THE CHASER, thriller noir et violent hante et obsède longtemps après l’avoir vu. Pour son premier film, le réalisateur Na Hong-jin profite d’une histoire incroyable, inspirée du tueur en série sud-coréen Yoo Young-chul qui déclara avoir tué vingt-six personnes. Avec un tel sujet, le réalisateur offre un film extrêmement dur, au suspense prodigieux, et à son acteur un rôle intense qui le révéla en France.

Joong-ho (Kim Yoon-seok) est un ancien policier, suspendu après la révélation de plusieurs magouilles. Reconverti en proxénète il va reprendre du service malgré lui lorsqu’il apprend que ses « filles » disparaissent les unes après les autres. Son enquête lui fait comprendre qu’elles avaient toutes rencontré le même client : Jee Young-min (Ha Jeong-woo). Joong-ho se lance alors dans une chasse à l’homme, espérant pouvoir retrouver et sauver Mi-jin (), la dernière victime du tueur.

photo du film THE CHASER

Dans THE CHASER, Kim Yoon-seok joue l’antihéros par excellence. Une petite crapule qui se sert de Min-jin comme appât pour débusquer l’homme qu’il soupçonne responsable de la disparition des filles. Ne songeant pas à l’hypothèse du meurtre (il pense que les filles sont revendues) il envoie la jeune femme dans la gueule du loup. L’homme cumule les défauts, et c’est malgré lui qu’il va se transformer en héros et devenir bien plus honorable que les « bons flics ». Ces derniers ne pensant qu’à sauver leur image, dévoilent leur impuissance face au meurtrier qu’ils ne peuvent arrêter en dépit de ses aveux. Une critique directe de la police, récurrente dans le cinéma coréen. En adoptant son film par le biais d’un profond réalisme, le réalisateur donne de l’importance dans chaque détail et choix des personnages. Des événements qu’on ne soupçonne pas sur le moment viendront ainsi entraver l’enquête, rendant Joong-ho responsable aux yeux de ses anciens collègues. Notre antihéros se voit ainsi confronté à cette police prête à tout pour se décharger de toute responsabilité et qui oublie l’essentiel : retrouver Mi-jin. Un réalisme recherché dans sa mise en scène par Na Hong-jin. Entre caméra à l’épaule et mouvements rapides, on assiste à des duels et des poursuites des plus prenants. A cette approche virtuose le réalisateur ajoute des passages très esthétiques, principalement dans les meurtres sublimés, fascinants et terrifiants.

”THE CHASER fait partie de ces thrillers qui prennent à la gorge”

La force de THE CHASER est qu’il dévoile rapidement son intrigue tout en maintenant un suspense jusqu’à la fin. Le tueur est vite identifié et arrêté. Mais cela paraît trop simple. En effet de nombreux rebondissements se succèdent. La chasse à l’homme entre Joong-ho et Jee Young-min se transforme alors en course contre la montre. Car tandis que Joong-ho est accaparé par le tueur, qui fait tout pour gagner du temps, seul le spectateur se rend compte qu’il s’éloigne de plus en plus de la maison où est retenue Mi-jin. Cette dernière, blessée, n’a peut être plus longtemps à vivre. La pression croît et le spectateur sent l’étau se resserrer. En faisant durer le suspense autour du secours tant attendu de la jeune fille, le film rappelle ainsi plusieurs grandes séquences d’autres films du genre. Notamment Blow Out (1981) de Brian de Palma et sa scène de fin mémorable dans laquelle l’acteur John Travolta doit traverser une foule pour venir au secours de Nancy Allen, attaquée par un tueur. Un parcours qui paraît interminable grâce au traitement que lui donne Brian de Palma. Cette tension durant une unique scène, THE CHASER parvient à la maintenir sur la quasi-totalité du film. Elle atteindra son paroxysme dans les dernières scènes du film. L’ambiance extrêmement sombre (quantité de scènes de nuit) est magnifiquement représentée et les nombreuses rues étroites qui font office de décors nous plongent dans un labyrinthe interminable.

photo du film THE CHASER

THE CHASER fait partie de ces thrillers qui prennent à la gorge. Même après plusieurs visionnages le film, qui dégage une grande puissance, étonne toujours autant. Le réalisateur parvient à nous plonger dans la peau du plus méprisable des personnages et à faire ressortir son héroïsme caché. Face à l’incroyable Kim Yoon-seok, Ha Jeong-woo est parfait pour provoquer haine et colère. Le face à face des deux acteurs est intense et ensemble ils portent ce film remarquable.
Pour son premier long métrage le réalisateur Na Hong-jin n’imaginait pas l’engouement à venir. Jusqu’à sa sortie, en 2008, le genre du thriller n’était pas populaire en Corée du Sud. Mais avec plus de cinq millions de spectateurs, THE CHASER ouvra ainsi la voie. L’un des films les plus durs et éprouvants du cinéma coréen de la dernière décennie.

Pierre Siclier
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