Après avoir vu EDDIE THE EAGLE, on ne vous dira pas qu’on maîtrise parfaitement la technique et le paradoxe du saut à ski. Mais on sait désormais qu’il faut considérer celui-ci comme un art et respecter quatre étapes importantes pour réussir un saut : “En haut, en arrière, en avant, on descend !“. Au fond, peu importe le sport, car l’histoire que nous raconte le réalisateur Dexter Fletcher est avant tout une aventure humaine extraordinaire, inspirée de la vie de l’athlète Eddie Edwards (eh oui, encore une !). Unique sauteur à ski britannique qualifié, il a participé aux Jeux Olympiques d’hiver de Calgary en 1988. Pourtant, Eddie/Taron Egerton n’a pas toujours été un aigle, loin de là. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne correspondait en rien à la représentation habituelle que l’on se fait d’un athlète qui participe aux JO. Il a même cumulé plusieurs handicaps : une santé défaillante, une rare maladresse et un caractère que d’aucuns décrivent comme atypique, proche de l’autisme. Nombreux sont ceux qui l’ont freiné dans ses ardeurs et mis des bâtons dans les skis, se moquant de lui. Mais il avait les qualités fondamentales indispensables à un athlète de haut niveau : la volonté, la persévérance, voire l’obstination, le courage et un mental très fort. Surtout, il avait ce double rêve qui le portait depuis tout gosse et qu’il partageait avec sa mère Janette/Jo Hartley, celui de participer aux Jeux Olympiques et de montrer aux médecins qu’ils se trompaient quant à sa possibilité de faire du sport. EDDIE THE EAGLE est d’ailleurs un bel hommage rendu à l’amour maternel et à la relation de confiance incroyable entre une mère, pourtant consciente de toutes les difficultés, et son fils. Terry/Keith Allen, son père, s’obstinera longtemps quant à lui à vouloir ramener sur terre les pieds d’Eddie.

Photo du film EDDIE THE EAGLE

© Twentieth Century Fox France

Taron Egerton, qui a percé grâce à Kingsman : services secretsincarne justement un Eddie très premier degré, sans aucun sens de l’humour, même si une grande partie du jeu consiste à remonter ses grosses lunettes sur son nez. Eddie ne s’embarrasse en effet d’aucune convenance sociale, restant concentré sur son objectif. Cette attitude, sans réelle conscience du risque, crée des malentendus et des situations cocasses. Car l’une des forces d’EDDIE THE EAGLE est de faire participer le spectateur à la motivation et à la force d’esprit incroyables d’Eddie, depuis son enfance jusqu’à son heure de gloire. Ne lui sera épargnée aucune tentative avortée, aucune chute, aucun nouveau projet, ni les multiples remplacements de ses paires de lunettes cassées.
On est évidemment très empathique envers ce héros improbable, qui réussit à nous embarquer dans un ascenseur émotionnel. On admire son courage ou son inconscience, on a mal quand il chute de son tremplin, on est en colère quand le Comité Olympique Britannique s’obstine à ne pas vouloir de lui, ou quand il se fait bizuter par ses co-équipiers qui ne le jugent pas suffisamment légitime. On vibre et on partage sa joie communicative lorsqu’il progresse suffisamment pour se qualifier. Bien sûr, cette aventure d’aller jusqu’au bout de ses rêves et du dépassement de soi n’est pas sans rappeler celles de Billy Elliott, Le meilleur et autres Rocky. Si Eddie est parfois découragéle destin lui donne toujours un petit coup de pouce. Il lui permet de rencontrer Petra, qui lui offre un logement en échange d’un travail dans son bar proche du centre d’entrainement en Allemagne. Et bien sûr Branson Perry, interprété par le parfait Hugh Jackman, dont il apparaît que l’un des critères de choix essentiels de ses rôles soit le sens de l’humour et de l’autodérision de ses personnages – tel Wolverine de la série X-Men.

“EDDIE THE EAGLE nous embarque dans une aventure humaine et olympique jubilatoire et nous offre de multiples pistes de réflexion”

Ancien champion olympique américain, Branson, comme de nombreux athlètes, a aussi bien sombré dans l’oubli que dans l’alcool. Sorte de rédemption, sa rencontre avec Eddie le sauvera et lui redonnera une raison de vivre, le transformant en coach. Car le film évoque la transmission du savoir et de l’expérience, mais aussi l’admiration mutuelle entre deux athlètes. L’une des forces d’EDDIE THE EAGLE tient de cette façon dont un ex-athlète, conscient des erreurs de son propre parcours, voit se révéler et encourager le potentiel de son protégé à travers des qualités que lui-même n’avait pas poussées jusqu’au bout de ses capacités. Naîtra une amitié teintée de respect dans ce monde olympique, de héros qui tombent de leur piédestal du jour au lendemain, remplacés par d’autres aux meilleures performances.

A noter l’apparition presque anecdotique de Christopher Walken en vieil entraîneur charismatique de l’équipe américaine de saut à ski, qui viendra raviver les douloureux souvenirs de Branson. Le ton et la mise en scène de ce biopic volontairement décalé et moqueur, très second degré britannique, sont savoureux. Les musiques de la bande-sonore renforcent d’ailleurs ce trait humoristique. On est loin du flonflon américain qui entoure souvent ce genre de films qui portent sur une réussite individuelle. Quelques rares effets spéciaux réussis permettent au spectateur de sauter des tremplins et de lui faire ressentir des sensations fortes. On ressort le sourire aux lèvres d’EDDIE THE EAGLE, véritable  aventure humaine et olympique jubilatoire, qui nous offre de multiples pistes de réflexion.

Sylvie-Noëlle

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

 

Affiche du film EDDIE THE EAGLE

Titre original : Eddie The Eagle
Réalisation : Dexter Fletcher
Scénario : Sean Macaulay, Simon Kelton
Acteurs principaux : Taron Egerton, Hugh Jackman, Christopher Walken
Pays d’origine : Angleterre, Etats-Unis, Allemagne
Sortie : 4 mai 2016
Durée : 1h44min
Distributeur : Twentieth Century Fox France

Synopsis :
Eddie Edwards n’a jamais rien eu d’un athlète, bien au contraire. Pourtant, depuis qu’il est petit, il n’a qu’un seul rêve : participer aux Jeux Olympiques. Au fil des années, ni son piètre niveau sportif, ni le manque de soutien, ni les moqueries n’ont entamé sa volonté. Et c’est ainsi qu’en 1988, celui qui n’a jamais lâché a réussi à se retrouver, on ne sait trop comment, aux Jeux Olympiques d’hiver de Calgary. Avec l’aide d’un entraîneur aussi atypique que lui, ce sauteur à ski pas comme les autres va secouer le monde du sport et conquérir le cœur du public en accomplissant une performance olympique aussi improbable qu’historique…
BANDE-ANNONCE

[CRITIQUE] EDDIE THE EAGLE

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