On vous en parlait comme une de nos attentes de la rentrée séries, FREQUENCY (adaptation du film Fréquence interdite de Gregory Hoblitest le nouveau programme de la chaîne américain . Le réseau télévisé a pour habitude de viser un public relativement jeune en proposant des séries plutôt « gentilles » et pas très subtiles mais qui au moins ont tendance à faire passer des messages intéressants. Diffusées actuellement, Flash, Arrow, Legend of Tomorrow, iZombie, Vampire Diaries et son dérivé The Originals, ou encore Jane the Virgin, ce ne sont pas des séries qu’on pourrait qualifier d’auteur – on est à mille lieux de ce que propose des groupes comme HBO, AMC ou ), mais elles restent plutôt efficaces dans une optique de produit de divertissement.

Néanmoins, la chaîne semble vouloir apporter à leur programmation du moment quelque chose de plus profond. Cela s’est d’abord vu avec la série The 100, lancée en 2014. Une série qui, assez vite, a développé une forme d’hybridité étrange. En effet, si à ses débuts la série était trop focalisée sur les romances, laissant à penser qu’elle n’aurait finalement rien de passionnant à proposer en dépit d’une intrigue prometteuse (97 ans après avoir quitté la Terre en raison d’une apocalypse nucléaire, l’humanité restante renvoie une centaine de jeunes délinquants comme cobayes pour s’assurer que la planète est habitable), un changement s’est fait ressentir au fil des épisodes. Les banalités se faisant plus rares pour laisser place à un vrai développement scénaristique plus mature, révélant des questions humanistes ou sur le rapport de l’enfant à un adulte qui ne remplit pas son rôle. A l’issue de l’épisode pilote de FREQUENCY, le même sentiment se fait justement ressentir. La série étant tiraillée entre le mielleux et le trépidant. Aussi bien en termes de réalisation que de son scénario, qui alternent entre passages très lisses et moments plutôt sombres.

image de la série FREQUENCY

© 2016 The CW

Raimy Sullivan (), une détective, retrouve dans son garage un vieux transmetteur radio lui permettant de communiquer vingt ans dans le passé avec son père. En lui révélant qu’il sera assassiné prochainement, Raimy l’influence et change ainsi le présent. Car dès lors que son père aura survécu en 1996, la vie de Raimy en 2016 ne sera logiquement plus la même, mais la jeune femme gardera malgré tous les souvenirs de ces deux vies. Sur ses quarante-cinq premières minutes FREQUENCY mélange déjà les genres scénaristiquement parlant, combinant à la question du temps (les conséquences habituelles si on modifie le passé), des enquêtes policières liées à Raimy ou à son entourage ; en cherchant le coupable du meurtre de son père, ou en enquêtant sur un tueur en série ayant sévi en 1996. Et derrière son sujet de science-fiction, FREQUENCY réussie surtout à jouer sur nos émotions et parvient à créer une empathie forte autour d’une relation père / fille. Ceci provenant avant tout du changeant d’opinion de Raimy à l’égard de son père lorsqu’elle comprendra qu’il n’était pas un truand qui l’a abandonné dans sa jeunesse, mais un policier infiltré.

« Derrière son sujet de science-fiction, FREQUENCY réussie surtout à jouer sur nos émotions et parvient à créer une empathie forte autour d’une relation père / fille »

Peu de nouveautés dans tout cela, si ce n’est l’influence, ici, du présent sur la passé – généralement dans ce genre d’histoire il est avant tout question de voyage dans le temps. En gardant les deux espaces (1996 et 2016) en contact permanent FREQUENCY leur octroie la même importance et influence l’un sur l’autre, rendant la série très prenante. Et en utilisant le souvenir des deux vies de Raimy, nous voilà face à un personnage au fort potentiel dramatique. Sa nouvelle vie comportant forcément des imperfections par rapport à la précédente (sans rien révéler, elle se retrouve dans une situation extrêmement tragique), on imagine qu’il lui faudra à nouveau modifier le passé avec la complicité de son père. Et que la possibilité de créer alors de nouvelles lignes temporelles, permettra à la série de garder une complexité enrichissante. A moins que FREQUENCY ne fasse le choix (certainement plus judicieux) de se concentrer davantage sur des enquêtes qui s’étaleraient sur plusieurs épisodes. Si on ne sait pas encore si la série tiendra sur la longueur, ni ce que peuvent bien réserver les épisodes qui suivront (treize pour la saison 1, ce qui devrait permettre d’éviter détirer une intrigue trop réduite), elle aura au moins su attirer notre attention avec un premier épisode très prometteur.

Pierre Siclier

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