SOUVENIR met en scène Liliane (), ouvrière dans une usine de pâté, autrefois connue comme Laura, chanteuse à succès, dont la disparition brutale de la scène est encore dans les esprits. Elle qui a connu la gloire et les paillettes vit aujourd’hui incognito dans un monde aseptisé et volontairement dénué d’émotions, rythmé par une vie quotidienne ennuyeuse qu’elle noie dans l’alcool. Elle a payé cher sa déchéance. Le bruit que font les terrines de pâté cognées entre elles, les aiguilles de l’horloge de l’usine ou les glaçons jetés dans le verre de whisky sont désormais le seul univers musical de Liliane.

image du film SOUVENIR

Le réalisateur Bavo Defurne raconte sa rencontre fortuite avec Jean (), élevé par son père dans le culte de la chanteuse. Deux êtres qui a priori n’ont rien à faire ensemble, mais qui vont s’apprivoiser, se faire confiance, se faire du bien, s’aimer. Le retour à la vie pour l’une, et l’accès au monde adulte pour l’autre. L’une rajeunira quand l’autre mûrira. On pense évidemment à deux autres films émouvants aux scénarios proches: Quand j’étais chanteur de Xavier Giannoli par le propos de la relation et la différence d’âge et Jean-Philippe de Laurent Tuel par celui du come-back bricolé et de l’humour. L’émotion dans SOUVENIR est évidemment présente, mais elle se fait discrète, subtile, sans drame. Le réalisateur dépeint très bien la jubilation ressentie par Laura, qui renaît par le chant. La transformation grâce à la musique se fait par petites touches, la joie transparait dans les traits de son visage et son corps se trouve soudain libéré de ses carcans. Voir et écouter Isabelle Huppert chanter en robe de soirée dans une kermesse cycliste un après-midi vaut le détour.

« SOUVENIR est un feel-good-movie à l’émotion discrète et subtile, observant ses personnages avec bienveillance, sans jugement ni moquerie »

Bavo Defurne observe ses personnages avec bienveillance, sans jugement ni moquerie. Le rire qu’il provoque n’est jamais pathétique. L’attitude de Jean, confronté au monde des apparences du showbizz, prêtera parfois à sourire mais pas sa sincérité. Grâce à son humanité, il réalisera d’une certaine manière le fantasme de son père et permettra aussi à sa mère de se réconcilier avec une jalousie d’un autre temps. Bien sûr, on ne croit pas vraiment à cette histoire, mais SOUVENIR est un feel good movie, dont le refrain de la chanson « Joli garçon » trottine encore longtemps dans la tête.

Sylvie-Noëlle
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