placard après Monster en 2003, quelques épisodes de séries et deux téléfilms à son actif) ne peut avoir une liberté totale, et apparaît davantage comme une figure marketing. Il serait alors dommage de réduire le film à ces éléments en sous-couche, plus maladroits qu’autre chose. D’autant qu’il offre tout de même quelques remarques « féministes » amusantes et pertinentes, comme sur le plaisir féminin qui ne serait pas forcément une prouesse masculine. Des éléments comiques, mais surtout symboliques, qui s’ils font référence à l’époque du film (la fin de la Première Guerre mondiale) font néanmoins écho à la société actuelle.

Wonder WomanEn plus de cette légèreté qui parvient à faire passer des messages pertinents, WONDER WOMAN s’avère surtout bien plus cohérent scénaristiquement que ses prédécesseurs (les films de super-héros de chez DC). Jouissant d’une intrigue suffisamment simplifiée, bien que calquée sur un certain Captain America (2011, Marvel). Diana, guerrière amazone entrainée depuis son enfance, fait la rencontre imprévue du soldat Steve Trevor, qui l’informe de la terrible guerre en cours. Supposant qu’il s’agit d’un coup d’Arès, de retour sur Terre pour monter les hommes les uns contre les autres, elle accepte de l’accompagner sur le front, avec pour objectif, combattre le dieu de la guerre. Clair et efficace, évitant d’alourdir le récit avec trop de sous-intrigues – problème majeur de BvS, riche mais incohérent et indigeste – WONDER WOMAN offre le divertissement attendu. Porté par une Gal Gadot sensationnelle et particulièrement attachante, le film redonne le plaisir que savaient provoquer les films de super-héros. Côté action, enfin, celle-ci s’avère plutôt maîtrisée dans l’ensemble, et surtout suffisamment lisible, même lors d’abus d’effets de ralentissement / accélération, propres à Zack Snyder (co-scénariste et co-producteur). Dommage qu’un final ridicule, débauche d’effets spéciaux hideux, et une morale niaiseuse autour de l’amour (réduisant encore un peu le caractère de l’héroïne à des stéréotypes), ne viennent gâcher ce bon ensemble.

Pierre Siclier

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[CRITIQUE] WONDER WOMAN
Titre original : Wonder Woman
Réalisation : Patty Jenkins
Scénario : Allan Heinberg, Zack Snyder, Geoff Johns
Acteurs principaux : Gal Gadot, Chris Pine, Connie Nielsen
Date de sortie : 7 juin 2017
Durée : 2h21min
3.0Note finale
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