Il était une fois un bouquin ancestral, le Conte des contes. Un gros machin du XVIIe siècle qui aurait inspiré les plus grands, de Perrault aux frères Grimm jusqu’à Tolkien. Rien que ça. Une oeuvre dans laquelle, au sein de trois royaumes, vivent un roi lubrique, un autre obsédé par une étrange bestiole pendant que sa fille désespère de trouver l’amour et une reine au désir d’enfant destructeur. Ce sont en tout cas -parmi la pléthore d’autres histoires de l’oeuvre originale – les segments que Matteo Garrone, le surdoué italien à l’origine de Gomorra, a souhaité mettre en image.

Et qu’elles sont belles ces images. Deux heures durant, c’est un régal pour les mirettes. De bout en bout, TALE OF TALES ne déçoit pas de ce côté là. Cohérent, la beauté de chaque plans nous propulse dans ces royaumes fantastiques où ogres, saltimbanques, princes albinos, sorcières et bêtes sous-marines cohabitent.

© Greta De Lazzaris

© Greta De Lazzaris

Résolument contemporain, TALE OF TALES, se paye aussi le luxe de résonner avec le présent. Ainsi, la peur de vieillir, les relations filiales, le mariage, le pouvoir et ses dérives, la beauté éternelle ou la perversion sont autant de thèmes, à jamais d’actualité, abordés par le film. Le tout servi par un casting quatre étoiles : Salma Hayek en tête, délicieuse en reine désespérée mangeuse de cœur. Roi obsédé de la braguette, Vincent Cassel cabotine à donf mais bizarrement ça marche et John C. Reilly, en jette un max en majesté. De quoi promettre une chouette montée des marches.

“En dent de scie, ce “conte des contes” peine à convaincre autant qu’il aurait dû.”

Reste pourtant un sentiment bizarre. Celui d’inachevé. Comme si on nous lisait un conte sans nous en délivrer la morale. Comme si tout finissait un peu en queue de poisson. Un peu trop facilement, sans panache. Ou si peu. Bourré de bonnes idées, de fulgurances étonnantes (la princesse qui se délivre de l’ogre), de scènes cocasses (où une vieille fille dévoile son doigt à un Vincent Cassel halluciné), voire drôles (le même Vincent Cassel qui jette les intrus par la fenêtre), et d’une solide mise en scène, TALE OF TALES ennuie parfois. Il tourne à vide aussi, quand on se dit que Garrone s’occupe peut-être plus de la façon dont il filme le sujet que du sujet lui même.

En dent de scie, ce Conte des contes peine à convaincre autant qu’il aurait dû.

@etioun

INFORMATIONS

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CRITIQUE
Les autres films présentés au Festival de Cannes 2015

Titre original : Il Racconto dei Racconti
Réalisation : Matteo Garrone
Scénario : Edoardo Albinati, Ugo Chiti, Matteo Garrone, Massimo Gaudioso. D’après l’oeuvre de Giambattista Basile
Acteurs principaux : Salma Hayek, Vincent Cassel, Toby Jones, John C. Reilly
Pays d’origine : Italie, France
Sortie : 1er juillet 2015
Durée : 2h0min
Distributeur : Le Pacte
Synopsis : Il était une fois trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal, une reine obsédée par son désir d’enfant… Sorciers et fées, monstres redoutables, ogre et vieilles lavandières, saltimbanques et courtisans sont les héros de cette libre interprétation des célèbres contes de Giambattista Basile.

BANDE-ANNONCE
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[critique] TALE OF TALES

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