ASSAUT est techniquement, un film plutôt moyen :

Sa réalisation, bien qu’efficace, ne PARAÎT ni originale ni particulièrement inventive,
La photo est classique pour les films de cette époque, chaude (L.A. oblige) et crade (1976)…
La musique est datée… Le scénario, relecture de Rio Bravo où un commissariat de banlieue est assailli par un gang, tient sur un post-it, etc.

Pourtant, le film de réussit à faire vibrer quelque chose… Mais quoi ?

Comme souvent pour les films de Big John, un compte rendu objectif des simples aspects techniques du film ne prend pas en compte plusieurs éléments invisibles à l’époque – en tous cas pas aussi palpables qu’en 2014.
Car il faut remettre ASSAUT dans son contexte ET observer l’importance de ce film dans notre inconscient collectif.

Décryptage.

  • CONTEXTE

Los Angeles, de par son histoire et sa proximité avec le Mexique est une ville d’immigration. Cumulé avec le baby-boom d’après guerre, les années 1970 voient se développer les effets de cette expansion démographique subite : pauvreté, ghettoïsation, violence… C’est dans ce contexte, et dans le L.A. banlieusard des 70’s, que se place ASSAUT (Assault on Precinct 13, en version originale). Un endroit ou il est facile, voir nécessaire, de revendiquer son appartenance à un mouvement, ou pire, un gang.
Voila la position d’une jeunesse sans repère car marginalisée, et c’est à ce point précis qu’ apparaît un étrange gang interracial, symbolisé par quatre leaders – un blanc, un noir, un hispanique, un asiatique ; plusieurs traumatismes typiquement américains de la décennie précédente sont ainsi résumés dans leur appartenance à un mouvement commun dans le film ; l’hispanique arbore le béret révolutionnaire du Che ; L’asiatique évoque la violence inutile de la guerre du Vietnam. L’afro américain rappelle les émeutes raciales de 1965… Le dernier, personnage plus emblématique dans le film, mais moins identifiable car simplement… blanc, pourrait être une synthèse de toutes les turpitudes des Etats-Unis : immigration incontrôlée, pauvreté sociale, désillusion de l’American Dream. Ce protagoniste est finalement le catalyseur de toute la violence du film.
Leurs causes, séparément, peinent à se faire entendre, se faire voir par l’opinion. Il s’agit de s’unir et de réagir par la prise d’armes.
Ce gang a cessé de s’exprimer ; troque ses voix désorganisées pour un mutisme agressif. Agressif donc efficace, efficace, donc plus télévisuel.
L’image que j’ai de la télévision américaine des 70’s se résume à ASSAUT et à … Anchorman. Donc pour moi, télévisuel dans ce contexte signifie : qui divertit et/ou informe, par le spectacle.

Dans le film, ces jeunes se sont organisés et comptent bien faire payer la répression dont ils sont victimes.
À qui? Leur pays socialement inadapté? À l’américain moyen, hypocrite et faussement aveugle? Un gouvernement qui les opprime?
ASSAUT, en seconde lecture, se fait le plaidoyer d’une jeunesse laissée pour compte, qui cherche à s’exprimer mais ne sait pas comment. John Carpenter, involontairement ou non, leur donne une voix, les rend TÉLÉVISUELS.

Photo du film ASSAUT

Photo du film ASSAUT

La première scène du film montre une bande de voyous armés et anonymes (quoiqu’ appartenant visiblement à différentes minorités ethniques), se faire dégommer par une police invisible sans véritable somation ni échappatoire. S’ensuit une voix off de journal télévisé qui nous explique le problème de la délinquance juvénile difficile à maîtriser… Que la « bavure » montrée dans la scène précédente est une réponse certes violente, mais logique, à ce problème.
ASSAUT, par la suite, mettra en scène un gang pluri-ethnique assiégeant un commissariat.

  • PERSONNAGES

Les principaux :
Ethan Bishop (), un flic, lieutenant, noir. Il vient d’un quartier difficile mais s’en est sortit à force de persévérance et de droiture. Il est dans le film, comme un roc insubmersible de courage et d’espoir.
Leigh () : la secrétaire du commissariat. Mi-blasée, mi-pragmatique. Atout-séduction de l’histoire, mais n’en jouera jamais.
Napoleon Wilson, condamné à mort pour le meutre de pas mal de gens;   compose un criminel philosophe qui joue de son image pour impressionner son entourage.

Leur rencontre suit une logique assez implacable, et joue d’un story telling assez classique et très très peu étoffé. La présentation des personnages se fait par le biais de quelques scénettes très succintes – 15 min max par personnage. Pourtant, John Carpenter réunit avec eux un trio charismatique assez improbable mais logique, complémentaire et interactif. Les rôles secondaires ne servent pas à grand chose sinon de légers pistons narratifs -ou de chair à canon. On notera tout de même la présence de Charles Cypher, sorte de gros Mark Walhberg. Une présence plus qu’un rôle, toutefois suffisamment charismatique pour retenir l’attention. Les autres protagonistes vraiment intéressants sont Lawson et le Gang lui même.

Le premier, est un bon père de famille, qui n’aime pas trop la police, ne reconnaît pas ses torts, doux avec sa famille… le type lambda quoi. Dans le film, il symbolise justement ce monsieur tout le monde, agressé gratuitement, mais finalement aussi pour ce qu’il représente : l’Amérique Wasp, qui se met des oeillères vis à vis de cette population grandissante et en colère, symbolisée par le gang. Un personnage très important car déclencheur de la furie du gang.  Sa fuite (lâcheté?) poussera le gang à attaquer le commissariat. Il y finira traumatisé et inutile, mais survivant de l’assaut.

Le second, le gang lui même : plus que la somme de ses membres, il s’agit d’une seule et unique voix qui prévient son pays : Je suis la, je suis vénère, je serai incontrôlable si aucune solution d’entente n’est trouvée. Son mouvement agressif est d’abord un geste de vengeance avant d’être un geste symbolique ; les membres du groupe (excepté les leaders) ont cet aspect anonyme qui les identifie à tout le monde et personne à la fois. La violence irréfléchie dont ils font preuve dénote un certain désespoir.

Un sous-texte politique passionnant qui, bien sur, ne prend jamais le pas sur l’actionner efficace, mais reste palpable.

« En somme, (re)découvrir ASSAUT, c’est comme voir MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE après avoir digéré 30 ans de Slasher. C’est découvrir l’origine d’un pan entier de culture populaire. »

  • MISE EN SCENE, EN MUSIQUE, IMPACT SUR L’INCONSCIENT COLLECTIF

ASSAUT, de par son contexte, marque son époque.
John Carpenter n’a jamais vraiment brillé par le succès commercial de ses films – excepté New York 1997 et Halloween , mais plus par l’estime de fans inconsidérés du réalisateur et de la subversion présente dans ses films. L’inventivité et la créativité y sont présentes de manière détournée, motivées par le manque de moyens (ASSAUT a été financé pour 100 000$) bien plus que par prétention cinématographique.

Photo du film ASSAUT

Photo du film ASSAUT

Le génie de John Carpenter consiste à savoir s’approprier les codes du cinéma de genre pour les remodeler en une forme hybride, audacieuse et visionnaire.
ASSAUT, précisément, allie le Western (Rio Bravo), le film fantastique (La Nuit des Morts Vivants), et le contexte de l’époque pour créer un actionner politique, nocturne et claustrophobe ; un genre que John Carpenter déclinera sous plusieurs formes dans le reste de sa filmo.
Autre exemple, John Carpenter crée à partir de rien d’insoutenables instants de tension, comme cette intro d’Ethan Bishop ou il ne se passe RIEN mais ou l’on à PEUR, ou ce moment ou Bishop envoie le shotgun à Wilson. Il joue sur le plein champ ou le hors champ pour rendre la menace invisible, étire certains moments comme il les resserre subitement puis montre la violence brutalement et frontalement. Paradoxalement, sa mise en scène se fait stroboscopique et répétitive concernant les assauts…
Ces moments, assez fatigants à l’écran, provoquent bizarrement un plaisir indescriptible car inconscient, qui prend tout son sens lorsque l’on constate qu’il s’agit d’une rémanence du film dans la culture populaire :
Beaucoup ont été impressionnés par l’oeuvre de John Carpenter en général, par ASSAUT en grande partie.
L’influence d’ASSAUT est perceptible au Cinéma, dans des films comme , Nid de Guèpes (F.E. Siri), le remake d’ASSAUT par J.F. Richet, ou plus subtilement, dans des films comme Robocop de Paul Verhoeven ou Matrix, pour le caractère anonyme des nombreuses victimes.

Le domaine du jeu vidéo est également un indicateur de l’importance du film :
En effet, le gang du film est une véritable horde. John Carpenter le filme comme une unité, incessante, invincible.
Ainsi, les « assauts » montrent comment les survivants du commissariat repoussent à coups d’armes à feu les membres du gangs : un coup de feu = une victime. Chaque coup de feu raté équivaut à une blessure, une logique qui n’est pas sans rappeler celle de nos FPS actuels, de Left 4 Dead à Call of Duty. Ce raisonnement atteint son paroxysme lors de l’assaut final dont l’action prend place dans un long couloir ; les survivants établissent à l’entrée de celui-ci une barricade de fortune contre laquelle viennent se fracasser les membres du gang/zombis, par dizaines. Le gang, par la violence de leur assaut, repousse petit à petit les survivants, le long du couloir ; le dernier mouvement possible consiste à tirer à la carabine sur une bouteille de gaz judicieusement disposée à l’entrée du couloir, et grâce à l’explosion, cramer les assaillants.
Combien de fois avons nous expérimenté ce classique « Defend The Flag » dans nos jeux vidéos? Combien de fois avons nous repoussé cette horde aux respawns infinis? Un de ces gimmick typique du FPS moderne qui trouve une inspiration dans ASSAUT (1976, je le rappelle)

De même la musique du film, composée par John Carpenter, est indissociable de l’époque : synthés, batteries 70’s. Un son dégueulasse en théorie …
Sauf qu’en fait, le film a tellement impacté son époque qu’on en voit toujours les résultats en 2014.
Dans ASSAUT, John Carpenter redouble d’effets en tous genre pour créer un sentiment de malaise, puis de claustrophobie, jusqu’à l’oppression : pulsations, iiiiiiiiiii synthétique et lancinant pour souligner la violence à venir, des beats bien électroniques, pour illustrer cette même violence…
Il utilise surtout ses synthés pour composer ce thème envoûtant qui colle et évolue avec l’ambiance de plus en plus lourde du film.
Un score et une bande son électroniques et finalement avant-gardistes, copiés allègrement par moult artistes pourtant contemporains, comme Kavinsky par exemple.

En somme, (re)découvrir ASSAUT, c’est comme voir Massacre à la tronçonneuse après avoir digéré 30 ans de Slasher. C’est découvrir l’origine d’un pan entier de culture populaire.

CASTING
Titre original : Assault on Precinct 13
Réalisation : John Carpenter
Scénario : John Carpenter
Acteurs principaux : Austin Stoker, Darwin Joston, Laurie Zimmer
Pays d’origine : U.S.A.
• Sortie : 23 juillet 2014 (Sortie originale : 5 juillet 1978)
Durée : 1h20mn
Distributeur : Film Sans Frontières
Synopsis : Un gang prend d’assaut un commissariat
BANDE-ANNONCE