Scruter les failles du système économique américain est devenu depuis quelques années un enjeu que le cinéma veut filmer. Comme pour démystifier cette grande entreprise, la ramener face à ses contradictions, ses travers. WAR DOGS, tiré d’une histoire vraie, narre comment deux jeunes loups ont profité d’une défaillance permettant à des petites entreprises de répondre à des appels d’offres de l’armée américaine. A l’image d’Adam McKay avec The Big Short, c’est un autre rejeton de la comédie américaine, le bourrin , qui est en charge de réaliser cette nouvelle folle histoire. Pour ceux qui n’auraient aucune connaissance des faits, il est évident que le film permettra au moins de savoir de quoi il en retourne. Mais pour ça, l’article original paru en 2011 dans Rolling Stone remplit le même rôle et en moins de temps. Hélas il ne suffit pas de s’emparer d’une grande histoire pour faire un bon film. Pour cela il faut un réalisateur, quelqu’un capable d’apporter un regard et un traitement. Et c’est bien là le soucis. Le papa de Very Bad Trip n’a aucunement les épaules pour transcender un tel sujet. Au mieux, il l’illustre. Au pire, il vient se signaler par des effets inutiles (ralentis, vision thermique, musique).

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Suivant sécuritairement un chemin sur rails allant de l’ascension jusqu’à la chute en passant par le tutoiement des sommets et le début des embrouilles, WAR DOGS ne trouve ni la folie hystérique du Loup de Wall Street ni le mordant de The Big ShortTodd Phillips ne fait qu’imiter bêtement la démarche sans jamais chercher à en comprendre la mécanique théorique et cinématographique. La provocation se résume à un amas de vulgarités tiré d’une comédie américaine de bas étage et à un en roue-libre ayant pour seule consigne de répéter sa remarquable performance du Loup de Wall Street. À force de chercher l’humour et la réplique qui tue, le film en oublie sa caractérisation des personnages et les réduit à deux figures simplistes : le visionnaire fou, et le naïf suiveur. Impossible de s’attacher à David (), personnage aux contours tracés au surligneur et dont les scènes avec sa femme semblent plus accessoires qu’autre chose tant elle ne posent jamais des enjeux narratifs. Pire: lorsqu’il s’agit d’Efraim (Jonah Hill), personnage au potentiel le plus intéressant, le long-métrage refuse de s’intéresser à cet esprit malade et préfère le regarder de loin sans avoir à s’embarrasser des complexités de son fonctionnement.

« Suivant sécuritairement un chemin sur rails allant de l’ascension jusqu’à la chute, WAR DOGS ne trouve ni la folie hystérique du Loup de Wall Street ni le mordant de The Big Sort »

Comédie tout juste passable (il faut reconnaître que quelques vannes sont bien senties), action-drama raté (aucune réelle tension), WAR DOGS se rêve en satire grinçante mais reste finalement bien sage. Il suffit de voir la fin pour s’en convaincre : Henry (, le bad guy) se rachète une image en offrant de l’argent à David pour qu’il puisse refaire sa vie… Tout est bien qui finit bien: malgré l’échec, le rêve américain continue. L’entreprise manque cruellement de saleté malgré quelques fucks à droite et à gauche. Lors de la dernière bobine, Efraim veut se faire pardonner auprès de son ami David. Il cite Scarface qu’il dit avoir vu la veille à la télé. « On connaissait les répliques par cœur » lance-t-il… Comme ses personnages, Todd Phillips voudrait être à la hauteur de ses prédécesseurs ou de ses inspirations, mais il ne peut que les citer ou en ressasser la forme vidée de sa consistance.

Maxime Bedini
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