DHEEPAN est ce genre de film qui doit se voir en salles, à cause de cette dose d’immersion, de spectaculaire et de surprise typique du cinéma d’Audiard, mais… qui s’évapore grandement une fois sortis de la salle.

Ce qui est plaisant :

Audiard et son scénariste Bidegain, nous rendent ces personnages, leur histoire, leur environnement et leurs choix ultra-crédibles; Il ne s’agit définitivement pas de réalisme, mais plutôt de détails.
Audiard étoffe considérablement un script assez simple, en rajoutant un nombre incroyable de pistes d’interprétations, à travers décors, dialogues et situations. Romance(s), récit de (re)construction, dépaysement (inversé), belle mise-en-scène (quoique très propre), twists… DHEEPAN contient ces exacts éléments qui en font quelque chose d’universel, de très accessible, de cinématographique.

L’inconvénient :

Tous les films d’Audiard se ressemblent, possèdent le même schéma…
Un récit de reconstruction par l’autre, une lente mais redoutablement efficace création de l’empathie, une toile de fond violente et surtout imprévisible, un traumatisme-surprise qui déclenchera un éclat de violence final.
C’est à la fois incroyablement efficace… et décevant car pas assez novateur.

Photo du film DHEEPAN

Ce qui change :

L’ampleur internationale et politique que prend le récit : Dheepan est un guerrier Tamoul fuyant le Sri Lanka avec une famille fictive, reconstituée uniquement pour obtenir de faux-papiers.
Yalini sera donc sa femme, Illayaal, sa fille. Arrivé en tant qu’immigré en France, il sera re-localisé dans une cité Parisienne “qui craint” (un mélange de la cité de Gomorra et de celle de la Haine), et obtiendra un poste de gardien d’immeuble.
Cette introduction hors-France n’est évidemment pas gratuite et modèlera chacun des évènements du film. Toutefois, on regrettera – en quelque sorte – que le propos politique inhérent à ce postulat ne soit qu’un prétexte au développement scénaristique des personnages. Si cela rend les personnages passionnants, c’est évidemment décevant lorsqu’il s’agit de pousser pleinement à la réflexion. C’est finalement assez commun à tous les films d’Audiard.

“Dheepan est très réussi, très intense, mais trop similaire dans sa structure à tous les précédents films d’Audiard.”

Après, il faut savoir ce qu’on va voir: un film d’Audiard. Un divertissement populaire (comprendre: très accessible et spectaculaire) trouvant sa source dans le drame et dans le polar, transcendés par l’émotion.

DHEEPAN est un grand film de cinéma, mais un cinéma particulier: le “divertissement populaire auteuriste” – celui qui n’a jamais peur de la non-bankabilité de son sujet, mais qui le dénature passablement au profit d’un divertissement immersif, spectaculaire, et intégralement tourné vers son spectateur. Sa force et sa limite…
DHEEPAN est ainsi trop similaire dans sa structure, à TOUS les précédents films de Jacques Audiard. Il est également suffisamment original dans son propos pour nous surprendre. Un film paradoxal en somme.

DHEEPAN a remporté la Palme d’Or au Festival de Cannes 2015.

Georgeslechameau

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[CRITIQUE] DHEEPAN
3.7Note finale
Mise-en-scène
Scénario
Casting
Photo / Musique
Originalité par rapport aux autres Audiard
Avis des lecteurs 9 Avis