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Par son ton décalé et irrévérencieux, Grand Froid offre une réflexion jubilatoire sur la mort et la place de l’être humain.

Jubilatoire est le premier mot qui vient à l’esprit en regardant GRAND FROID. Une impression qui reste tout le long, ce qui est assez rare pour être souligné, d’autant qu’il s’agit du premier film de Gérard Pautonnier, tiré du roman Edmond Ganglion & Fils de Joël Egloff, avec qui il a adapté le scénario. On retrouve d’ailleurs la finesse de son écriture avec des dialogues ciselés, sous-pesés à la virgule près, au cordeau. L’humour noir et le rythme que ce texte imprime au film sont l’une des réussites de GRAND FROID, qui est dans la même veine de finesse et d’intelligence que La Loi de la Jungle,  Je suis mort mais j’ai des amis ou encore Comme un avion. Le spectateur rit de bon cœur, tout en ayant parfois honte de le faire. Car l’action ne prête pourtant pas à rire, puisqu’elle se situe au sein d’une entreprise de Pompes Funèbres et narre le trajet incroyable en plein hiver d’un corbillard et de son cortège vers la dernière demeure d’un mort.

GRAND FROID

L’autre réussite de GRAND FROID est sans conteste le formidable casting. Un trio impayable, composé de Jean-Pierre Bacri (Georges, vieil employé qui tente de rédiger sa propre éloge funèbre), Arthur Dupont (Eddy, qui découvre le métier) et Olivier Gourmet (Edmond, qui a bien des soucis pour surmonter la crise de sa petite entreprise). Ce qui caractérise les trois personnages et qui les rend très vite attachants, c’est leur gentillesse, leur côté naïf très premier degré et leur absence de cynisme malgré la nature de leur travail. Venus présenter le film à Bordeaux, Jean-Pierre Bacri et Arthur Dupont se sont investis avec enthousiasme dans cet “objet non identifié, insolite avec cette atmosphère si particulière”. Pour Jean-Pierre Bacri, le film permet même de méditer sur le “désarroi de tout être humain jeté dans un monde et qui doit se débrouiller avec le deal qui consiste à mourir à la fin”. GRAND FROID invite en effet le spectateur à partager cette réflexion métaphysique et existentielle de haute volée, par le biais du rire.

Le rebondissement du scénario de GRAND FROID ne peut pas être dévoilé, mais il vaut la peine, car il est aussi surprenant que réjouissant et tout à fait révélateur des personnalités des protagonistes. Les situations dans lesquelles évoluent les personnages secondaires sont également drôlissimes, tels Sam Karmann (Rupture pour tous) en prêtre branché, Wim Willaert en nouveau patron de restaurant chinois , Philippe Duquesne en frère du mort ou Philippe Vieux (Marie-Francine) en fossoyeur. Une bonne partie des rires provoqués par GRAND FROID provient d’ailleurs des regards échangés, filmés comme dans un bon vieux western, qui offrent une jolie palette d’expressions et d’émotions multiples. Sans bavardage inutile, ils illuminent le sourcil réprobateur de Jean-Pierre Bacri ou l’oeillade étonnée d’Arthur Dupont.  L’idée de western est d’ailleurs renforcée par la musique, mais surtout par la rue du village, source de moult scènes comiques. Décalé, poétique et irrévérencieux, GRAND FROID livre un road movie en corbillard qui, pendant un temps suspendu, pose avec subtilité des questions sur la vie, la mort et la place de l’être humain en ce bas monde.

Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] GRAND FROID
Titre original : Grand Froid
Réalisation : Gérard Pautonnier
Scénario : Gérard Pautonnier et Joël Egloof, adapté de son oeuvre “Edmond Ganglion & Fils”
Acteurs principaux : Jean-Pierre Bacri, Arthur Dupont, Olivier Gourmet
Date de sortie : 28 juin 2017
Durée : 1h26 min
4.0Jubilatoire
Avis des lecteurs 18 Avis

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