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PARADISE LOST : Entretien avec Andrea Di Stefano et Dimitri Rassam

Le 27 octobre dernier, nous avons rencontré Andrea Di Stefano, réalisateur de Paradise Lost, ainsi que le producteur du film, Dimitri Rassam.

Pourquoi cette histoire ? 

Andrea Di Stefano : C’est un policier italien qui m’a raconté cette histoire pour la première fois. J’avais pour volonté de rentrer dans la tête de cet homme du mal. D’un point de vue narratif, sa psychologie criminelle est impressionnante. Concernant le scénario, j’ai trouvé intéressant de faire un début théâtral et pas forcément chronologique. Le début et la fin sont reliés, je voulais que la boucle soit bouclée. Ce film parle du destin et de la croyance. A Rome, je voyais les voyous prier puis commettre un délit, cela me fascinait. J’ai donc voulu exprimer cette idée de démocratie, où tout le monde peut accéder à Dieu, même Pablo Escobar.

Dimitri Rassam : Nous étions intéressés par le côté humain de cette sorte de demi-dieu qu’était Pablo Escobar. Nous pouvons d’ailleurs faire un parallèle au Parrain. Il y a un véritable film à suivre avec ce point d’entrée nécessaire pour voir évoluer un personnage négatif.

Comment avez-vous travaillé ce personnage horrible mais terriblement attachant ? Le rôle fut taillé pour Benicio Del Toro ou fut-il choisi après l’écriture du scénario ? Comment Josh Hutcherson est venu se joindre au projet ?

Andrea Di Stefano : Dans toutes mes lectures, j’ai pu voir que c’était un bon père de famille et quelqu’un de très généreux par ses nombreuses constructions de logements pour les moins favorisés notamment. Je voulais raconter les deux revers de la médaille, j’ai tout étudié. J’ai particulièrement travaillé le regard de Pablo Escobar et j’ai écris mon scénario avec son visage à l’esprit. En visionnant une vidéo, j’ai pu constater le moment où il avait décidé de tuer un arbitre corrompu par un simple regard. En effet, l’arbitre avait fait gagner l’équipe adverse de celle d’Escobar. Benicio Del Toro est habité, il créé un vertigo, ce que peu d’acteurs parviennent à faire.Nous avons rencontré Josh [Hutcherson, ndlr]  sur le plateau d’Hunger Games lorsqu’il n’avait que 17 ans, mais c’était déjà un vrai jeune homme. D’ailleurs, à 9 ans, il appelait déjà les agences pour devenir acteur. Ce qui nous l’a fait choisir, c’est sa simplicité.

Dimitri Rassam : Benicio Del Toro ne s’est pas trop forcé pour prendre trente kilos [rires]. Quant à Josh Hutcherson, il dégageait tellement de naïveté lors de ses premières lectures, que l’on a compris que c’était lui.

Andrea Di Stefano

Andrea Di Stefano © AFP

La musique est mélancolique, ce qui est inhabituel pour ce genre de films. De plus, il n’y a aucune allusion à la drogue. Pourquoi ces choix ?

Andrea Di Stefano : La musique du film s’inspire du film Valse avec Bachir [2008, réalisé par Ari Folman, ndlr]. Mon choix de musique plutôt classique que pop, d’habitude présente dans ce type de films est complètement volontaire. Je n’ai pas fait d’allusions à la drogue car mon but était de parler de cette énorme vague qu’était Pablo Escobar. Il tuait tout le monde et exerçait une telle pression que certaines personnes allaient se faire tuer volontairement chez lui pour épargner leur famille. D’ailleurs, aux yeux du FBI c’était plus un serial-killer qu’un narcotrafiquant, notamment à cause des divers enregistrements qu’il possédait. Tuer Pablo Escobar, c’était tuer ses vingt-cinq acolytes derrière. C’était quelqu’un capable de parler normalement avec sa femme et en tuant à côté, mais la violence n’était jamais en direct.

Dimitri Rassam : Le but était d’être dans l’intimité d’un monstre pour mieux comprendre les choses. Le fait de ne pas avoir montré son ascension est une  bonne chose car c’est un film sur le personnage et non sur le traffic. C’est un vrai film d’auteur, pas un film de genre. Nous avons évité la facilité, nous sommes sortis des modèles classiques (chronologie, destin des personnages, etc.). Ceci dit, quelqu’un venu voir un biopic ne sera pas déçu, même s’il s’attendait peut-être à voir un film plus traditionnel.

Le sous-thème ne serait-il pas la prison, entre l’emprisonnement moral de Nico et l’emprisonnement physique d’Escobar ?

Dimitri Rassan : La thématique est plutôt le choix moral et le destin. Comment Nico peut-il être autant, mais surtout, aussi longtemps aveuglé par l’amour et par Escobar ? C’est aussi pour cela que l’on a pas pu montrer tout de suite l’aspect maléfique de Pablo Escobar. Le thème du destin montre en effet les différents niveaux d’emprisonnement que l’on peut avoir.

Dimitri Rassam ©Best Image
Dimitri Rassam ©Best Image

Les films de gangsters vous ont-ils inspirés ?

Andrea Di Stefano : Il y a Le Parrain pour l’aspect « Mafia et famille » et pour le mélo, ainsi que pour les questions universelles. Le fait qu’ils soient tueurs ne compte pas en fait. Il y a également le cinéma italien ainsi que le cinéma de Scorsese. Toutefois, l’inspiration ne vient pas tant des films classiques mais plus des films orientaux, comme les films japonais notamment.

Dimitri Rassam : Les films qui m’ont marqué sont Le Parrain,  Scarface. et Gomorra [2008, réalisé par Matteo Garrone, ndlr]  car on y démystifie le mal. J’ai l’impression d’avoir accompagné Andrea dans une aventure. Pour la musique, on a d’abord pensé au spectateur en mélangeant les références. Nos inspirations viennent également des Sopranos pour « l’héroïque chef de famille atypique ». Notre intérêt était de montrer qui Escobar était.

Quelle est votre scène préférée ?

Andrea Di Stefano : Je suis fasciné de voir mes acteurs jouer. Ma scène préférée est celle de la chambre où l’on voit Escobar pensif, la scène d’ouverture.

Dimitri Rassam : J’en ai plusieurs mais c’est principalement celle de la maison de poupées car elle est tout simplement surréaliste. Le tournage a duré quatorze semaines, ce fut un véritable plaisir. C’est un vrai choix de cinéma d’avoir pris le format 35mm. On espère qu’il va durer. On aime aussi le film pour son humour, c’est un film 100% français.

 

Paradise Lost sera en salles le 5 novembre prochain, découvrez très prochainement notre critique.

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