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Pour son second long-métrage, Une vie violente, Thierry de Peretti raconte les parcours romanesques de jeunes hommes embarqués dans les luttes nationalistes corses.

Dès les premières minutes d’UNE VIE VIOLENTE, le réalisateur Thierry de Peretti invite le spectateur à entrer dans le vif du sujet. Des hommes qui discutent au loin, puis en assassinent soudain deux, une balle dans la tempe, froidement, sous les yeux de paysans qui n’interviennent pas. Le tableau est posé, glaçant. Quelques explications seront données au fil du récit, mais sans plus. Rencontré au Festival International du Film de La Rochelle, le réalisateur souhaitait que le spectateur “accepte de ne pas comprendre précisément le contexte de la lutte armée nationaliste corse de la fin des années 90”. Certains spectateurs risquent d’être rebutés à l’idée de devoir rester dans le flou. Mais de toute façon, c’est quasiment mission impossible, pour qui n’est pas corse, de tenter d’en saisir tous les tenants et aboutissants, qui mêlent enjeux politiques, poids des traditions, de la culture, de l’identité, des familles et de la langue mais aussi les influences du milieu corse et du gouvernement français au sein de ce territoire.

UNE VIE VIOLENTE

Qui sait encore aujourd’hui que de nombreux jeunes corses se sont engagés dans des combats, puis se sont égarés dans des luttes intestines dont les enjeux les dépassaient ? Beaucoup ont payé de leur vie pour avoir voulu jouer dans la Cour des Grands, essayé de s’en sortir ou profité de la situation. UNE VIE VIOLENTE replonge dans cette période tumultueuse et donne à voir le parcours d’une bande de trois amis d’enfance – Stéphane (Jean Michelangeli), Christophe (Henri-Noël Tabary) et Michel (Cédric Appietto).

Thierry de Peretti s’est plus “attaché à montrer le point de vue romanesque, afin que le spectateur puisse se connecter avec la réalité émotionnelle des personnages”. Et d’un point de vue empathique, il a plutôt atteint son but puisque, tout au long des péripéties de sa vie, on ressent parfaitement ce que ressent Stéphane. Étudiant, il fait un passage en prison, où il rencontre ceux qui feront son éducation nationaliste. Stéphane réfléchit, se documente, se forge ses propres opinions, révélant sa prise de conscience politique et idéologique. Loin d’être écervelé comme certains de ses camarades, il a besoin de donner un sens à ses actions. Mais au fur et à mesure, il se retrouve “encerclé par la toile d’araignée de la complexité des événements”, donnant corps à la montée inexorable de la violence.

”Une Vie Violente porte un regard sans jugement ni complaisance sur la génération perdue corse”

Le réalisateur ne nous épargne aucune des étapes traversées par Stéphane, depuis la canalisation de sa rage originelle jusqu’à sa chute inévitable. Il décrit parfaitement le jeu de la rhétorique, l’engagement politique, la confiance envers les chefs, l’espoir et l’enthousiasme suscités par la lutte armée, la fierté retrouvée. Puis le basculement, le doute, le silence, la surenchère, la honte, la peur, la mise à l’épreuve de l’amitié, la tentation du Continent, l’impossible retour en arrière, la solitude et enfin, la fatalité de son destin.

Malgré un mélange de différents formats (fondus au noir, flashbacks, long travelling, visages coupés) qui alourdit un peu la mise en scène, le réalisme de UNE VIE VIOLENTE, autant pour les situations que pour les dialogues, est frappant. Cela peut s’expliquer par la façon dont le réalisateur utilise les différents matériaux à sa disposition. Homme de théâtre, le réalisateur a l’habitude de “créer un imaginaire commun par le biais de l’écriture de plateau et le travail collectif en Workshop”. Les acteurs corses sont d’ailleurs, pour la majorité d’entre eux, inconnus à l’écran. Leurs propos et ceux d’autres personnes rencontrées lors des castings ont nourri les réflexions et enrichi dialogues et scénario co-écrits avec Guillaume Breaud – on vous encourage d’ailleurs à voir le documentaire Lutte Jeunesse, construit à partir des entretiens filmés. D’autres textes ont aussi inspiré le réalisateur, comme celui de l’écrivain irlandais Robert McLiam Wilson, Ma Rage est ingouvernable.

UNE VIE VIOLENTE se révèle donc un film puissant qui porte un regard sans jugement, mais sans complaisance non plus, sur cette “génération perdue” et interroge aussi sur la façon dont chacun peut trouver sa place et, peut-être, échapper à son destin.

Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] UNE VIE VIOLENTE
Titre original : Une vie violente
Réalisation : Thierry de Peretti
Scénario : Thierry de Peretti, Guillaume Breaud
Acteurs principaux : Jean Michelangeli, Henri-Noël Tabari, Cédric Appietto
Date de sortie : 9 août 2017
Durée : 1h47min
4.0Puissant
Avis des lecteurs 24 Avis

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