D’abord présenté en US Drama Competition au Festival de Sundance, le premier film de Paul Dano se retrouve maintenant en ouverture de la Semaine de la Critique. Dans cette adaptation du roman de Richard Ford, WILDLIFE – UNE SAISON ARDENTE, le néo-réalisateur filme avec brio le délitement d’une famille américaine.

Lors de la table ronde consacrée à Sundance aux adaptations de romans au cinéma, Paul Dano (Okja, 12 years a slave) a expliqué avoir lu le roman de Richard Ford à l’âge de 28 ans, et avoir été touché par sa poésie et son environnement du Nord-Ouest américain. Souhaitant passer derrière la caméra, il voulait réaliser un film ayant pour objet la famille, tout en appréciant avoir une structure déjà écrite, plus rassurante. L’écrivain, à qui il avait alors demandé son accord, aurait répondu : « my book is my book, your movie is your movie », lui laissant donc une grande liberté. Accompagné dans la co-écriture par sa compagne Zoé Kazan, ils ont essayé de communiquer leurs émotions ressenties à la lecture, tout en rajoutant leur part, comme des amis au personnage de Joe qui n’existaient pas dans le livre.

Photo du film WILDLIFE - UNE SAISON ARDENTE

WILDLIFE – UNE SAISON ARDENTE démarre lentement et le réalisateur prend le temps d’installer les trois personnages qui composent cette famille typique dans le Montana des années soixante. Le père Jerry/Jake Gyllenhaal (Nocturnal Animals), la mère Jeanette/Carey Mulligan (Mudbound) et le fils adolescent de 14 ans Joe/ Ed Oxenbould, jeune acteur australien qui a un faux air de Paul Dano. La famille a souvent déménagé pour suivre le travail du père ancien golfeur. Ce qui rend WILDLIFE – UNE SAISON ARDENTE particulièrement intéressant, c’est la transformation de tous les personnages à partir du moment où le père se fait virer de son boulot assez humiliant d’homme à tout faire dans un golf.

En décalage avec les leçons de vie qu’il donne à son fils, son honneur en a pris un coup et il noie sa honte, son chagrin et son oisiveté dans l’alcool. Paul Dano montre très bien le passage de la complicité amoureuse du couple à cette nouvelle distance qui s’instaure inévitablement. Le réalisateur offre un film assez contemplatif et même expérimental dans la façon d’utiliser les contrechamps. Et il prend le parti, comme pour souligner le délitement de cette famille, de veiller à ne bientôt plus montrer les trois personnages ensemble.

Même si l’ennui pointe parfois dans WILDLIFE – UNE SAISON ARDENTE, les pièces peu à peu assemblées du puzzle de ce drame intimiste font naître l’émotion dans une magnifique scène finale.

Mais il faut de l’argent, même si Jeanette a repris un travail à temps partiel et que Joe travaille comme aide photographe. Le père décide de partir quelque temps comme pompier éteindre les feux qui ne cessent de brûler dans le Montana. Il casse alors définitivement le huis clos intime pour finalement bien peu d’argent par rapport aux risques pris. Sa femme, jusqu’ici amoureuse, compréhensive et positive ne lui pardonnera pas. Ce qu’elle va faire pendant l’absence de son mari reste alors franchement incompréhensible … du point de vue de son fils, mais aussi du nôtre ! Elle ne se comporte plus du tout comme une mère mais comme une femme en manque d’affection qui se fait entretenir par un riche du coin estropié. Pas d’amour là dedans, même si elle n’est pas fière d’elle, mais c’est peut-être le prix à payer pour son émancipation. Car il est finalement beaucoup question de fierté, d’honneur bafoué et d’humiliation dans WILDLIFE – UNE SAISON ARDENTE.

La caméra de Paul Dano ne lâche pas le visage du jeune Joe, qui voit son socle familial se fissurer sous ses yeux. Il perd peu à peu ses repères (re-père), inquiet de ce qui va advenir. Tantôt témoin des échanges et des disputes, tantôt messager entre ses parents, essayant de ne pas prendre parti et de comprendre ce qui leur arrive à tous, il s’extrait douloureusement du duo parental. Et il assiste impuissant, écœuré et effondré au délitement de sa famille. Le regard qu’il porte sur ses parents évolue de l’admiration confiante au jugement dégoûté. Même si l’ennui pointe parfois dans WILDLIFE – UNE SAISON ARDENTE, les pièces peu à peu assemblées du puzzle de ce drame intimiste font naître une très forte émotion dans une magnifique scène finale.

Critique publiée le 22 janvier 2018 lors de la Projection au Festival de Sundance

Sylvie-Noëlle

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WILDLIFE - UNE SAISON ARDENTE : beau drame intimiste familial - Critique
Titre original : Wildlife
Réalisation : Paul Dano
Scénario : Paul Dano, Zoe Kazan, d’après l’oeuvre de Richard Ford
Acteurs principaux : Carey Mulligan, Jake Gyllenhaal, Ed Oxenbould, Bill Camp
Date de sortie : 19 décembre 2018
Durée : 1h44 min
3.5Note finale
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WILDLIFE – UNE SAISON ARDENTE : beau drame intimiste familial – Critique

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