Pour son premier long métrage, LOVE ADDICT, Frank Bellocq retrouve son comparse Kev Adams de la série Soda, et lui compose son vrai premier rôle d’adulte dans une comédie.

Il semble de plus en plus fréquent que les scénaristes de comédie cèdent les droits de leur scénario original à une autre équipe, incluant le réalisateur, qui le remanie à sa sauce. On l’a vu récemment pour L’embarras du choix, que Laurent Turner et sa compagne Laure Hennequart ont proposé au réalisateur Eric Lavaine. Ou pour Le Brio dont le réalisateur Yvan Attal a retravaillé le scénario avec Victor Saint-Macary et Yaël Langmann. C’est aussi ce qui s’est passé avec LOVE ADDICT, dont les droits du scénario de Yaël Cojot-Goldberg (par ailleurs co-scénariste de La nouvelle vie de Paul Sneijder) ont été achetés par My Family, boite de production qui appartient à …Kev Adams lui-même.Photo du film LOVE ADDICTEt après tout, pourquoi pas ? Car c’est précisément ce qu’offre LOVE ADDICT au personnage de Gabriel : un bel écrin pour Kev Adams (plutôt convaincant) dans son premier rôle adulte dans une comédie (on fait évidemment l’impasse sur le désastreux Gangsterdam). Le réalisateur Frank Bellocq a ensuite été sollicité par l’acteur qu’il connait bien depuis la série Soda, qu’il a créée. Il n’y a donc rien d’étonnant à retrouver dans ce premier long métrage tous les ingrédients qui ont fait le succès de Soda : le rythme, les vannes qui fusent, les corps en mouvement. Avec le petit plus de la comédie romantique.

Alors bien sûr, il est absolument nécessaire de passer outre le parti pris délibéré de faire de Gabriel un être tellement irrésistible que les femmes n’ont d’autre choix que de toutes craquer pour lui. Quel que soit leur âge et leurs origines, même s’il les préfère tout de même jeunes, jolies et de type caucasien. Il les met toutes dans son lit, surtout les femmes mariées. Ce qui vaut à Gabriel d’être viré (on notera au passage que c’est le même point de départ que Taxi 5). Mais il n’est pas responsable (!) car cet “amoureux de l’amour” est victime de la malédiction familiale qui a déjà atteint l’autre tombeur de la famille: le tonton Joe (Marc Lavoine, un peu vieillissant dans ce rôle récurrent du séducteur qu’il tient depuis L’enfer, il y a 25 ans). Tonton Joe a été plaqué par son épouse et vit reclus dans l’appartement de Gabriel, blessé dans son orgueil et attentant désespérément le retour de sa femme.

“LOVE ADDICT est une comédie romantique qui fait plutôt passer un bon moment, dès lors que l’on parvient à faire fi du côté amoral et poussif de la séduction incontrôlable du héros.”

On reconnaît que dans ce climat post #BalanceTonPorc, le pari de montrer un homme qui ne peut résister à une paire de fesses, ni se résoudre à s’y attacher, est soit audacieux, soit complètement kamikaze. Car comment voir la représentation du harceleur sexuel glauque qui saute sur tout ce qui bouge en Gabriel, garçon si mignon et si attachant, avec de la répartie et qui semble sincèrement séduit par ses conquêtes? Gageons que les associations féministes ne vont pas manquer de hurler à propos de ce que le film est susceptible de véhiculer.

Mais LOVE ADDICT est heureusement sauvé par l’équilibre créé avec l’autre personnage du film, Marie-Zoé (la pétillante et lumineuse Mélanie Bernier). Le réalisateur, de passage à Bordeaux pour présenter son film, dit avoir tenu, pour que sa comédie fonctionne, à avoir “un rôle féminin très complémentaire du rôle masculin, avec un fort charisme, teintée de maladresses sans pour autant être caricaturale”. Et on ne peut pas dire en effet que Marie-Zoé fasse preuve d’un excès de confiance en elle, contrairement à son client. Psychiatre maladroite et sanctionnée, elle n’a eu d’autre choix que d’accepter d’être son minder, sorte de chaperon 2.0 auprès de Gabriel. Il doit, s’il veut garder son nouveau job, absolument apprendre à se contrôler et résister aux charmes de la femme de son boss américain, qui ne pourra évidemment pas lui résister (!).Photo du film LOVE ADDICTLes gags s’enchaînent donc pour déprogrammer Gabriel de sa maladie. Et on tombe alors dans la comédie purement romantique, avec des héros que tout oppose. En ce sens, LOVE ADDICT se situe un peu dans la même veine que 20 ans d’écart, La chance de ma vie ou encore Un peu, beaucoup, passionnément, déjà avec Mélanie Bernier. Tout n’est pas drôle non plus, mais les blagues les meilleures sont justement celles qui font intervenir la jeune femme. Le réalisateur fait aussi la part belle aux personnages secondaires: la bande de geek de la start up de Gabriel, eux aussi accros aux femmes mais bien trop timides ou complexés pour parvenir à séduire. Ce sont les trois Youtubeurs du Studio Bagel qui les interprètent: Baptiste Lorber, Jérôme Niel et Gael Mectoob. Claude Perron est la maman un peu déjantée de Marie-Zoé, quand Michael Madsen (Réservoir Dogs) est l’improbable propriétaire américain de la start up.

Sur l‘air de Carmen revisité, entre deux scènes de danse du tonton avec son neveu ou des deux héros dans une boite gay, LOVE ADDICT est une comédie romantique qui fait plutôt passer un bon moment, dès lors que l’on parvient à faire fi du côté amoral et poussif de la séduction incontrôlable du héros.

Sylvie-Noëlle

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LOVE ADDICT, Kev Adams dans son premier rôle d'adulte - Critique
Titre original : Love Addict
Réalisation : Frank Bellocq
Scénario : Daive Cohen, Franck Bellocq sur une idée de Yaël Cojot-Goldberg
Acteurs principaux : Kev Adams, Mélanie Bernier, Marc Lavoine
Date de sortie : 18 avril 2018
Durée : 1h33 min
3.0Note finale
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