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Ancêtre des comédies avec Will Ferrell, précurseur en matière de farce sportive déjantée, La Castagne vaut surtout pour son cynisme et son regard désillusionné sur l’Amérique des 70’s.

Le sport au cinoche donne rarement des chefs-d’oeuvre et ce n’est pas LA CASTAGNE qui risque de changer la donne… Le problème récurrent de ce genre d’entreprise est de savoir comment filmer un sport collectif. Là où la pratique individuelle semble parfaitement s’adapter à l’art cinématographique, en nous offrant autant à voir (représentation plus limpide et esthétique) qu’à ressentir (l’intérêt pour un destin individuel facilitant le principe d’identification), sa déclinaison en mode co’ s’avère bien souvent brouillonne et pose la question de l’angle abordé : réaliste ou parodique ? George Roy Hill, quant à lui, semble se poser moins de question et place le réalisme sur le même plan que la dérision ! Pourquoi pas, me direz-vous, en tout cas c’est ce qui donne à LA CASTAGNE sa dimension unique, perdue quelque part entre le foutrement bancal et le férocement attachant.

Photo de LA CASTAGNE (Slap Shot)

les frères Hanson

Classique et sans surprise, l’intrigue nous expose le devenir d’une équipe semi-pro de Hockey qui doit enchaîner les résultats afin d’éviter la dissolution. Ce qui est moins classique, par contre, c’est la vision qui nous est faite de ce sport où tout semble excessif et délirant. À commencer par les vedettes de l’histoire, les frères Hanson, dont la représentation tient autant du véritable hockeyeur que du personnage cartoonesque. On a beau être attendri par leur quotidien fait de loose et de galère, on ne peut que lever les yeux au ciel lorsque l’on découvre une pratique sportive qui consiste à mettre l’éthique dans le vestiaire et la crosse dans la trogne de l’adversaire.

Les matchs se déroulent alors dans un grand n’importe quoi généralisé, où l’on compte davantage les coups de poing que les buts marqués et où la foule pousse des “hourra” à chaque nez explosé ou mâchoire fracturée. Du sang sur la glace et de la déprime en coulisses, voilà en quelque sorte le programme proposé par LA CASTAGNE : un mélange des genres étonnant qui peut fonctionner, à condition de ne pas être trop regardant sur la qualité proposée !
Car, le film n’est pas d’une grande finesse et les motifs de rejet sont aussi nombreux que les infractions perpétrées par nos joyeux frangins ! Mais ce qui demeure intéressant ici, c’est bien ce refus de la totale parodie afin d’adopter un ton profondément cynique.

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C’est le surréalisme des matchs qui nous révèle le cynisme ambiant. On découvre un milieu où l’on privilégie le tiroir caisse à l’éthique sportive ! De la même façon, LA CASTAGNE illustre avec pertinence la fameuse formule “panem et circenses”! Du sang et du spectacle, voilà ce que l’on propose à la populace afin qu’elle oublie le morose et les fermetures d’usine qui s’enchaînent… À coté de cela, la vie en coulisses, loin des projecteurs, livre une vérité crue et émouvante. C’est la vie d’une équipe qui ressemble à celle des exclus de la société, avec problèmes conjugaux et errances cafardeuses dans les bars minables. Si la pratique sportive est sale, c’est parce que la vie l’est tout autant ! Une notion parfaitement intégrée par le personnage incarné par Paul Newman. Pour survivre dans une société qui ne respecte plus rien, il faut agir de la même façon ! Ainsi, il manipule et pousse ses ouailles au pire sur la glace afin de provoquer la sacro-sainte réussite.

Même s’il n’est pas totalement abouti, LA CASTAGNE vaut plus que le statut de farce vulgaire auquel on le réduit bien souvent, c’est un drame social dont les problématiques perdurent encore aujourd’hui.

Alex

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[CRITIQUE] LA CASTAGNE (1977)
b>Titre original : Slap Shot
Réalisation : George Roy Hill
Scénario : Nancy Dowd
Acteurs principaux : Paul Newman, Strother Martin  , Michael Ontkean
Date de sortie : 24 août 1977 (sortie DVD/BR le 2 mai 2017)
Durée : 2h03min
3.0moyen
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