LE CIEL ATTENDRA traite d’un sujet on ne peut plus brûlant : les jeunes filles endoctrinées par Daech qui veulent partir faire le djihad.  (Les Héritiers) a écrit son quatrième long-métrage avec l’écrivain Emilie Frèche, déjà co-scénariste de Ils sont partout de Yvan Attal. Elle a présenté son film en avant-première au Festival francophone du Film d’Angoulême, entourée de ses actrices Sandrine Bonnaire (Catherine), (Sylvie) – qui interprètent les mères – et de (Sonia) et Naomi Amarger – qui interprètent les filles. Elles étaient accompagnées de Dounia Bouzar, fondatrice du Centre de Prévention contre les Dérives Sectaires liées à l’Islam, qui interprète son propre rôle dans le film. Toutes les six, envahies par l’émotion, ont insisté sur la responsabilité de la fiction à interroger et à éveiller les consciences sur les phénomènes de notre société.

Photo Le ciel attendra

Des étapes de l’endoctrinement de Mélanie, on saura tout. Rien ne nous sera épargné de ses doutes complotistes, de son embrigadement programmé via Internet et les réseaux sociaux, de son harcèlement, de son lavage de cerveau. Sa mère divorcée qui élève seule sa fille, présentée comme peu cultivée, est très occupée par son salon de coiffure. Elle ne voit rien, n’imaginant pas un seul instant sa fille devenir musulmane, encore moins radicalisée. On assiste, effaré et impuissant, à cette décente aux enfers, qui commencera pour la mère par le message de sa fille depuis l’aéroport. Et puis l’attente, l’impression que les autorités françaises ne peuvent rien. Cette partie de l’histoire est très émouvante, et rappelle celle du père après le départ de sa fille dans Les Cowboys, de Thomas Bidegain.
Quant  à Sonia, elle est arrêtée par la police alors qu’elle est sur le point de commettre un attentat. Mais la réalisatrice décide pourtant de ne pas exploiter cette piste, et reste concentrée sur le rôle que va devoir jouer sa famille. On est le témoin incrédule de la décision de ce juge qui la renvoie chez ses parents désemparés pour éviter qu’elle aille en centre de détention. Xavier Durringer avait déjà très bien montré dans le téléfilm Ne m’abandonne pas l’implication totale des parents et la reconnexion indispensable avec les souvenirs de l’enfance. Dans LE CIEL ATTENDRA, la jeune fille sera aussi désendoctrinée grâce à Dounia qui lui explique de façon didactique ce qu’est ou n’est pas l’Islam. L’interprétation des actrices de la famille de Sonia est un peu théâtrale, quand celle de la famille de Mélanie se veut plus intérieure et poignante.

« Malgré quelques choix de mise en scène contestables, LE CIEL ATTENDRA a le mérite d’exister et d’avoir de réelles vertus pédagogiques.”

Les groupes de parole étant le centre névralgique du propos, on comprend que pour mettre en évidence ces deux parcours d’endoctrinement en parallèle et sans redondances, la réalisatrice ait pris le parti de les croiser. Deux jeunes filles qui ne se connaissent pas, deux familles, deux destins. L’une qui part (Mélanie), et l’autre rattrapée à temps (Sonia). L’une qui va vers une forme d’épure en se fourvoyant, quand l’autre renaît à la vie après s’être enferrée. L’une qui connaît la culture musulmane par son père, quand l’autre n’a aucune référence. Ces deux histoires distinctes n’ont donc d’autre liant que le degré d’embrigadement et ne se rejoignent que lors d’une réunion très émouvante des deux mères dans un des groupes de parole. Mais ce processus narratif de LE CIEL ATTENDRA, sans unité, ni de temps ni de lieu, a le défaut de paraître déconcertant, voire parfois confus. Les flash-back ne sont pas toujours évidents à saisir et jouent sur les astuces un peu faciles de coiffure de Sylvie : cheveux longs et sourire affiché sur un visage radieux et cheveux courts sur un visage en larmes.

photo du film Le ciel attendra

Bien sûr les consciences sont dérangées LE CIEL ATTENDRA. Comment ne le seraient-elles pas ? Mais s’attaquer avec courage à la problématique de l’endoctrinement de façon aussi détaillée trouve pourtant ses limites dans le choix même de la mise en scène. Un mélange des genres (la fiction et la réalité) peu judicieux. La participation de l’anthropologue Dounia Bouzar confère en effet au film un statut de quasi documentaire sur sa personne, presque une ode, prenant le pas de façon troublante sur l’histoire. On la voit animer de faux groupes de parole auprès de parents désarçonnés face au changement d’attitude voire du départ de leur enfant. Elle est également filmée en plein processus de dé-radicalisation des jeunes que la police a empêchée de quitter la France. Pas forcément connue du grand  public, celle que certains surnomment « Madame désembrigadement » est venue en aide à de nombreuses familles. Mais ses méthodes et sa vision de l’Islam ont aussi fait l’objet de controverses, et il ne faudrait pas que le film, dont le sujet est aussi délicat, en pâtisse.

Malgré quelques choix de mise en scène contestables, LE CIEL ATTENDRA a le mérite d’exister et d’avoir de réelles vertus pédagogiques. Il devrait être montré, tel un documentaire à un large public de jeunes et de parents et pourrait être source certaine de réflexions et d’échanges.

Sylvie-Noëlle
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