IRRATIONAL MAN sera donc le 45ème film de papi Woody (80 ans), et le sixième de la décennie, après You Will Meet a Tall Dark StrangerMinuit à ParisTo Rome with LoveBlue Jasmine et Magic in the Moonlight – sur ces 5 films, seul Blue Jasmine se démarquait vraiment des autres, abordant de façon surprenante le drame social, et mené par une hallucinante Cate Blanchett. En outre, bien que Woody Allen propose systématiquement quelque chose de novateur dans chacun de ses films, cela relève, récemment, plus de la fantaisie que d’une volonté de renouvellement.

Voici donc le pitch officiel d’ L’HOMME IRRATIONNEL :
Professeur de philosophie, Abe Lucas est un homme dévasté sur le plan affectif, qui a perdu toute joie de vivre. Peu après son arrivée dans l’université d’une petite ville, Abe entame deux liaisons. D’abord, avec Rita Richards, collègue en manque de compagnie qui compte sur lui pour lui faire oublier son mariage désastreux. Ensuite, avec Jill Pollard, sa meilleure étudiante, qui devient aussi sa meilleure amie. C’est alors que le hasard le plus total bouscule le destin de nos personnages dès lors qu’Abe et Jill surprennent la conversation d’un étranger et s’y intéressent tout particulièrement. Après avoir pris une décision cruciale, Abe est de nouveau à même de jouir pleinement de la vie….

Puis, pour accompagner ce synopsis, revoyons ensemble la bande-annonce :

Voilà.
Si comme nous, vous vous êtes faits une image très précise du film, construite à partir des dernières œuvres (ou déceptions, c’est selon) du réalisateur… nous vous conseillons de COURIR VOIR LE FILM !
Votre plaisir – ou tout du moins, votre étonnement – n’en sera que plus grand.

Attention, ce qui suit contient de petits spoilers.

“Si comme nous, vous vous êtes faits une image très précise du film à partir du trailer, courrez-y ! Votre plaisir n’en sera que plus grand.”

L’HOMME IRRATIONNEL n’a absolument rien d’une rom-com “à la Woody Allen”, intello et légère. Par contre, le réalisateur explore toujours le passionnant thème de la manipulation, en vogue dans son cinéma depuis un moment… Sauf que cette fois-ci, papi Woody va plus loin. C’est donc avec plaisir qu’on retrouve la fausse légèreté, le ton désabusé, l’agressivité et enfin la violence d’un Match Point.

Les premières secondes du film nous avaient mis la puce à l’oreille : pas de ce jazz typique, silence.

Pourtant, le film prend la forme exacte qu’on supposait, celle dévoilée par la communication du film et résumée ci-dessus.
Soit la présentation très emphatique d’Abe, intello dépressif alcoolique – typiquement le genre de personnalité torturée qui ferait craquer n’importe quelle étudiante; il sympathisera rapidement avec la toute fraîche et intelligente Jill, typiquement le genre de nana charmante pour qui n’importe quel quadragénaire en crise craquerait. Leurs interactions sont par conséquent aussi charmantes qu’inintéressantes. Elles représentent exactement ce qu’on attend d’un Woody Allen: d’excellents dialogues, au service d’acteurs parfaitement dirigés.
On notera à ce sujet, que malgré notre haine vouée au sur-jeu habituel de Joaquin Phoenix, il est ici beaucoup plus subtil et fait preuve d’une intelligence de jeu bluffante. Emma Stone est quant à elle, fidèle à elle-même.

Bref malgré les avertissements répétés d’Abe, on croit savoir où se dirige le film…  Jusqu’à cette scène, cette phrase – entendue dans le trailer et autour de laquelle le film est centré :

“Come and sit down with me”(Jill)
[…]
“it was at this moment that my life came together”(Abe)

Irrationnal man.jpg1

À partir de là, IRRATIONAL MAN joue ainsi la carte du progressivement dérangeant/malsain en initiant une partie miroir de la première, où les émotions se transforment petit à petit en leurs exacts opposés. Celles des personnages, les nôtres. Un plan se met en place, celui de décontenancer le spectateur par un certain jusqu’au-boutisme. Et pour le coup, Woody Allen s’amuse vraiment avec nos perceptions et prend autant plaisir à nous dérouter que nous, à nous faire balader par l’intelligent script du film. On ne peut, toutefois, s’empêcher de constater une certaine prévisibilité, une fois qu’on a compris le truc – la limite d’un film par ailleurs, enfin surprenant pour “un Woody Allen“.

Un mot sur la réalisation, aussi élégante que constante par rapport aux films précédents. C’est toujours beau (merci Darius Khondji) mais aussi toujours mis en scène sans éclat. La bande-son joue en outre avec les codes Allen-ien en introduisant quelques dissonances renforçant l’aspect contradictoire du film.
Au final, l’irrationnel dans IRRATIONAL MAN, c’est peut-être Woody Allen : alors qu’on pensait pouvoir catégoriser son cinéma… Avec ce cru 2015, voilà qu’il réussit à nous surprendre, à nous perdre. Et c’est fichtrement génial !

Notre pronostic provisoire de Cannes 2015 : prix d’interprétation pour Joaquin Phoenix.

INFORMATIONS


– TRAILER
Les films de Cannes 2015

Titre original : Irrational Man
Réalisation : Woody Allen
Scénario : Woody Allen
Acteurs principaux : Joaquin Phoenix, Emma Stone, Parker Posey
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie : 14 octobre 2015
Durée : 1h36min
Distributeur : Mars Films
Synopsis : voir critique

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[CRITIQUE] L’HOMME IRRATIONNEL

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