Pour son dernier film, EN GUERRE, Stéphane Brizé refait appel à Vincent Lindon et le plonge cette fois-ci dans un conflit social d’une grande violence.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que EN GUERRE secoue. Il secoue d’abord physiquement car le réalisateur Stéphane Brizé plonge le spectateur en plein combat syndical. Il l’immerge totalement dans l’escalade de la violence d’un conflit social. On sort clairement sonné par les cris tout le long du film, les invectives, les agressions verbales, les agressions physiques. Si le souhait du réalisateur était de montrer que ce type de conflit est ô combien éprouvant, il a réussi son coup. Les rares tentatives d’apaisement proviennent du conseiller social de l’Elysée, sorte de médiateur présidentiel et du pouvoir de l’État. Ses paroles sensées sont en quête d’un consensus, mais pas suffisamment pour calmer la colère des syndicalistes.

Photo du film EN GUERRE

Car EN GUERRE, c’est un film sur cette colère, née de l’injustice. Une colère qui ne trouve jamais de réceptacle dans le camp en face. D’autant que la colère d’un groupe entier est rarement maîtrisée et peut vite dégénérer. Or le dialogue social ne peut pas exister si l’émotion est dans les parages. Dépassionner les débats est la condition indispensable pour entamer un dialogue constructif. Mais après tout, que reste-t-il à négocier quand les décisions sont déjà prises? Quelles sont les marges de manœuvre des syndicats, si ce n’est faire profil bas et accepter le chèque de reclassement, comme dans Vent du Nord ?

C’est précisément sur ce point que EN GUERRE secoue moralement et interpelle le spectateur empathique. Car ce combat inégal oppose évidemment David contre Goliath. Goliath, c’est le monde des patrons, de la rentabilité, de la compétitivité, des dividendes versés aux actionnaires, de la réalité du marché, des difficultés économiques, des fermetures d’usine, des délocalisations, de la vision globale et mondiale, des reclassements. Pour autant, et c’est tout à son honneur d’avoir su éviter les facilités, le réalisateur ne donne pas une représentation systématiquement négative de tout ce monde là. Il montre aussi la part d’humanité du directeur de l’usine d’Agen et celle du PDG de la société Perrin, qui subissent eux aussi la décision du groupe allemand.

Si EN GUERRE se pose en quasi documentaire-fiction, offrant une démonstration didactique du rôle de chaque partie prenante d’un conflit social, le film laisse aussi perplexe quant à sa fin saisissante.

David, c’est bien sûr le monde des ouvriers, des syndicalistes, de la défense des travailleurs, du sens donné au travail et de la dignité qui en ressort, de la solidarité, du respect de la parole donnée, de la sauvegarde de l’emploi. Deux mondes si différents qui ne parlent pas le même langage. Car Goliath a les cartes en main et contraint à la fermeture de l’usine, refusée par David, qui fait grève et bloque la production et les stocks.

Laurent (extraordinaire Vincent Lindon), CGTiste, se bat aux côtés de ses compagnons d’armes, tous syndicats confondus. C’est un leader, un homme de convictions pétri de certitudes et persuadé d’avoir raison sur la façon de mener ce combat. Stéphane Brizé le montre très bien en plein paradoxe, exigeant qu’on l’écoute mais n’écoutant pas lui-même ses semblables. Vent debout, il se veut un guide et un exemple. Le syndicalisme est toute sa vie, il y met toute son énergie. Visage tendu, mâchoires serrées, il avance, coûte que coûte.

Photo du film EN GUERRE

Son personnage est directement inspiré du délégué syndical Xavier Mathieu, qui s’est opposé à la fermeture de l’usine Continental à Clairoix en 2009. Ce dernier a d’ailleurs collaboré au scénario et est conseiller technique de EN GUERRE. Dans un souci encore plus grand de réalisme et de vérité, Stéphane Brizé a utilisé le même procédé que pour La loi du marché (qui avait valu à Vincent Lindon le prix d’interprétation masculine à Cannes en 2015), puisque tous les autres acteurs sont non professionnels et sont tous très convaincants.

Stéphane Brizé renforce également son propos par le prisme des médias et le regard qu’il porte sur la façon dont sont relatés les faits est loin d’être bienveillant. Si EN GUERRE se pose en quasi documentaire-fiction, offrant une démonstration didactique du rôle de chaque partie prenante d’un conflit social, le film remet en perspective l’homme face à la rentabilité mais laisse aussi perplexe quant à sa fin saisissante.

Sylvie-Noëlle

Votre avis ?

EN GUERRE, la lutte finale - Critique
Titre original : En guerre
Réalisation : Stéphane Brizé
Scénario : Stéphane Brizé, Olivier Gorce
Acteurs principaux : Vincent Lindon, Mélanie River, Jacques Borderie
Date de sortie : 16 mai 2018
Durée : 1h53 min
3.5Éprouvant
Avis des lecteurs 0 Avis

D'accord ? Pas d'accord ?

avatar
  S'abonner  
Récents Anciens Populaires
Notifications :
FAUDET
Invité
FAUDET

Un grand merci pour ce film qui affiche sur grand écran la dure réalité qui est vécue par une grande partie de la population de notre pays qui résiste et essaie de se faire entendre. Oui, des images dures et fortes, dont les syndicalistes se passeraient bien, qui reflètent le combat entre le pouvoir de l’argent et nous, qui ne représentons que des pions à déplacer et à jeter. Que l’on soit, ouvrier, employé, avocat, artisan, pilote….etc nous nous devons de ne pas se laisser écraser, nous devons lever la tête.
Un combat de tous les jours qui doit unir la population contre le pouvoir des actionnaires.
Merci à Vincent Lindon “interprétation Magistrale comme d’habitude” et à Stéphane Brizé d’avoir su retranscrire tout cette lutte.
BRAVO!!

EN GUERRE, la lutte finale – Critique

1