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Dans une très belle année du côté des séries, The Leftovers aura clairement tiré son épingle du jeu avec cette ultime saison parfaite et émouvante.

Qu’il est difficile, même avec plusieurs mois de recul, de se replonger dans l’époustouflante densité de The Leftovers. Une série qui nous en a fait voir de toutes les couleurs. Avec cette troisième et dernière saison, la paire Damon Lindelof/Tom Perrotta était sévèrement attendue au tournant. Parce qu’on le savait, le mystère autour du “Sudden Departure” n’était pas la priorité pour le tandem. Aucune explication n’était prévue, aucune pirouette qui aurait pu faire vaciller l’ensemble. À croire que la leçon de Lost (série culte sur laquelle Damon Lindelof était scénariste) a été retenue. D’ailleurs, si l’on regarde maintenant les deux shows, on constate que l’un n’est qu’un brouillon de l’autre. Tout était là : une situation de départ surnaturelle, une intrigue qui flirte avec la religion sans jamais totalement s’y adonner, des épisodes qui se détachent de l’arc narratif principal pour se concentrer sur le passé de différents personnages, une galerie de caractères bien écrite. Il ne restait qu’à régler le souci des faux pas. Comme si les fautes commises sur Lost avaient été nécessaires pour qu’un tel chef-d’œuvre puisse par la suite voir le jour – car, oui, osons le dire, The Leftovers est un pur chef-d’œuvre qui marquera le monde des séries.On prend conscience de la force de The Leftovers lorsque le show se termine. Lorsque tous ces personnages sortent de notre vie, qu’on les laisse s’émanciper. Ils étaient notre famille, nos amis, nos enfants. Des laissés-pour-compte sur lesquels on a accepté de veiller. Au commencement ils étaient orphelins et désormais, c’est à notre tour de l’être. Mais il ne faut pas le prendre par le mauvais bout, cette séparation est un mal pour un bien, une libération. En seulement trois saisons, nous avons eu l’impression de faire un voyage immense. Physiquement et intimement. De Mapleton à Jarden, jusqu’à l’Australie. D’un incompréhensible sentiment d’abandon jusqu’à la paix intérieure tant souhaitée. Il ne s’agissait que de ça, et pas d’une série mindfuck voulant frimer par sa révélation finale. Tant mieux. Pourtant il y avait matière, dans cet océan d’événements étranges qui ne cessent de ponctuer la série. Mais ils n’étaient que des étapes, des épreuves, dans une quête que l’on perdait par moments de vue tant les réponses tardaient à nous parvenir. Une quête philosophique, autant métaphorique que quasiment métaphysique. Comment vivre avec le poids de l’absence ? Quelle est ma place dans le monde ? Ces questions, et tant d’autres, sont le cœur de The Leftovers.

S’élancer dans un tel récit équivaut à embarquer dans un tour de montagnes russes. De passer en un claquement de doigts du rire aux larmes, de l’amour à la haine, du fantastique au terriblement rationnel, du doute à une foi infaillible. C’est simplement la Vie qui surgit dans chaque scène – et ce pour quoi le spectateur se sent autant impliqué. Car les clefs ne sont pas livrées, il faut les trouver. En comprenant ce que l’on regarde tout apprenant à se tromper, à faire le pas en arrière pour mieux appréhender le suivant. À aller cherche dans sa propre expérience personnelle les nombreux échos disséminés comme des bouées de sauvetage. Exactement comme chaque personnage. La série a cette capacité à nous stimuler par une écriture qui sait distiller avec minutie les réponses aux (nombreuses) interrogations sans nous décevoir. À l’inverse de Lost où nous avions l’impression d’être baladés sans que les scénaristes sachent quelles étaient les réponses, The Leftovers respire la maîtrise dans sa construction scénaristique. Son déploiement tentaculaire de questionnements profonds, d’émotions, de trames n’est en aucun cas un signe d’éparpillement. Et c’est ce qui impressionne.Au lieu de nous asséner de réponses farfelues, la série nous propose de mettre à l’épreuve notre Foi. D’où l’intérêt de ne pas montrer ce que Nora aurait vu de l’autre côté – en ce sens, le caractère anti-spectaculaire de l’épisode final peut dérouter. Dit-elle la vérité à Kévin ? Qu’importe, cette question restera en suspens. L’important est d’être ensemble, vivants. D’être là. Pour se tenir la main, s’échanger un regard empli de tendresse. Après tous ces événements, ce Sudden Departure. Un proverbe tibétain dit que “qui n’a pas connu le malheur ne peut ressentir le bonheur“. Pour Nora, Kévin et tous les autres. l’heure était venue de renouer avec lui. Ce qui rend ces ultimes larmes de joie tellement puissantes. C’est sur cette note d’apaisement, à la faveur d’un travelling arrière qui nous arrache en douceur des personnages que l’on a tant aimés. que s’est conclue une série qui marquera pour très longtemps ceux qui ont eu la bonne idée de se lancer dedans. Une série qui nous aura rendu vivants plus que de raison.

Maxime Bedini

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