Nouvelle figure maléfique s’ancrant dans le « -verse », cette Dame Blanche vient tourmenter les enfants de dans le Los Angeles des années 70. D’après une légende urbaine mexicaine.

Le « Conjuring-verse » est composé des deux premiers films de James Wan, ainsi que des spin-offs mettant en scène les créatures maléfiques que nous avions croisés lors des enquêtes du couple Warren. Deux films Annabelle (dont un troisième qui arrive cette année) ainsi que le récent La Nonne et désormais cette Dame Blanche. Une appellation trompeuse pour un spectre issu d’une légende mexicaine populaire nommé La Llorona. D’où le titre original du film, The Curse of La Llorona. C’est donc assez logiquement que nous passerons par un prologue situé au Mexique en 1673, présentant brièvement les dramatiques origines de cette malédiction, avant de nous retrouver propulsés exactement 300 ans plus tard, à Los Angeles.

Jeune loup de 34 ans, réalise avec La malédiction de la Dame Blanche son premier long-métrage de cinéma, sous la houlette de son producteur James Wan, qui a sans doute vu en lui la même énergie créative qui l’habitait il y a de cela plusieurs années, lorsqu’il explosait les box-office avec ses films malins à petit budget. Un énième nom sorti de nulle part à qui l’on a offert l’occasion de montrer ce qu’il sait faire dans le registre de l’épouvante. Il dégaine alors le steadicam dans la cuisine de Anna (Linda Cardellini) et ses deux enfants lors d’un plan séquence faisant office de situation d’exposition efficacement expédiée : tout le monde est en retard pour aller au travail et à l’école, tandis que la figure paternelle se distingue par son absence. Avec une photographie copiée-collée sur celle des Conjuring et quelques premiers mouvements de caméra intéressants, nous avons l’impression d’être en terrain connu, avant de se rendre à l’évidence à mesure que les minutes passent. Nous sommes en réalité face à une belle supercherie.

Pour faire simple, tout ce que James Wan entreprenait avec ses Insidious et Conjuring et réussissait avec brio, ne fonctionne pas ici. Tout d’abord, le script montre très vite ses limites et se révèle d’une étonnante faiblesse. Le déroulement de l’histoire vu et revu est ultra classique et archi-prévisible. Mais ce qui nous choque le plus et nous saute très rapidement aux yeux dans ce récit, c’est la psychologie aberrante qui caractérise absolument tous les personnages. Les enfants ne parlent à personne de leurs têtes-à-têtes traumatisants avec le spectre et vont jusqu’à nier l’origine des blessures qu’ils portent aux bras. Leur mère, Anna, est la pire assistante sociale que vous croiserez, étant tout bonnement incapable de s’intéresser à ses propres enfants, se satisfaisant de la fameuse excuse de la chute : « Qu’est ce que tu t’es fait au bras chéri ? » – C’est rien maman, je suis tombé. Bisous, bonne nuit et à demain. En plus d’être hantés par cette vilaine Dame Blanche qui veut leurs peaux chaque nuits, ils sont pris au piège de leur bêtise. La mort des deux gosses d’une de ses clientes, elle aussi mère célibataire ou veuve (), qu’elle pensait avoir sauvés, ne la fait pas vraiment réfléchir. Et pas plus lorsqu’elle se fait menacer et entend pour la première fois le nom de La Llorona.

Avec ses personnages idiots et son déroulement ultra classique et archi-prévisible, cette Dame Blanche s’apparente à un mauvais Conjuring.

Mais le point culminant se situe lors d’une séquence où la petite fille aimerait récupérer son doudou dehors. Il faut ouvrir la porte d’entrée et surtout, ne pas disperser les graines devant le seuil de la porte, faisant office de barrière magique, empêchant l’entité maléfique de pénétrer à l’intérieur. Vous imaginez alors ce qu’il va se passer.

À défaut de créer du suspense, le réalisateur provoque l’embarras chez le spectateur, qui se fait prendre à son tour pour un sombre idiot. James Wan lui, recyclait les ficelles du genre et parvenait à nous coller la frousse avec l’utilisation judicieuse de la technique à savoir caméra flottante, hors champ et montagnes russes finales. Aussi, nous avions plus foi en ses personnages. Même les déambulations nocturnes des protagonistes, dans la demeure silencieuse et anormalement sombre (l’électricité était très mauvaise aux États-Unis en 1973), n’ont rien d’effrayantes. Elles nous plongent dans l’ennui.

Tout n’est pourtant pas à jeter dans la mise en scène de Michael Chaves. Le rythme est malgré tout soutenu grâce à la complicité d’une durée rétrécie et il y a une volonté d’instaurer un peu de sang neuf, au détour d’une scène de nuit (une fois de plus), à l’intérieur d’une voiture ou bien lors d’un tour de passe-passe avec un parapluie transparent. Le problème, c’est que cela se termine toujours de la même manière : un festival de jump scares.

Au final, la plus grosse terreur qui s’abat sur nous advient lorsque surgit l’ultime générique. Le troisième opus de la saga des Conjuring prévu pour l’année prochaine sera dirigé par ce même Michael Chaves, après une passation de pouvoir chapeautée par James Wan himself. La Malédiction de la Dame Blanche s’apparente à ce qu’aurait été un mauvais Conjuring. Et ce que sera peut-être le troisième opus, à notre plus grand regret.

Loris Colecchia

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LA MALÉDICTION DE LA DAME BLANCHE, fuyez pauvres fous ! - Critique
Titre original : The Curse of La Llorona
Réalisation : Michael Chaves
Scénario : Mikki Daughtry et Tobias Iaconis
Acteurs principaux : Linda Cardellini, , , Raymond Cruz, Patricia Velasquez,
Date de sortie :
Durée : 1h33min
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