Racheté en 2017 par , La Casa de Papel nous délivre enfin sa troisième saison qui semble avoir du mal à continuer une histoire belle et bien finie.

Alors que nos héros vivent des vies paradisiaques sur tous les continents, Tokyo décide de quitter cette vie simple pour retourner à la civilisation. Malheureusement, le gouvernement toujours à l’affût du moindre de leurs mouvements, finit vite par la retrouver ainsi que Rio. S’ensuit alors une quête pour sauver Rio de la torture en allant braquer la banque d’Espagne.

Malgré ses bonnes intentions, l’histoire semble se répéter. Si dans les premières saisons, la particularité du braquage et notamment de sa durée en faisait une prémisse intéressante qui permettait de développer les relations entre les braqueurs et les otages ainsi que d’approfondir des idées telles que le poids de l’opinion public, cette saison semble vouloir prendre à contre-pieds celles d’avant en nous proposant un braquage beaucoup plus classique. Toujours en alternant entre plusieurs temporalités, les relations entre personnages deviennent de plus en plus prévisibles. Le fameux show don’t tell (« montrez, ne le dites pas ») n’est également pas appliqué. Le plan du braquage, bien qu’il mérite comme dans tout film d’espionnage d’être explicité, est expliqué en long, en large et en travers même lorsque le spectateur peut comprendre par lui-même. Ces répétitions incessantes d’informations deviennent, à la longue, assez fastidieuses pour le spectateur.

Certains des passages les plus intéressants reposent sur la relation entre le Professeur et Berlin, ainsi que sur la perte de ce dernier. Une scène assez touchante nous renvoie à la part de responsabilité du Professeur dans sa mort et à la douleur que ressent Palerme, un nouveau personnage plutôt maladroitement introduit mais qui aurait pu être intéressant si son rendu était moins cliché. En effet, il sert de faire-valoir à Berlin pour jouer au leader violent et sexiste, mais ne possède pas la nuance qui nous faisait malgré tout apprécier Berlin.

Sans nuance non plus, la nouvelle négociatrice Alicia, qui est également chargée de torturer Rio, est présentée comme dérangée. Elle est très autoritaire tout en restant quelque peu enfantine – elle se ronge les ongles et mange des sucettes – créant le cliché vu et revu de la femme folle, une Harley Quinn bis sans grande profondeur. De la même manière, les autres policiers sont maintenant dépeints comme l’incarnation du mal, notamment l’homme en charge des opérations qui est filmé comme un méchant lambda de film descendant d’une voiture avec des lunettes noires d’un air menaçant. On est loin de l’intelligente Raquel qui nous permettait d’avoir un point de vue aimable dans la police.

Quant aux relations, elles empirent elles aussi. Cette saison 3 force un féminisme peu naturel et injustifié. Des répliques sexistes sont données à de nombreux personnages afin que les femmes du groupe puissent se défendre en expliquant que ce n’est pas normal d’être traitées ainsi. Pourtant, par endroits, ces répliques – malgré leurs bonnes intentions – sonnent complètement fausses. Lorsque Denver encourage Stockholm à ne pas braquer une banque, elle l’accuse de sexisme. Pourtant l’arguement de Denver n’est pas qu’elle est une femme mais simplement qu’elle n’a jamais été entraînée comme les autres. Les saisons précédentes parvenaient à être féministe sans en faire trop. Les femmes étaient fortes et n’avaient pas besoin de le dire ou de se justifier. La répétition de ces situations dans la saison 3 mène finalement à des scènes soit ridicules soit mal introduites qui ne parviennent pas à délivrer leur message de manière naturelle.

La relation entre Helsinki et Palerme semble aussi monter de toute pièce. De plus, elle ressemble plus à du queerbait qu’une véritable relation. En effet, les autres relations hétérosexuelles sont montrées de nombreuses fois à l’écran, parfois même de manière forcée, alors que rien n’est montré du côté homosexuel. Nous avons droit à une scène post-relation sexuelle où les deux hommes ne se touchent pas et ne se montrent pas d’affection. De la même manière l’amour de Palerme pour Berlin ne peut pas déboucher sur quelque chose et l’homosexualité est donc réduite à néant.

Les relations hétérosexuelles sont souvent montrées à l’écran et Tokyo, notamment, est fortement sexualisée

Malgré tout cela, certains parallèles fait avec notre société restent intéressants, notamment les retombées politiques de leur action ou le discours sur la crise des migrants. Ils critiquent également la torture toujours utilisée dans les pays dit « du premier monde ». Une séquence nous montre les différentes manifestations à travers le monde et le symbole de Dali repris un peu partout en tant que symbole révolutionnaire. Sans que la série ait eu un si grand impact dans notre société, il est intéressant de voir que ses symboles avaient été repris par certaines universités pendant les révoltes étudiantes de 2018. De même,les secrets d’Etat dont les personnages parlent à plusieurs reprises incriminent l’Europe dans la mort d’un grand nombre de migrants critiquant notre société actuelle.

Cette saison semble aussi s’attarder sur le médium de la série. Les personnages parlent plusieurs fois de cinéma et l’un d’entre eux dit préférer les séries. Mais c’est cette scène dans laquelle les braqueurs construisent une histoire à travers les bruitages pour la police qui est particulièrement marquante. Elle s’impose comme un bel hommage au cinéma et notamment à l’importance du son dans celui-ci. Une belle scène donc qui marquera aussi de par son côté comique.

Pour finir, cette saison 3 est également enveloppée dans un fan service qui n’apporte pas grand-chose à l’ensemble. L’utilisation à plusieurs reprises de Bella Ciao, chanson militante iconique des premières saisons, est plutôt mal amenée et perd le double sens qu’elle avait : une rébellion contre l’Etat mais aussi une relation entre frères, Berlin et le Professeur. Dans l’ensemble l’utilisation de la musique est d’ailleurs peu mémorable ou ne semble pas à sa place. Une musique d’action intense est parfois apposée à un montage au ralenti créant un effet des plus contradictoire. Certaines musiques licenciées ne semblent pas non plus dans le ton de la série notamment Be my baby des Ronettes qui détonne complètement avec le thème et l’ambiance.

Dans l’ensemble, une saison bien en dessous des précédentes qui reste attrayante non plus grâce aux personnages mais parce que l’on a envie de savoir comment ils comptent réussir ce casse et bien sûr à cause du cliffhanger final qui nous promet une saison 4 sous tension.

Nastassia

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LA CASA DE PAPEL SAISON 3, pirouette cacahuète - Critique
Titre original :
Créé par : Álex Pina
Acteurs principaux : , ,
Date de sortie :
Durée : 41-57 minutes
2.5décevant
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