Crée à l’occasion de la restauration de huit œuvres de Julien Duvivier, qui seront projetées au Festival Lumière à Lyon, ce dossier permet d’évoquer un réalisateur français parfois oublié, souvent plus méconnu que les grands maîtres, dont il fait pourtant incontestablement partie. La sélection du festival permet d’avoir une vision globale de l’œuvre du cinéaste, en englobant son passage au parlant, ses plus grandes années (1937-1938) et la fin de sa carrière. On connait Julien Duvivier pour son exigence, son perfectionnisme, et son énorme attachement à la technique. Sa carrière est en effet parsemée de plans magnifiques et d’une hallucinante maîtrise de la mise en scène. Mais s’il est un autre point à mettre en avant, c’est sa capacité à réunir toutes les plus grandes stars de l’époque dans un casting ahurissant, dont Carnet de Bal sera le paroxysme. Jean Gabin, Louis Jouvet, Fernandel, Harry Baur, Pierre Blanchar, tous sont passés sous la caméra de cet excellent directeur d’acteurs.

Cependant, le cinéma de Julien Duvivier se caractérise principalement par un point dont il faut être averti ; son incroyable pessimisme. Le metteur en scène met en image des Hommes broyés par un destin tragique, par leurs propres défauts, par une société décrite avec une grande noirceur, par une femme qui les pousse à s’entre-tuer…Les raisons sont multiples, et le dénouement très souvent impitoyable, au point que la fin trop sombre de La Belle Equipe s’est vu censurée par la production. Plutôt que de se cantonner à des thèmes précis, Julien Duvivier préfère explorer la psychologie humaine sans l’embellir, quitte parfois à forcer le trait. En résulte des films très souvent magnifiques, tous plus intéressants les uns que les autres – exception faite de son premier essai parlant, David Golder – et absolument majeurs dans l’histoire du cinéma français. Des restaurations à ne pas manquer pour les lyonnais !

 

David Golder (1931)
La Bandera (1935)
La Belle Équipe (1936)
Pépé le Moko (1937)
Un carnet de bal (1937)
La fin du jour (1939)
Panique (1946)
– Le Temps des Assassins (1956)

 

DAVID GOLDER (1931)

Séances Festival Lumière 2015:
CNP Bellecour, lundi 12/10 à 16h15 | Institut Lumière, jeudi 15/10 à 9h15
CNP Bellecour, vendredi 16/10 à 22h | La Fourmi, dimanche 18/10 à 14h45


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 • Titre original : David Golder
Réalisation : Julien Duvivier
Scénario : Julien Duvivier
Acteurs principaux : Harry Baur, Paule Andral
Pays d’origine : France
Sortie : 1931
Durée : 1h26
Synopsis : Riche juif ukrainien, David Golder est entouré de personnes qui n’en veulent qu’à son argent, y compris sa famille. Il se laisse dominer par ses bons sentiments pour sa fille Joyce et se ruine presque pour elle. Il apprend par sa femme que Joyce n’est pas sa fille biologique.

[…]

Avec le recul, et après plusieurs visionnages de films majeurs de Julien Duvivier, il faut préciser que DAVID GOLDER n’en est rien représentatif du talent de son auteur. Ses nombreuses imperfections sont bien présentes, mais l’essai demeure intéressant et mérite d’être vu, autant pour son importance historique que pour mieux cerner l’œuvre d’un cinéaste fascinant.

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LA BANDERA (1935)

Séances Festival Lumière 2015:
Pathé Cordeliers mardi 13/10 à 17h30
Comœdia vendredi 16/10 à 11h | CNP Bellecour samedi 17/10 à 17h30

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 • Titre original : La Bandera
Réalisation : Julien Duvivier
Scénario : Julien Duvivier
Acteurs principaux : Jean Gabin, Annabella
Pays d’origine : France
Sortie : 1935
Durée : 1h40
Synopsis : À Paris, Pierre Gilieth a tué un homme. Il s’engage dans la légion espagnole où un indicateur de police, Fernando Lucas, tenté par la prime, le retrouve. Pierre Gilieth soupçonne rapidement Fernando Lucas et l’épie.

[…]

Julien Duvivier fait en quelques années le grand écart entre un DAVID GOLDER franchement brouillon et ce LA BANDERA maîtrisé de bout en bout, d’une efficacité implacable et bénéficiant d’une restauration exemplaire. Dirigeant ses acteurs avec intelligence, il dresse un portrait moral très ambigu et nous perds dans un labyrinthe de noirceur aidé par une photographie exemplaire. Si le cinéaste a si vite apprivoisé l’outil parlant, il me tarde de voir ce que donneront ses prochains films, dont les plus réputés bénéficient d’une même restauration durant le festival Lumière.

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LA BELLE ÉQUIPE (1936)

Séances Festival Lumière 2015:
Pathé Bellecour, lundi 12/10 à 11h | Comœdia, mercredi 14/10 à 11h
Vénissieux, jeudi 15/10 à 14h30 (séance en AD et VFSTF) | Pathé Bellecour, samedi 17/10 à 16h30

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Titre original : La Belle Equipe
Réalisation : Julien Duvivier
Scénario : Julien Duvivier, Charles Spaak
Acteurs principaux : Jean Gabin, Charles Vanel, Raymond Aimos
Pays d’origine : France
Sortie : 1936
Durée : 1h40
Synopsis : Cinq ouvriers chômeurs parisiens, Jean, Charles, Raymond, Jacques et Mario, un étranger menacé d’expulsion, gagnent le gros lot de la loterie nationale. Jean a l’idée de placer cet argent en commun, dans l’achat d’un vieux lavoir de banlieue en ruine, qu’ils transformeront en riante guinguette dont ils seront les copropriétaires.

Un an après La Bandéra, Julien Duvivier retrouve Jean Gabin pour mettre en scène LA BELLE EQUIPE. Sur le papier, les deux films n’ont pas grand-chose en commun ; abandonnant l’étouffante fatalité qui pesait sur ses personnages lors de son précédent film, le cinéaste réalise ici ce qui est présenté comme un film assez gai, un film de copains, comme pourront l’être certains films de Verneuil quelques années plus tard. Cependant, les thématiques de Julien Duvivier reprennent vite le dessus et oriente le synopsis de base pourtant assez simple (une bande d’amis, l’un d’eux devient riche, ils décident de mettre en commun et d’investir dans une guinguette) dans une direction plus cruelle que prévue.

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PÉPÉ LE MOKO (1937)

Séances Festival Lumière 2015:
Cinéma Saint-Denis, mardi 13/10 à 20h30 | Cinéma Opéra, mercredi 14/10 à 18h
Comœdia, jeudi 15/10 à 11h | Décines, samedi 17/10 à 16h30

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Titre original : Pépé le Moko
Réalisation : Julien Duvivier
Scénario : Julien Duvivier, d’après Henri La Barthe
Acteurs principaux : Jean Gabin, Mireille Balin, Line Noro
Pays d’origine : France
Sortie : 28 janvier 1937
Durée : 1h33min
Synopsis : Guidé par l’inspecteur Slimane, la police tente désespérément de mettre la main sur Pépé le Moko, un célèbre et dangereux malfaiteur caché quelque part dans la casbah d’Alger. Fuyant une nouvelle fois la police, Pépé rencontre une magnifique jeune femme du nom de Gaby, et en tombe amoureux.

Nous l’avons vu à maintes reprises, Julien Duvivier accorde une importance primordiale à ses décors et aux ambiances qu’ils transmettent. Que ce soit l’Espagne, ou le Paris d’avant-guerre, il sait mettre en valeur les lieux par sa maîtrise technique et sa mise en scène. Avec PÉPÉ LE MOKO, il atteint cependant une maturité totale dans ce domaine, et ce dès les premières minutes ; le cadre algérien est posé en quelques séquences, et il va tirer vers le haut un film majeur dans le cinéma français et la filmographie de son réalisateur. La puissance d’un casting irréprochable, avec une nouvelle fois un Gabin dirigé d’une main de maître, et d’un cinéaste dont le style s’affirme toujours plus, achèvent de faire de cette œuvre un incontournable.

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UN CARNET DE BAL (1937)

Séances Festival Lumière 2015:
Pathé Bellecour, mardi 13/10 à 10h45 | Mions, mardi 13/10 à 20h
La Fourmi, mercredi 14/10 à 16h30 | Comœdia, samedi 17/10 à 10h30

Un carnet de bal

Titre original : Un Carnet de bal
Réalisation : Julien Duvivier
Scénario : Julien Duvivier, Henri Jeanson, Jean Sarment, Bernard Zimmer, Pierre Wolff
Acteurs principaux : Francoise Rosay, Marie Belle, Harry Baur
Pays d’origine : France
Sortie : 1937
Durée : 2h12min
Synopsis : Apres la mort de son mari, Christine de Guerande retrouve le carnet de ses seize ans. Elle se demande ce que sont devenus ses soupirants et decide de partir a leur recherche.

Julien Duvivier est un réalisateur qui sait s’entourer pour mener à bien ses projets, nous l’avons bien vu avec La Belle Equipe. Sa manière de diriger des monstres sacrés du cinéma français, Jean Gabin en tête, est poussée ici à l’extrême dans un genre de film qui s’y prête parfaitement : le film à sketch. En effet, UN CARNET DE BAL est souvent considéré comme le premier film à sketch de l’histoire. Un format qui permet au réalisateur d’étaler un casting hallucinant d’une ampleur rarement vu dans le cinéma français. Le risque, bien réel, était pourtant de se complaire dans cet étalage ; une erreur soigneusement évitée par la maîtrise d’un metteur en scène décidément fascinant.

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Prod DB © Sigma / DR UN CARNET DE BAL (UN CARNET DE BAL) de Julien Duvivier 1937 FRA avec Louis Jouvet revue, danseuses

Prod DB © Sigma / DR

LA FIN DU JOUR (1939)

Séances Festival Lumière 2015:
Pathé Bellecour, samedi 17/10 à 22h

La fin du jour

Titre original : La Fin du jour
Réalisation : Julien Duvivier
Scénario : Julien Duvivier, Charles Spaak
Acteurs principaux : Louis Jouvet, Michel Simon, Victor Francen
Pays d’origine : France
Sortie : 22 mars 1939
Durée : 1h48min
Synopsis : L’abbaye de Saint-Jean-la-Rivière menace de fermer ses portes. Ce qui serait une véritable catastrophe pour ses pensionnaires, tous de vieux comédiens sans ressource. Saint-Clair, acteur autrefois adulé et grand séducteur de femmes, vient justement d’y arriver et y retrouve Marny, grand rival dont il avait jadis séduit la femme, et Cabrissade, artiste de second ordre.

Nous continuons cette rétrospective de la carrière de Julien Duvivier, avec un film dont le simple titre laissait deviner un sommet de noirceur entre les mains d’un cinéaste dont le pessimisme semble être la marque de fabrique. Contre toute attente, il n’en est rien : LA FIN DU JOUR est sans doute l’une des œuvres les plus légères de son auteur. Sans abandonner son cynisme si reconnaissable, le metteur en scène filme des personnages auxquels il semble s’être véritablement attaché, et cherche clairement à souligner l’humanité chez chaque personnage, lui qui avait plutôt pour habitude de se focaliser sur leur douleur et leurs désillusions.

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PANIQUE  (1946)

Séances Festival Lumière 2015:
Comœdia, mardi 13/10 à 11h | Pathé Bellecour vendredi 16/10 à 11h |
Duchère, samedi 17/10 à 20h30 | Cinéma Opéra dimanche 18/10 à 16h45

Panique

Titre original : Panique
Réalisation : Julien Duvivier
Scénario : Julien Duvivier, Charles Spaak, d’après Georges Simenon
Acteurs principaux : Michel Simon, Lucas Gridoux, Lita Recio
Pays d’origine : France
Sortie : 1946
Durée : 1h31min
Synopsis : Le bizarre et presque inquiétant Monsieur Hire est soupçonné, à tort, d’un crime. C’est la belle Alice dont l’amant est en réalité le coupable qui, profitant de l’admiration que lui voue monsieur Hire, fait dévier les soupçons sur lui. La foule déchaînée traque l’innocent qui se réfugie sur les toits d’un immeuble d’où il glisse et se tue. La découverte d’une photo qu’il portait sur lui révèle qui est l’assassin…

Le FESTIVAL LUMIÈRE sur Le Blog du Cinéma
MARTIN SCORSESE: Analyse de ses films

MARTIN SCORSESE: portrait de l’auteur

Ses films présentés au festival Lumière :

Hugo Cabret (2011)
Les Infiltrés (2006)
Casino (1995)
Le Temps de l’innocence (1993)
Les Nerfs à vif (1991)
Les Affranchis (1990)
La dernière tentation du Christ (1988)
La valse des pantins (1982)
Raging Bull (1980)
New York, New York (1977)
Taxi Driver (1975)
Alice n’est plus ici (1974)
Mean Streets (1973)
Boxcar Bertha (1972)
Who’s that knoocking at my door (1968)

Chroniqués par Georgeslechameau

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8 films de JULIEN DUVIVIER

JULIEN DUVIVIER: portrait de l’auteur

David Golder (1931)
La Bandera (1935)
La Belle Équipe (1936)
Pépé le Moko (1937)
Un carnet de bal (1937)
La fin du Jour (1939)
Panique (1946)
– Le Temps des Assassins (1956)

Chroniqués par Louis

DUVIVIER

AKIRA KUROSAWA : les anées Toho

Le Plus dignement (1944)
– Qui marche sur la queue du tigre… (1945$)
– Je ne regrette rien de ma jeunesse (1946)
– Un merveilleux dimanche (1947)
– L’Ange ivre (1948)
– Chien enragé (1949)
– Vivre (1952)
– Vivre dans la peur (1955)
– La Forteresse cachée (1958)
– Les Salauds dorment en paix (1960)
– Yojimbo – Le Garde du corps (1961)
– Sanjuro (1962)
– Entre le ciel et l’enfer (1963)

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la cinéaste russe LARISSA CHEPITKO

Un portrait de la Larissa Chepitko

– Chaleur torride (1963)
– Les Ailes (1966)
– Le Début d’un siècle inconnu – composé de L’Ange d’Andrei Smirnov et de Le Pays de l’électricité de Larissa Chepitko (1967)
– Toi et moi (1971)
L’Ascension (1977)

larissachepitko

LUMIERE 2014 : Pedro Almodovar

Programmation de Lumière 2014

PEDRO ALMODOVAR :

Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier de Pedro Almodóvar (Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón, 1980, 1h18)
Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? de Pedro Almodóvar (¿ Qué he hecho yo para merecer esto !!, 1984, 1h47)
Matador de Pedro Almodóvar (1986, 1h45)
La Loi du désir de Pedro Almodóvar (La ley del deseo, 1987, 1h44)
Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodóvar (Mujeres al borde de un ataque de nervios, 1988, 1h35)
Attache-moi ! de Pedro Almodóvar (Átame !, 1989, 1h41)
Talons aiguilles de Pedro Almodóvar (Tacones lejanos, 1991, 1h53)
La Fleur de mon secret de Pedro Almodóvar (La flor de mi secreto, 1995, 1h42)
En chair et en os de Pedro Almodóvar (Carne trémula, 1997, 1h39)
Tout sur ma mère de Pedro Almodóvar (Todo sobre mi madre, 1999, 1h40)
Parle avec elle de Pedro Almodóvar (Hable con ella, 2002, 1h52)
Volver de Pedro Almodóvar (2006, 2h02)
La piel que habito de Pedro Almodóvar (2011, 2h01)

SAGA MUSASHI MIYAMOTO : CRITIQUE des 6 films

PARADIS PERDU, d’Abel Gance: CRITIQUE

OPENING NIGHT, de John Cassavettes : CRITIQUE

Une Femme Dangereuse, avec Ida Lupino: CRITIQUE

Chroniqués par Georgeslechameau

La traversée de Paris

Chroniqué par Louis

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