Christopher Nolan et Timothee Chalamet
Crédits : AMC Universal Citywalk IMAX / G. Reddy

Christopher Nolan et Timothée Chalamet : les secrets d’une scène coupée d’Interstellar

À l’occasion d’une rétrospective exceptionnelle pour les douze ans d’Interstellar, Christopher Nolan et Timothée Chalamet se sont retrouvés pour échanger sur les coulisses du tournage. Entre respect mutuel et révélations sur un montage impitoyable, les deux hommes reviennent sur une scène qui a marqué les débuts de l’acteur.

Le temps n’efface pas tout, surtout pas les souvenirs de jeunesse sur un plateau de Christopher Nolan. Alors qu’il n’avait que 17 ans lors du tournage d’Interstellar, Timothée Chalamet incarnait Tom, le fils de Cooper (Matthew McConaughey). Un rôle court mais formateur, marqué par une déception que l’acteur n’avait jamais vraiment digérée : la disparition au montage d’une scène clé qu’il jugeait être sa meilleure performance.

« Tu as fait ce que tu voulais »

Lors de cet entretien, Nolan n’a pas hésité à taquiner Chalamet sur son tempérament déjà bien affirmé à l’époque. « Je me souviens très bien de cette prise, » raconte le réalisateur. « Je t’avais donné une direction très précise sur la retenue, et tu as foncé, tu as fait exactement ce que tu voulais, putain. Sur le moment, j’étais presque furieux, mais en regardant les rushes, j’ai vu que tu avais raison sur l’émotion. »

Chalamet, amusé, a rebondi sur cette exigence qui l’avait alors terrifié : « Je pensais que j’allais être viré ! J’avais ce sentiment que si je ne donnais pas tout dans cette scène, je passerais à côté de mon film. Et quand j’ai vu le résultat final au Lincoln Center, et que la scène n’y était pas… je suis rentré chez moi avec mon père et j’ai pleuré pendant une heure. »

La dure loi du montage

Cette improvisation, bien que puissante, n’a jamais trouvé son chemin vers l’écran. Nolan a expliqué ce choix avec la froideur analytique qui le caractérise : « Le cinéma est une question de focus. Pour que le voyage de Cooper fonctionne, le spectateur devait rester ancré dans son obsession pour Murphy. Si ta scène était restée, le public se serait trop attaché à Tom enfant, et le passage à Casey Affleck (Tom adulte) aurait été trop brutal émotionnellement. On a dû te sacrifier pour le bien du récit. »

Une explication que Chalamet accepte aujourd’hui avec le sourire : « C’est la plus grande leçon que j’ai apprise. On ne joue pas pour soi, on joue pour le film de quelqu’un d’autre. »

De la frustration à la reconnaissance

Douze ans plus tard, l’amertume a laissé place à une admiration mutuelle. Si Nolan admet aujourd’hui que le talent de Chalamet était déjà « évident et indomptable », l’acteur, de son côté, reconnaît que cette friction a forgé sa méthode de travail actuelle. « Christopher ne vous caresse pas dans le sens du poil, il attend que vous soyez à la hauteur du cadre qu’il a bâti. » Un cadre que Chalamet, au regard de sa trajectoire depuis son passage dans les étoiles (Call me by your name, Le roi, Dune), semble avoir désormais parfaitement apprivoisé.

Vous pouvez retrouver l’entièreté de cet échange en vidéo entre les deux protagonistes ci-dessous.

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