TOUT SUR MA MÈRE est un film-somme, un journal intime, une ode à la femme, un chef d’œuvre.

Commençons par la technique :
La mise-en-scène de TOUT SUR MA MÈRE (avec celle d’ Attache Moi !) est la plus aboutie de toutes les œuvres d’ Almodóvar. Tout y est quasi-parfait. Choix des cadrages, ambiances esthétiques, photographie(s), ce qu’il faut d’effets de style pour dynamiser le récit par l »image. Photo, réalisation, musique fusionnent constamment, entre eux, ainsi qu’avec la narration et le scénario ;

La narration, extrêmement travaillée, permet au script de distiller ses révélations avec parcimonie. Le TOUT SUR MA MÈRE du titre est ainsi, une intelligente quête de l’identité, d’autant plus marquante que…

celui qui veut tout savoir sur sa mère,  le narrateur Esteban, a fait un transfert sur le spectateur du fait de sa propre mort.

Le scénario est ainsi conforme au standards Almodovar-iens (que j’explique à propos de En Chair Et En Os );  Celui de TOUT SUR MA MÈRE  associe avec fluidité et précision un contexte (le théâtre, l’Espagne racontée sur plusieurs niveaux sociaux, la quête identitaire) et les destinées entremêlées de personnages, différents et profonds.
Il fusionne avec la narration, et prend une véritable ampleur dans l’éclatement spatio-temporel de l’histoire.

Plusieurs long métrages d’ Almodóvar abordent frontalement (et génialement) l’envers du décor. Le cinéma, dans Attache moi !la littérature dans La Fleur de Mon Secret, et maintenant l’univers du théâtre dans TOUT SUR MA MÈRE.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, on peut observer le versant ludique d’ Almodóvarqui s’auto-cite en rejouant une scène de La Fleur de Mon Secret (cette fois, sans provoquer le doute).
Le réalisateur nous indique peut-être, que ce nouveau film sera l’occasion d’examiner l’envers du décor pour expliquer le présent, le passé et le futur des personnages. Un envers du décor autant théorique que thématique, une façon de donner les clés de son univers, de sa filmographie, du personnage Almodovar derrière le réalisateur de films;
En somme, TOUT SUR MA MÈRE est le film le plus personnel ET personnalisé d’ Almodóvar... Pour la première fois, on sent que le réalisateur veut réellement nous parler de lui. Une sincérité en adéquation avec les autres qualités du film. Le masterpiece de sa filmographie.

”TOUT SUR MA MÈRE est un film-somme, un journal intime, une ode à la femme, un chef d’œuvre.”

Un film-somme
Pour expliquer cette affirmation, je dois d’abord parler de moi.
Cette rétrospective du Festival Lumière m’a permis d’évaluer une immense partie du travail d’ Almodóvar ; de comprendre les évolutions de son cinéma et d’avoir un point de vue englobant sur la filmographie du réalisateur, et par conséquent sur l’homme derrière le réalisateur, ses obsessions, ses goûts, le fonctionnement, le sens et la portée de ses films.
J’avais déjà vu le film en 2001, et l’avais détesté…  Maintenant, je comprends pourquoi. Cette oeuvre fonctionne principalement en tant que somme – c’est ce que j’explique depuis le début, et considère comme son défaut majeur. Elle parlera réellement à ceux qui comprennent et englobent l’oeuvre du réalisateur… Les autres apprécieront les qualités évidentes du film, mais auront plus de difficulté à déceler la sincérité sous la surface.

Un journal intime, lorsque Almodóvar aborde ces thèmes « tabous » développés tout au long de sa filmographie. De Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier à Talons Aiguilles en passant par La Loi du Désir : l’identité sexuelle. Homosexualité, hétérosexualité, travestissement, transexualité, bisexualité…  TOUT SUR MA MÈRE permet au réalisateur d’aborder ces questions d’une façon quasi-exhaustive,  sans jugement ni marginalisation, comme toujours. Un beau discours sans en être un, sur l’acceptation des différences, les siennes comme celles des autres.
Un journal intime car Almodóvar nous parle également de lui en utilisant un nombre conséquent de références culturelles. All About Eve, de Joseph Mankievitz, Elia Kazan (Un Tramway Nommé Désir), , Opening Night de John Cassavetes, pour une scène décisive… De manière générale, ces films sont mémorables pour leur façon de mettre en avant les femmes.

 

Dans TOUT SUR MA MÈREAlmodóvar développe, comme dans nombre de ses films, ce rapport à la mère.
D’ En Chair et en Os à Qu’est-ce que J’ai Fait pour Mériter ça ? Ce rapport très fusionnel, semble être l’origine de son obsession pour les FEMMES, et son talent pour leur écrire de magnifiques rôles.
Ici, quatre magnifiques personnages. Là encore, comme une exhaustivité des attributs féminins les plus forts. Comme une somme de toutes les femmes de tous ses films :
La « femme » versatile, celle que l’on ne peut jamais dompter, mais qui appartient à chacun ; Libre, muée par l’instinct… Également celle qui embrasse la quête d’identité sexuelle – Agrado (Antonia San Juan)
La femme forte, celle qui réussit, libre également ;  la pression exercée par la célébrité a modifié sa perception des choses… Définie malgré elle, par son image publique – Huma (Marisa Paredes)
La femme-mère, celle capable de tout, pour son fils. (la femme idéale ? idéalisée ?) – Manuela (Cecilia Roth)
La femme-enfant, à la fois naïve et lucide, celle qui succombe malgré elle aux sentiments, qu’il faut protéger – Rosa (Penelope Cruz)
Quatre personnages magnifiques, développés dans toute leur complexité, à travers leurs contradictions. Avec passion, précision et sincérité.

En bref, un chef d’œuvre. Voila.

Georgeslechameau
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