Présenté en compétition lors du FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM D’HISTOIRE DE PESSAC se déroulant du 14 au 21 novembre, SEUL DANS BERLIN (Titre original ALONE IN BERLIN) est l’adaptation du roman éponyme de Hans Fallada sorti en 1947. Il retrace l’histoire vraie d’un couple allemand qui, après avoir perdu leur fils unique au front, essaiment en plein cœur de la capitale du IIIe Reich des messages dénonçant Hitler et son régime. Si l’exactitude des faits n’est pas réellement au rendez-vous, le film permet néanmoins d’appréhender un sujet sous-exploité : la guerre du côté allemand.

Cet énième film sur la Seconde Guerre mondiale donne alors un léger souffle à ce thème maintes fois repris, en effleurant cette fois-ci la question du quotidien des allemands lors d’un conflit qu’ils sont en train de gagner. Dans un simple immeuble se côtoient de fervents adhérents au parti nazi, un intellectuel, une juive, notre couple d’ouvriers, et la postière. Bouillonnement de vies aux profils divers, noyées dans un régime aux volontés de ne faire qu’un. Le film arrive ainsi à dépeindre une Allemagne heureuse mais craintive, où un seul geste peut être perçu comme une rébellion, et où les coups de force prédominent. Mais si le réalisateur Vincent Perez n’explore voire ne confronte finalement pas assez les lieux de vie et de sociabilité ni même les mentalités allemandes, ou s’il ne fait de ce quotidien que le cadre et la base de son histoire, c’est parce qu’il s’intéresse par-dessus tout à l’intimité du couple d’Anna (Emma Thompson) et Otto (Brendan Gleeson) qui prend vite le pas sur tout le reste. L’anéantissement par le chagrin étant le point de départ du récit, on suit ces deux personnes dans leur reconstruction existentielle.

Photo du film SEUL DANS BERLIN

Diner en tête-à-tête pour Brendan Gleeson et Emma Thompson

Sans tomber dans les lourdeurs, Perez s’attache alors à montrer la bienveillance et l’estime qu’ils ont l’un pour l’autre et ce, jusqu’au bout de leurs actes. Face à la tristesse de cette mère, il y a le basculement du père vers la désillusion. C’est d’ailleurs cela qui nous captive le plus, tout comme les actes de dissidence et de résistance qu’il va commettre, à la fois héroïques et courageux, désespérés et déterminés, naïfs et absurdes. Justement, l’absurde est le fil conducteur de ce film : né de la violence à outrance, il devient sidérant lorsque la force (celle du régime, de la gestapo, des armes, mais surtout des hommes) frappe l’innocence des personnages qui le sont quasiment tous. La machine répressive est si bien rodée que les personnages savent tôt au tard qu’il est difficile voire impossible de lui échapper. Les enquêteurs de police eux-mêmes subissent le poids de la hiérarchie.

“On se laisse facilement entrainer dans ce croisement narratif fluide et rythmé, entre les actes du résistant et l’enquête du commissaire qui doit les stopper.”

Alors, avec tous ces aspects certes pas toujours approfondis mais quand même abordés, on ne s’ennuie pas devant SEUL DANS BERLIN puisque fluide et rythmé en plus d’être court. On se laisse donc facilement entrainer dans ce croisement narratif entre les actes d’Otto et l’enquête du commissaire qui doit les stopper. Ce personnage, incarné par le brillant et saisissant Daniel Brühl (Good Bye Lenin !), reste l’un des plus intéressants parce que sans nul doute le plus nuancé.  L’actrice Emma Thompson semble quant à elle quelque peu effacée, surtout face à un Brendan Gleeson juste et épatant. Rendant son personnage à la fois fort mais tellement sensible, la peine qu’il dégage nous attriste tandis que sa détermination impressionne.

Photo du film SEUL DANS BERLIN

Daniel Brühl et Brendan Gleeson : le chasseur et sa proie

Mais étrangement – et même paradoxalement ! – l’œuvre n’a pas cette étincelle qui marquerait réellement les esprits, une fois la séance terminée. Evidemment, on ne peut rester de marbre face à certains passages qui estomaquent parce qu’ils touchent à la dignité humaine, à la fuite de l’Homme face à l’implacabilité de l’arbitraire. Néanmoins, ces fulgurances se font happer par le reste aux contours assez lisses qui ne nous permettent pas d’être débordés par l’émotion ou d’en ressortir complètement éblouis. On ne rentre pas assez dans la psychologie des personnages dont la mise à l’épreuve aurait pu être plus rude et appuyée. Finalement, SEUL DANS BERLIN souffre de sa mise en scène un peu trop classique, de ses airs de déjà-vu et donc, de son approche thématique offrant peu de nouveauté : par exemple, cette façon encore manichéenne de mettre en opposition les méchants nazis, et les autres.

Comme pour atténuer une certaine forme de culpabilité allemande, ce long-métrage européen voire international (il a été tourné en anglais) est un film de mémoire. Ainsi, son existence-même réside avant tout dans le fait qu’il nous permet de découvrir puis de ne pas oublier le destin d’un couple qui a courageusement dit non au régime hitlérien, à un moment où celui-ci était encore tout puissant.

Yohann Sed

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[CRITIQUE] SEUL DANS BERLIN

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