Si vous croyez que l’originalité du film de Thomas Bidegain, , réside dans le choix de François Damiens pour incarner ce père de famille taciturne et jusqu’au-boutiste, vous n’êtes pas au bout de vos surprises…

D’un côté, ce parti-pris est totalement gagné dès le début de l’intrigue. On croit totalement dans la véracité de ce personnage, au point de chercher dans nos souvenirs s’il n’a pas un jour traversé l’actualité dans une période de médiatisation des départs au djihad. Alain – interprété par François Damiens – est totalement fictif, mais il est incroyablement vrai.

D’un autre côté, il y a bien plus dans ce film qu’un simple rôle à contre-emploi.

Comme dans le western La prisonnière du désert (John Ford, 1956), le réalisateur et scénariste Thomas Bidegain s’intéresse à un réactionnaire bourru transcendé par une quête familiale. La parenté avec le film de John Ford est tellement évidente (le réalisateur la revendiquant largement), qu’on s’attend presque à retrouver le plan iconique d’ouverture et de fin du film de 1956.

Dans LES COWBOYS, la fille d’Alain, Kelly, est portée disparue. Alain n’a de cesse de la chercher, persuadé qu’elle a été enlevée par l’entourage malveillant de son petit-ami musulman. Sa recherche se transforme en obsession, contaminant son fils qu’il emmène de force avec lui, et par-delà le reste de sa famille ainsi que ses amis qui prennent de la distance avec lui.

Photo du film LES COWBOYS

© Pathé Distribution

Le grand plaisir du scénario de Thomas Bidegain et Noé Debré se trouve dans son imprévisibilité, jamais gratuite car au service d’une signification plus grande à la fin du film. Nous n’en dirons donc pas plus sur ce point. LES COWBOYS commence par la description d’un monde en miniature, dont l’allégorie n’aura de cesse de résonner durant le reste du film. Alain, son fils Kid et sa femme, ainsi que Kelly jusqu’à sa disparition, vivent selon les règles de la communauté country. Pastiche dont on voudrait s’amuser, sûr et certain qu’ils ne nous ressemblent pas.

Pourtant, les « Indiens » qu’Alain et son fils vont rencontrer, nous les connaissons bien. Nous leur avons donné cette place à la marge de notre société, dans des poches invisibles où l’on aime pas trop jeter un coup d’œil. Par son côté picaresque, LES COWBOYS explore ces franges, à la rencontre de peuples qui vivent en Europe sans se parler. Alain apprend maladroitement l’arabe, contaminé dans sa quête pour retrouver sa fille malgré lui. Comme dans le film de John Ford, ce qui sous-tend LES COWBOYS est la peur du mélange.

Généreux et imprévisible, le réalisateur Thomas Bidegain réussit à concilier l’aventure et une réflexion sur l’altérité. Divertissement grand public à première vue, le film LES COWBOYS apparaît en profondeur comme le reflet déformé d’une société tétanisée à l’idée du métissage.

Généreux et imprévisible, réussit à concilier l’aventure et une réflexion sur l’altérité. Divertissement grand public à première vue, LES COWBOYS apparaît en profondeur comme le reflet déformé d’une société tétanisée à l’idée du métissage.

Ce tour de force a été rendu possible grâce au formidable casting suivi de la construction d’une solide relation entre les acteurs et le réalisateur. Chaque personnage n’est pas seulement crédible, il semble avoir plusieurs couches que le scénario dévoile et aligne pour constituer un tableau final remarquable de cohérence et de justesse. Le film étant constitué de sauts dans le temps, on s’attache à la moindre émotion ou au plus petit geste pour comprendre l’évolution des personnages entre ces ellipses. La lisibilité de leur jeu et leur crédibilité ont été rendues possible grâce à de longues discussions avec le réalisateur, afin que les acteurs s’approprient sa vision d’un univers qui déborde largement sur le temps du film.

Après la projection pour la presse, et Thomas Bidegain reviennent sur la préparation du rôle d’Alain :

LES COWBOYS est peut-être le premier film de Thomas Bidegain en tant que réalisateur, son travail de scénariste avec Jacques Audiard entre autre (jusqu’au dernier Dheepan) fut manifestement une très fructueuse préparation. Face aux critiques que Dheepan a reçu (répétition d’un schéma d’un film à un autre de Jacques Audiard), on peut opposer la merveilleuse réussite des COWBOYS. Il y a évidemment des affinités entre les films d’Audiard où Thomas Bidegain fut scénariste (Un prophète, De rouille et d’os et Dheepan) et ce film personnel, mais Thomas Bidegain semble avoir pris suffisamment de recul pour doser avec plus de justesse les mêmes éléments qu’Audiard emploie parfois avec lourdeur.

Que ce soit pour François Damiens transcendé, pour un scénario haletant ou pour sa réflexion, LES COWBOYS est un film à voir pour enrichir son imaginaire comme son esprit critique.

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