Noces pose un regard distant et empathique sur un choc de cultures (la pakistanaise notamment) et le paradoxe des religions.

Zahira (Lina El Arabi) a beau vivre en Belgique et être une jeune fille de son temps, son destin est scellé et elle n’aura pas son mot à dire. Le réalisateur Stephan Streker s’est inspiré d’un fait divers et a reconstitué le cheminement et les doutes de Zahira dans NOCES. Il saisi bien le choc des cultures, l’incompréhension légitime et les tentatives des amis de la jeune fille pour arranger les choses. Le respect des traditions, les apparences à sauver vis-à-vis de la communauté sur place (et plus encore au Pakistan), la honte et le déshonneur familiaux seront autant de pièces du puzzle qui vont s’assembler vers l’inexorable… NOCES met d’ailleurs très bien en évidence le paradoxe de la religion face à certaines situations.

[bctt tweet=”La façon dont NOCES saisit le choc des cultures nous reste sur l’estomac” username=”LeBlogDuCinema”]

Pourtant le réalisateur, qui considère qu’un film est un acte de communication, constate les faits sans les dénoncer, comme s‘il refusait de prendre parti. Il met toujours dans la balance le pour et le contre et incite le spectateur à comprendre, à faire preuve d’empathie pour chacun des personnages, à les excuser presque. Ainsi, on se sent à la fois proche du frère de Zahira, Amir (Sébastien Houbani), de son père ou de sa mère.

Ce qui s’avère assez désagréable, c’est la position dans laquelle le réalisateur place le spectateur. De fait, il le laisse déconcerté et en colère face à une injustice dont on lui explique qu’elle n’est pas prête de changer. D’autant que les traditions s’adaptent aux technologies et organisent les mariages sur Internet (seul moment tragi-comique du film). Mais ni la fidèle amie de Zahira, Aurore (Alice de Lencquesaing), ni le père de celle-ci (interprété par Olivier Gourmet), ne parviendront à faire entendre raison à cette famille.

Inaccessible à un raisonnement occidental du XXIème siècle, le « Une Pakistanaise, ça épouse toujours un Pakistanais, c’est comme ça ! » de NOCES nous reste désespérément sur l’estomac.

Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] NOCES
Titre original : Noces
Réalisation : Stephan Streker
Scénario : Stephan Streker
Acteurs principaux : Lina El Arabi, Sebastein Houbani, Barak Karimi
Date de sortie : 22 février 2017
Durée : 1h38min
2.0Moyen
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Ralala
Invité
Ralala

Mais de quoi parlons-nous là?
Même dans les sujets choisis, l’islam prend une place prégnante dans la société.
Faire un film sur des préoccupations du moyen-âge?
Bientôt un film sur l’IVG.
Pas vu le film (pas besoin, si si), et affligé qu’on trouve des financements pour…

ldef
Invité
ldef

Bonjour, la religion n’a aucun rôle dans cette histoire, il s’agit de mariages arrangés, une pratique sociale patriarcale, qui existe ou a existé dans toutes les sociétés (Italie, Chine, Inde…). Et avant de parler d’un film, allez le voir, ça aide.

fatizo
Invité
fatizo

La fin du film est la meilleure manière de prendre partie pour le réalisateur.
Avec une telle fin on sait de quel coté se placer.
Justement, le réalisateur évite d’être trop manichéen pendant le film, de montrer des gens simples, qui au fond ne sont pas plus mauvais que nous, mais qui se perdent par leur croyance.
La réponse à cela c’est notre laïcité. Un message aussi pour nos politiques.

Bernardo
Invité
Bernardo

Je comprends très bien la critique selon moi pertinente qu’a fait Sylvie-Noël, puisque ce film m’a laissé une impression ambiguë. Finalement le mieux n’est-il pas de se résigner, comme la soeur aînée? Depuis quand l’affection débordante entre membres d’une même famille, souvent réaffirmée dans le film, conduit-elle forcément à l’obscurantisme et au meurtre ? Qu’est-ce donc que ce pseudo amour menant à un assassinat rituel ? Le metteur en scène n’a pas dépassé le stade de l’exposition des faits, d’un fait divers communautariste: sa volonté de ne pas prendre partie, comme le personnage du père d’Aurore, renvoie le spectateur à un sentiment de résignation.

Hérisson
Invité
Hérisson

Une caméra talentueuse, des acteurs magnifiques au service d’un scénario immonde. Le plus consternant est que cela ne semble pas nous choquer outre mesure. Je pense q’un film esthétique décrivant les états d’âme d’un esclavagiste en larme contraint d’abattre un esclave en fuite par ailleurs tendrement aimé nous semblerait aujourd’hui crédible. Il faut bien que l’artiste décrypte la complexité du monde pour éclairer nos esprits simplets. Je vous invite à vous renseigner sur le meurtre de Sadia SHEIKH qui a manifestement inspiré ce film afin de vous faire une opinion sur ce “crime d’honneur”, la réalité est très éloignée des fantasmes de M. Stephan STREKER.

gerardingo
Invité
gerardingo

En tous points d’accord pour la qualité des acteurs. Pas pour le reste. Ce film, qui nous distille un malaise volontaire, nous en dit bien plus que sur le sujet qu’il traite: Un mariage imposé. Sans dénoncer, l’auteur nous montre que l’intégration aux valeurs occidentales n’est pas le fait de tous, et que la culture de certains s’apparente à une culture tribale, où notre conception de la liberté individuelle ne signifie rien. On le savait, bien sûr, mais cette représentation d’une crise au sein d’une famille “intégrée” , mais en faite à cheval tant bien que mal sur deux langues, deux cultures, deux pays, atteint vite ce qu’on pressent être le déroulement inéluctable d’un drame antique. On pense aux films indiens de Satyaji Ray, ou “au troupeau”, film turc de Guney, cinéastes qui s’emparaient eux aussi de ce genre de scénario.

gerardingo
Invité
gerardingo

Un très bon film, mais qui met mal à l’aise. L’objectif je pense du cinéaste, qui est de nous montrer là ce qui se passe dans le secret de quelques diasporas. Une sorte de drame antique, sur fond de modernité. Comme les personnages, qui passent du pakistanais au français, le clivage atteint ses limites dans la conclusion

[CRITIQUE] NOCES

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