A l’occasion de la présentation de TOUT POUR ÊTRE HEUREUX (notre critique, ICI) à Bordeaux, nous avons eu le plaisir de rencontrer le réalisateur Cyril Gelblat, accompagné de Manu Payet, qui incarne Antoine, et Aure Atika, sa soeur Judith. Une rencontre chaleureuse sous le signe de la bonne humeur, de l’humour et de l’enthousiasme, à l’image du film.

P1000163 triple On éprouve beaucoup d’empathie pour le personnage d’Antoine, à l’opposé de ce qu’il était dans le roman de Xavier de Moulins “Un coup à prendre” dont s’inspire votre film, pourquoi cette différence ?

– Cyril Gelblat : Je me suis volontairement éloigné du livre parce que je voulais adoucir le trajet de ce père démissionnaire, je voulais créer de l’empathie tout de suite envers Antoine, que le spectateur ne le juge pas et ait même envie de devenir son copain. Ce qui m’intéressait c’était de montrer la trajectoire d’Antoine et les embûches qu’il traverse pour apprendre, se construire et devenir une meilleure personne. Mon ambition c’était de faire un film comme j’aime les voir au cinéma : faire une comédie de la vie, un film réaliste, tendre et mélancolique, mais sans avoir un seul ton. Je voulais des ruptures de tons et je reconnais que c’était un peu casse-gueule, j’avais très peur et j’étais à flux tendus, parce que je ne supporte pas la médiocrité. J’ai essayé d’être subtil et légitime à la fois, et mon challenge, c’était d’être fluide pour permettre l’acceptation du spectateur et varier ses plaisirs.

– Manu Payet : Je n’ai pas lu le livre, je voulais créer mon Antoine avec Cyril. Antoine a une double vie : autant il a du talent dans son travail et avec ses potes, autant il est nul et irresponsable comme mari et papa. J’ai fait d’Antoine un personnage un peu ringard, anachronique, qui se croit cool, avec sa petite moustache. Il a réussi il y a 15 ans et depuis il reste un peu bloqué sur Noir Désir, Les Ramones. Il a du mal à se voir vieillir, à accepter de se comporter en père. Mais à la fin, apaisé, il est clairement en voie de “déringardisation”. 

Vous auriez presque pu rajouter trois points de suspension à la fin du titre ?

– C. G: J’y ai pensé ! Le titre TOUT POUR ÊTRE HEUREUX se veut ironique, c’est une réflexion sur le bonheur, le renoncement, l’insatisfaction, qui est un frein et non un moteur. Sur la paternité aussi bien sûr, qui change nos priorités et nous oblige à ne plus nous cacher derrière nos certitudes.

– M. P : On est tous très fiers de ce film et les retours du public en avant-première donnent en haut du visage des yeux humides et en bas des grands sourires ! L’émotion est palpable, les gens mettent du temps pour rassembler leurs émotions et poser des questions c’est la première fois que je vois ça! 

Le personnage de Judith n’existe pas dans le livre, pouvez-vous nous en parler?  

– C. GJ’avais besoin pour mon arc narratif de cette sœur avec laquelle Antoine ne s’entend pas, très éloignée de lui. Il y a un vrai potentiel de comédie avec ce personnage. Chacun va suivre son propre chemin, qui leur permettra de se rapprocher.

Aure Atika : Je suis une création originale ! L’évolution de ce personnage m’a plu, j’aime son côté cash, franc, et la rencontre de nouveau avec son frère.

Était-ce difficile de diriger votre propre fille dans le film ?

– C.G : Il y avait une certaine appréhension, une responsabilité, et l’inquiétude de Manu était légitime. Mais diriger Raphaèle a beaucoup apporté au film, qui suinte de mon vécu avec ma fille. Je lui ai offert de beaux souvenirs pour plus tard. 

– M.P : Voir le père et la fille ensemble, c’était un super terreau d’observation, un peu comme un practice avant d’aller sur le plateau. J’étais son “papa de cinéma”.

– A.A :  Les acteurs étaient plus stressés que les enfants !

Quelles sont vos références cinématographiques susceptibles de vous influencer ? 

– C.G : Mon film se réfère au cinéma indépendant des années 70-80, TOUT POUR ÊTRE HEUREUX, c’est un peu un Kramer contre Kramer revisité. J’aime aussi beaucoup le film et le point de vue de Le fils des Frères Dardenne. Avec mon chef décorateur Philippe Chiffre on a fait un travail très minutieux sur les  décors des appartements dans lesquels vit Antoine. Celui de son couple exogène est très bourgeois, infantilisant, il y est comme un lion en cage. On a trouvé ensuite cet atelier d’import-export, espèce de caverne d’Ali Baba pour enfants, et joyeux bordel dans lequel il évolue plus librement avec ses filles et réinstalle sa batterie.

Manu et Aure, vous êtes également réalisateurs, avez-vous été tentés d’intervenir sur le tournage ? 

– A.A : On a donné notre avis et notre point de vue sur les personnages mais nous étions bien dirigés. 

– M.PNon pas vraiment, on avait bien travaillé les personnages avant de tourner. Et puis sur un tournage, c’est le travail d’équipe qui compte, il n’y a pas les acteurs d’un côté, le réalisateur et les techniciens de l’autre. J’ai aimé n’être qu’acteur dans le film. J’ai travaillé mon rôle avec beaucoup de sérieux, je travaille sans prétention mon jeu de comédien avec ma coach Julie Vilmont. Elle me dit toujours qu’on devient un bon comédien quand on parvient à atteindre le sérieux avec lequel les enfants s’amusent. Comme dans la scène avec le jeu du téléphone au Président ! Ce qui m’importe, c’est de donner le meilleur de moi-même au moment où je tourne le film. C’est quand même jubilatoire et même une sacrée revanche sur mes années lycée de pouvoir rejouer de la batterie, d’embrasser des jolies filles et d’avoir une jolie sœur ! J’ai une vraie passion pour la direction d’acteurs, c’est une race que j’adore ! Je vais réaliser une comédie, mais je ne jouerais pas dedans parce que c’est compliqué de faire les deux sur un film. 

Propos recueillis par Sylvie-Noëlle
TOUT POUR ÊTRE HEUREUX, la CRITIQUE

INFORMATIONS


Tout pour être heureux


+ CRITIQUE

Titre original : Tout pour être heureux
Réalisation : Cyril Gelblat
Scénario : Cyril Gelblat d’après l’oeuvre de Xavier de Moulins
Acteurs principaux : Manu Payet, Audrey Lamy, Aure Atika, Pascal Demolon, Joe Bel…
Pays d’origine : France
Sortie :  13 avril 2016
Durée : 1h37
• Genre :
 Comédie
Distributeur : Mars Distribution
Synopsis : Antoine, bientôt quarantenaire, dilettante, égoïste et insatisfait ne s’est jamais réellement senti investi d’une mission pour s’occuper de ses filles, âgées de 5 et 9 ans. Infantilisé par sa femme Alice, Antoine n’arrive pas à trouver sa place dans son foyer et décide subitement de la quitter pour une histoire sans lendemain.Lorsqu’Alice lui confie leurs filles quelques jours par surprise, Antoine va se retrouver sur un continent inconnu. Et alors qu’il était incapable d’assumer son rôle de père à l’intérieur du noyau familial, il va finir par devenir une véritable « mère juive ». Après avoir quitté sa femme par nostalgie de sa liberté d’antan, le nouvel Antoine va se retrouver confronté à une nouvelle nostalgie, celle de sa vie de famille…

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