Le 8ème festival international du film policier de Beaune a été l’occasion de rencontrer le réalisateur Brian de Palma, auteur des films cultes : Scarface, Les Incorruptibles, Blow Out, Phantom of the Paradise, Passion, Mission Impossible, le Dahlia noir, et bien d’autres (dont Mission to Mars et le Bûcher des vanités injustement décriés). A mes côtés pour interviewer un tel géant, Georgeslechameau rédac-chef du Blog, Mehdi Omaïs de Metro News et Alain Grasset du Parisien.

Beaune visuel NBC (3)

De manière très surprenante, Brian de Palma nous a expliqué qu’il s’entourait de jeunes réalisateurs, et les impliquait même dans son processus créatif.

Pourtant, au fil de l’, Brian de Palma nous est apparu assez conservateur dans son approche du cinéma et surtout très formaliste. Relancé plusieurs fois sur le fond de ses films, De Palma a à chaque fois botté en touche pour nous livrer des explications de pure mise en scène. Son seul intérêt semble uniquement porté sur l’innovation dans la grammaire cinématographique (valeurs de plans, mouvements de caméras, etc.). Si De Palma était un écrivain, il serait donc un pur styliste. Il a opposé son approche à celle de réalisateurs portés sur la direction d’acteurs comme Cassavetes ou même Sean Penn. Leur obsession semble être la gestion des émotions entre les personnages, afin de provoquer une empathie croissante de la part du spectateur. Lui n’est obsédé, au contraire, que par un pur soucis de forme.

Dans la master class menée par Jean-François Rauger de la Cinémathèque, Brian de Palma a développé ce point en réaction à l’analyse du film L’impasse (avec ) faite après la diffusion de cet extrait :

Plutôt que de revenir sur les choix esthétiques d’une telle séquence, Brian de Palma a lancé vigoureusement à la salle : « You must show the geography before you start shooting people« , que l’on pourrait traduire par : « Vous devez exposer les lieux avant de filmer les gens » (mais avec un jeu de mot aussi sur shoot = tirer). Une leçon qui semble peu en vogue à Hollywood dans les films d’action actuels selon De Palma, qui regrette une forme de chaos visuel dans ce genre de films. Dans un rapprochement très approprié, Jean-François Rauger a mis en parallèle l’impressionnisme cinématographique de tous les films de De Palma avec son The responsive eye, sur une exposition « d’op’art » (art optique) au MOMA à New York. De Palma fut flatté de cette citation, ce qui étaye selon moi cette figure de grand formaliste désintéressé par le propos des films, et donc de la morale charriée par l’histoire.

A l’opposé, interrogé sur l’innovation à la télévision, Brian de Palma n’y voit pas une grande évolution par rapport au passé (la question s’accompagnait tout de même de True Detective, saison 1 pour illustrer mon propos…)

Enfin, De Palma fut assez cynique à propos de l’évolution d’Hollywood.

L’accusation pour abus de matraquage marketing est difficilement contestable (je m’y suis moi-même hasardé sur Star Wars VII) mais le maître frôle tout de même la caricature. Hollywood c’est aussi une myriade de projets périphériques aux fameux tent-pole (blockbuster du style Batman V. Superman), on pourrait citer entre autre Birdman ou 127 heures (Fox Searchlight) ou le très récent Midnight Special (Warner Bros.). Même en concédant à que beaucoup de contenu est issu de marques implantés dans l’esprit du public, cela n’empêche absolument pas l’innovation visuelle ou scénaristique, en témoigne Mad Max : Fury Road et surtout Mission Impossible : Rogue Nation. Le premier épisode de la franchise ayant été réalisé par un certain… Brian de Palma !

Au-delà de l’ironie d’un tel rapprochement, on peut tout de même remarquer que nombre de films de De Palma sont soient des remakes, soient des adaptations littéraires. Les œuvres « originales » (si on ne regarde que l’histoire) étant très rares…

Sur un quart d’heure d’interview, Brian de Palma nous est apparu assez désabusé, presque cynique, et pas très en phase avec son époque malgré le très grand film Passion qui mettait merveilleusement en scène notre rapport aux images issu des nouvelles technologies. D’un côté le réalisateur revendique la paternité d’innovations formelles, de l’autre il adhère à des « recettes » clefs-en-main, critique Hollywood et la télévision pour leur manque d’originalité, mais ne questionne pas son propre rapport au genre (notamment le film noir). Autant de contradictions qu’on adorerait voir mis à plat dans un prochain film. Dans la fameuse production sino-américaine Lights Out, peut-être, si jamais elle voit le jour.

Vidéo et texte, Thomas Coispel

Beaune visuel NBC (3)

Interview réalisé grâce à Le Public System Cinéma, en partenariat avec CanalSat et 13èmerue

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