Le fils cadet d’immigrés italiens, Louis “Louie” Zamperini, est un jeune vaurien, voleur et bagarreur. Grâce aux encouragements de son frère aîné, il parvient à canaliser son énergie rebelle et développe une passion pour la course à pied. Battant record sur record, la jeune “Tornade de Torrance” se qualifie, à 19 ans à peine, pour les Jeux Olympiques de Berlin de 1936. Mais comme la majorité des jeunes de sa génération, il doit mettre ses rêves de côté quand éclate la Seconde Guerre mondiale. Il devient bombardier dans l’armée de l’air américaine (une profession risquée puisque la moitié seulement de ses camarades verront la fin de la guerre) et participe à de nombreuses missions dans le Pacifique. En avril 1943, son appareil subit une panne moteur pendant une mission, et s’écrase dans les eaux du Pacifique, tuant 8 des 11 membres de l’équipage. Louis, Phil et Mac dérivent pendant des semaines sur un canot de sauvetage avant d’être capturés par la marine japonaise et envoyés dans un camp de prisonniers de guerre.

Réalisé par Angelina Jolie (Lara Croft: Tomb Raider, Maléfique) et écrit par Joel et Ethan Coen (The Big Lebowski, Inside Llewyn Davis), Richard LaGravenese (Gladiator) et William Nicholson (Sublimes créatures), INVINCIBLE est un grand film, taillé pour les Oscars. Bien qu’ Universal possède les droits d’adaptation cinématographique de la vie de Louis Zamperini depuis 1957, il aura fallu attendre que plusieurs éléments se mettent en place avant que le projet ne soit officiellement lancé. Premièrement, la rencontre entre Louis avec Angelina Jolie (vraisemblablement voisins dans les collines de Hollywood). Puis la sortie du livre Invincible de Laura Hillenbrand. Enfin, le scénario en développement présenté par le producteur Matthew Baer. Si le vrai Louis Zamperini n’a pas vu le résultat final (il est décédé en juillet dernier), qu’il se rassure : le film d’Angelina Jolie est impressionnant, à bien des niveaux. Explications. Principalement tourné en Australie, INVINCIBLE met en lumière le calvaire que Louis Zamperini a vécu, dès le moment où il a été enrôlé dans l’armée, jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale et ses chaleureuses retrouvailles avec sa famille. Bien entouré, le “Louie” campé par l’étoile montante Jack O’Connell (Les Poings contre les murs, ’71) est un boy-scout comme on en voit de moins en moins. Issu d’une famille aimante, Louis est d’abord présenté comme un enfant turbulent. Via des flash-backs frappants de justesse, Louis se transforme petit à petit en graine de champion. Et cela, en partie grâce à l’aide de son grand frère Pete, d’abord campé par John D’Leo (Malavita) puis par Alex Russell (Chronicle). La famille Zamperini, montrée sous son meilleur jour, crée sympathie et empathie.

© Universal

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Choix de la réalisatrice appuyé par les frères Coen, INVINCIBLE s’arrête longuement sur les années dures de celui qu’on appelait “Louie la chance”. Le plus gros du film est ainsi dédié aux semaines que Louie, Phil et Mac passent sur le canot de sauvetage, en pleine dérive, puis sur les violences que Phil subit dans le camp de prisonniers de guerre. Grâce à une musique diégétique surdosée, INVINCIBLE s’apparente à une énorme immersion en territoire ennemi. Immersion il y a au début du film avec ses scènes à bord des avions, où le tout est semblable à un huit-clos et où Louis fait sans cesse des allers retours, veillant sans relâche sur ses camarades. Immersion il y a ensuite avec ce passage sur le canot de sauvetage où les trois soldats sont les uns sur les autres. Angelina Jolie peut d’ailleurs dire merci au climat propre à l’Australie qui lui a permis de filmer de magnifiques plans d’ensemble dans lesquels le canot fait tache. Des plans d’ensemble que l’on peut mettre en parallèle avec ceux de L’odyssée de Pi. D’une extrême violence, INVINCIBLE montre également les méfaits d’une guerre dont les enjeux nous sont grossièrement montrés et ses conséquences sur le moral des protagonistes. En effet, pendant 2h18, nous assistons sans voix à des scènes de folie pure, des preuves d’une désagrégation de notre héros. Roué de coups, il subit les de multiples épreuves. Le pire venant avec l’introduction de son geôlier, le lunatique Mutsuhiro Watanabe (Miyavi). La deuxième partie du film insistant sur la maltraitance et l’extrême sadisme dont Watanabe fait preuve, on ne peut que voir en INVINCIBLE un 12 Years a Slave bis. Aussi spectaculaire, aussi dur, mais moins poétique. Car si après-coup, on réalise que le film a pour principal sujet le pardon, cela est impossible à affirmer sans l’aide des cartons annonçant le générique de fin. Et à ce niveau-là, Angelina Jolie se rate complètement. Comment nous faire prendre conscience de l’importance du pardon, quand tout ce que l’on voit ce sont des scènes de torture tant physique que psychologique ? Jack O’Connell est sans aucun doute un bon acteur, mais un coup de pouce dans l’écriture aurait été le bienvenu.

”Impressionnant à bien des niveaux et taillé pour les Oscars”

Cela dit, le deuxième film d’Angelina Jolie en tant que réalisatrice frappe par sa beauté. Les choix de cadre sont judicieux et ceux d’éclairage pertinents. Lumineux voire carrément solaire, INVINCIBLE a le mérite d’en mettre plein la vue. Sans doute parce qu’en habituée des blockbusters qu’elle est, la femme de Brad Pitt a su utiliser les effets spéciaux avec parcimonie et efficacité. Y compris pendant les scènes de combats aériens. D’où la sensation de tout naturel marqué par la plasticité des corps. La réalisatrice nous épargne la surenchère d’explosions en tout genre et ne perd pas son sujet : les tourments de Louis, que ce soit dans les airs, sur le canot de sauvetage ou dans le camp de prisonniers. Un très bon point pour elle ! Sans révolutionner quoi que ce soit, INVINCIBLE est une œuvre au développement classique (ce que l’on reprochait déjà à 12 Years a Slave), qui oscille entre le film de guerre américain, le biopic salutaire et le drame psychologique. Axé sur un enchainement malsain et extraordinaire d’épreuves, INVINCIBLE est parfois plombé par la lenteur de son récit et par la répétition des actions et des effets. Oui, le futur de Louis s’annonce plutôt sombre, mais ça on le comprend dès la première heure du film ! Ne sachant pas si le pardon de Louis est aussi important que les effets de la guerre sur sa personne, on se laisse bercer par le film sans jamais savoir à quoi s’attendre. En particulier lorsque Louis semble au plus près de la mort, et qu’un twist ahurissant vient changer la donne. De ce fait, mention spéciale pour les scènes de la mouette et du requin.

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Peu aidé par la musique d’Alexandre Desplat qui, disons-le clairement, ne nous fait que peu d’effet, INVINCIBLE peut cependant s’appuyer sur une photographie proche de la perfection et qui n’est pas sans rappeler La colline des hommes perdus de Sidney Lumet. Correctement mis en scène, le film dAngelina Jolie possède un casting surprenant, touchant et émouvant. En particulier Domhall Gleeson (Harry Potter et les Reliques de la mort, Anna Karenine) qui incarne Phil et Finn Wittrock (American Horror Story, The Normal Heart) qui campe Mac. Tous les deux ont subi un régime drastique, allant jusqu’à perdre 16 kilos pour les besoins du film. Et cette rigueur se ressent à l’écran et apporte une sérieuse plus-value à l’ensemble. En d’autres termes, si INVINCIBLE n’est pas aussi sensationnel que l’on pouvait espérer, le film heurte notre sensibilité et marque comme il se doit l’esprit de son spectateur.

Les autres sorties du 7 janvier 2015

INFORMATIONS

7 janvier 2015 Invincible


TRAILERS

Titre original : Unbroken
Réalisation : Angelina Jolie
Scénario : Ethan Coen, Joel Coen, Richard LaGravenese, William Nicholson, D’après l’oeuvre de Laura Hillenbrand
Acteurs principaux : Jack O’Connell , Domhnall Gleeson, Garrett Hedlund
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie : 7 janvier 2015
Distributeur : Universal Pictures International France
Synopsis : L’incroyable destin du coureur olympique et héros de la Seconde Guerre mondiale Louis “Louie” Zamperini dont l’avion s’est écrasé en mer en 1942, tuant huit membres de l’équipage et laissant les trois rescapés sur un canot de sauvetage où deux d’entre eux survécurent 47 jours durant, avant d’être capturés par la marine japonaise et envoyés dans un camp de prisonniers de guerre.

BANDE-ANNONCE

[critique] INVINCIBLE

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