Kornél Mundruczó revient avec un récit de lévitation où un immigré syrien devient la convoitise de tout le monde après avoir hérité d’un pouvoir extraordinaire.

Dés les premières minutes, LA LUNE DE JUPITER n’y va pas avec le dos de la cuillère pour nous en mettre plein la vue. Suivant un groupe de migrants syriens tentant de quitter la Hongrie par bateau en pleine nuit, la caméra se veut réactive, dans l’action, mouvante, immersive. On ne sait pas trop qui sont ces gens, pourtant on est collés à eux, scrutant leurs visages inquiets. Le tout, en plan-séquence. La performance est remarquable, virtuose, tranchante. Il n’y a pas plus belle manière pour débuter un film que de pénétrer dans le feu de l’action. La tentative est saisissante et la suite ne peut que promettre. Oui. Et non. Cette introduction est à l’image du film : dans l’épate permanente. Visiblement motivé par un cinéaste comme Iñárritu, Kornél Mundruczó balance des tours de force en pagaille, imposant un rythme soutenu où le spectateur est sans arrêt pris dans l’engrenage d’une complexe idée de mise en scène. L’effet fonctionne du tonnerre dans la première partie, sauf que très vite, le procédé démontre les limites de son intérêt. Comme si nous avions tout vu très vite et que le film était destiné à courir derrière son ambition afin de prouver qu’il est capable de le faire. Capable, il l’est.Cette manière de jouer au petit savant dessert le film, au point où les articulations scénaristiques deviennent motivées par l’envie de nous éblouir. Ce qui donne lieu à des retournements de situations totalement grossiers, l’idée de faire un plan-séquence passant avant la qualité d’écriture. Par exemple, certains événements arrivent pile à temps pour s’introduire dans la mécanique formelle, comme lorsque le policier débarque à l’hôtel juste au moment où les deux personnages principaux sortent. Seule la caméra semble intéresser Kornél Mundruczó. La promesse initiale du croisement entre le discours politique et le film de genres était, sur le papier, fortement alléchante. Force est de constater qu’il n’accouche, dans le discours, que d’un boiteux gloubi-boulga mystico-religieux et d’une paresseuse réhabilitation de l’Autre, d’abord objet d’aprioris puis finalement intronisé comme supérieur lors d’un plan-séquence un peu bourrin sur le toit d’un immeuble, où les rapports de forces s’inversent.

« La lune de Jupiter joue sur l’épate permanente, mais nous lasse. »

Les personnages sont décharnés, instrumentalisés par un metteur en scène fougueux, soucieux de briller. Toutes les tentatives pour approfondir leur psychologie tombent à plat puisque le metteur en scène hongrois nous formate de façon à nous intéresser prioritairement à l’action, aux mouvements. Il y avait finalement une magnifique proposition à nous soumettre si tout le film était une sorte de geste franc sec, traduisant tout par la gestuelle des corps et non par des dialogues artificiels entre des personnages que, de toute façon, le film ne veut pas traiter. Une fuite en avant forçant le mouvement permanent. Là, la note d’intention aurait eu des airs de radicalité. A l’inverse de The Revenant dans lequel Iñárritu avait miraculeusement atteint un point où la virtuosité de la mise en scène transcendait le sujet et sa viscéralité, LA LUNE DE JUPITER fait de l’épate constante sans trouver une fusion nécessaire entre fond et forme. Un film qui tourne à vide, donc.

Maxime Bedini

 

[CRITIQUE] LA LUNE DE JUPITER
Titre original : Jupiter's Moon
Réalisation : Kornél Mundruczó
Scénario : Kata Wéber
Acteurs principaux : Zsombor Jéger, Gyorgy Cserhalmi, Merab Ninidze
Date de sortie : 22 novembre 2017
Durée : 2h03min
2.0Note finale
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