Mettre en scène Martin Luther King, figure emblématique de la lutte pour les droits civiques des noirs aux Etats-Unis, est une première au cinéma. Avec SELMA la réalisatrice Ava DuVernay ne se lance pas pour autant dans un biopic classique qui aurait retracé la vie du pasteur baptiste dans son ensemble. Rappelant davantage le film de Roger Donaldson, Treize jours (2000), qui mettait en scène le président Kennedy au moment de la crise des missiles de Cuba (du 14 au 28 octobre 1962), SELMA se concentre sur quelques mois de la vie de King. Une courte période retraçant les événements de Selma, de ses origines jusqu’à ses aboutissements. Un moment historique qui reste important aujourd’hui, intense en rebondissements, et qui permet à Ava DuVernay de nous emmener dans une intrigue passionnante.

Ville du Sud profond des Etats-Unis, dans l’Etat de l’Alabama, Selma va devenir le lieu de l’affrontement entre plusieurs organisations et associations qui luttent en faveur des droits civiques de la communauté noire, menées par le pasteur Martin Luther King, et les autorités locales particulièrement hostiles à faire cesser la ségrégation et à accorder ces droits. La non-violence prônée par King va faire face à la violence policière, suscitant peu à peu l’intérêt des médias. En particulier lors de marches de protestations, dont celles organisées entre Selma et Montgomery, capitale de l’Alabama où réside le gouverneur Wallace, populiste et fervent défenseur du système ségrégationniste. C’est sur cette période de plusieurs mois entre le moment où le pasteur King reçoit le Prix Nobel de la paix en octobre 1964 et son discours, à l’issue d’une marche, le 25 mars 1965, devant le State Capitole (siège de la législature et du gouverneur) de Montgomery que se situe l’action du film d’Ava DuVernay.

© Studio Canal

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Pour traiter de ce sujet historique, Ava DuVernay passe en revue de manière chronologique plusieurs dates clés. Comme le 18 février 1965, jour du décès d’un diacre de 26 ans, Jimmie Lee Jackson, après l’attaque des marcheurs dans la ville de Marion (Alabama) par la police. Entre ces événements décisifs la réalisatrice développe les différents rapports et conflits nés en interne durant cette période. Principalement avec le Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC, Comité de coordination non violent des étudiants, fondé en 1960), déjà en place à Selma. Mais également avec Malcolm X (Nigél Thatch) qui rencontra Coretta Scott King (Carmen Ejogo), épouse de King, tandis que ce dernier était en garde à vue, ou encore avec le président Johnson (Tom Wilkinson) dont les relations avec le pasteur seront souvent tendus. Cependant SELMA offre avant tout un regard important sur l’utilisation des médias. Car c’est bien la présence des caméras des journalistes qui est essentielle, selon le pasteur King, pour faire avancer son combat sans violence. C’est là qu’Ava DuVernay dévoile une intelligence de mise en scène, dans sa façon d’aborder les différentes actions, dont plusieurs marches (principalement celle du 18 février à Marion puis celle du 7 mars à Selma), selon la présence où non des journalistes. Sans les caméras, l’horreur, la peur et la violence prévalent tandis que les manifestants de Marion subissent l’attaque de la police. Par la suite un sentiment d’espoir (notamment par la bonne utilisation de la musique) se fait ressentir bien que les manifestants soient repoussés et traqués comme des bêtes sur le pont Edmund Pettus, à l’extérieur de la ville, lors de la première des trois marches de Selma à Montgomery, par les forces de l’ordre à coup de matraques et de gaz lacrymogène. Cette fois les caméras sont là, et 70 millions d’américains (nous avec) restent sous le choc et avec un sentiment de dégoût. Une séquence magistrale où viennent se greffer des images d’archives, qui laissent sans voix.

”Par sa mise en lumière de faits historiques marquants, Selma se doit d’être vu !”

Evidemment si le film est une réussite c’est en partie grâce à l’incarnation parfaite de Martin Luther King par l’acteur David Oyelowo. Ce dernier se transcende dans chaque discours par sa voix, sa gestuelle et ses expressions faciales. Son personnage, placé au centre du mouvement, n’est pas pour autant présenté comme une icône. Il reste bien plus complexe, avec des doutes et des problèmes familiaux (l’un des ressorts dramatiques du genre biopic). Selma évoque d’ailleurs, mais sans entrer suffisamment dans le détail, ses maîtresses et ses aventures révélées à sa femme par le FBI. Face à King se dresse le glacial gouverneur Wallace, monstrueusement porté par Tim Roth, plein de mépris et de noirceur. De plus les membres des organisations et associations qui accompagnent le pasteur (hommes autant que femmes) ne font pas pour autant de la figuration, loin de là. C’est par eux que le film bascule. Avec finesse la réalisatrice nous pousse à l’admiration. Grâce à une simple séquence de courte paille, permettant de décider lequel des leaders mènera la marche en l’absence de King. On comprend ainsi que dès le début chacun savait qu’il allait au casse pipe.

Selma

© Studio Canal

Malgré une fin un peu artificielle où effets visuels et sonores peu nécessaires se mêlent pour émouvoir, SELMA reste juste dans son ensemble. Avec des costumes et des décors irréprochables et authentiques (tourné sur les lieux même des événements), c’est surtout par sa mise en lumière de faits historiques marquants que SELMA se doit d’être vu !

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INFORMATIONS

11 mars Selma

 
Titre original : Selma
Réalisation : Ava DuVernay
Scénario : Paul Webb
Acteurs principaux : David Oyelowo, Tom Wilkinson, Carmen Ejogo
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie : 11 mars 2015
Durée : 2h02
Distributeur : Pathé Distribution
Synopsis : Selma retrace la lutte historique du Dr Martin Luther King pour garantir le droit de vote à tous les citoyens. Une dangereuse et terrifiante campagne qui s’est achevée par une longue marche, depuis la ville de Selma jusqu’à celle de Montgomery, en Alabama, et qui a conduit le président Jonhson à signer la loi sur le droit de vote en 1965.

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