Laurence Leboeuf et Karine Gonthier-Hyndman dans Deux femmes et quelques hommes
Crédits : Les Alchimistes

Deux femmes et quelques hommes, l’adultère comme planche de salut

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Entre deux couches et une dose d’antidépresseurs, Violette et Florence ont trouvé le remède miracle à leur ennui : l’adultère. Dans Deux femmes et quelques hommes, remake du film culte de 1970, Chloé Robichaud filme la réappropriation des corps avec une sororité désarmante. Quand l’adultère devient une planche de salut.

Il y a eu le plombier, et l’exterminateur, et le peintre, et le gars du câble… Des plans cul aussi courts qu’intenses. De toute manière, ce n’est pas la passion que Violette et Florence cherchent dans ces adultères. Ces moments de félicité, volés lors de l’intervention d’un ouvrier émoustillé, les ressuscitent. Et leur redonnent un souffle de vie.

Il faut dire qu’elles en ont bien besoin. Violette (Laurence Leboeuf) vient d’accoucher. Son compagnon sillonne les routes et la laisse seule dans leur appartement. Elle n’a goût à rien et passe ses journées à la fenêtre, à observer la rue enneigée. Tout comme sa voisine Florence (Karine Gonthier-Hyndman), dont les antidépresseurs ont tué la libido. Son couple stagne, son mari est gentil mais désabusé.

Les deux femmes traversent leur quotidien sans réellement contrôler quoi que ce soit. Jusqu’à ce qu’elles décident de s’adonner à des relations extraconjugales, histoire de reprendre la main sur leurs corps.

Deux femmes et quelques hommes, un remake en or

Deux femmes et quelques hommes, c’est le remake d’une comédie culte au Québec. Quand Claude Fournier sort Deux femmes en or en 1970, son film remporte un franc succès. Déjà parce que cela fait quelques années que les films érotiques se multiplient, en pleine Révolution tranquille. Une période singulière de l’histoire de la province, marquée par la modernisation.

En l’espace de quelques années, le pays s’extirpe du joug de l’Église catholique, qui régnait autant sur les mœurs que sur l’administration. Forcément, une comédie qui fait la part belle au libertinage, ça détonne. Et puis il y a l’humour, qui permet de conjuguer sexe et grand public, sans jamais tomber dans le voyeurisme.

Des caméos pour les Québécois

Le film original n’est toutefois jamais très loin. Déjà par le coquet casting, qui parlera toutefois peu au public français. À l’instar de Claude Fournier, Chloé Robichaud a offert les rôles des amants… à des humoristes.

Arnaud Soly, Sam Breton, Claude Legault, Fabien Cloutier ou encore Patrick Emmanuel revêtent tour à tour le bleu de travail, le jean trop bas de l’ouvrier au travail ou le polo logoté. Si leurs courtes apparitions ont enthousiasmé les Québécois, les Frenchies n’y verront qu’une myriade de travailleurs dominés. La référence disparaît, l’hilarité reste.

Sororité et chignons défaits

Cette nouvelle version s’inscrit dans la même lignée. À ceci près que la dimension féministe du film est renforcée. La sororité de ces deux quadragénaires, notamment, a de quoi euphoriser. Leur joie, une fois l’épanouissement retrouvé (bien qu’éphémère), contamine le public.

Leur naturel, aussi, a de quoi réchauffer les cœurs. Chloé Robichaud n’hésite pas à les filmer comme n’importe quelle femme est chez elle : avec un masque trop cher sur le visage et un chignon fait à la va-vite.

Cette impression de les saisir dans leur quotidien se retrouve également dans le sexe. Si le film est catégorisé comme érotique, Chloé Robichaud s’abstient de magnifier ces séquences.

Ainsi, quand Florence se met à califourchon sur le plombier, l’homme a encore la tête… sous l’évier de la cuisine. Les deux amants le font à même le sol, leurs visages dissimulés par le meuble encore ouvert. Le choix du plan large, depuis l’autre bout de la pièce, renforce la spontanéité du moment. Enfin, si l’on oublie que notre héroïne a volontairement enfilé une robe ce jour-là pour mieux se trémousser au-dessus de l’ouvrier.

Attention à ne pas s’y méprendre : la réalisatrice n’entend pas signer un pamphlet pour l’adultère. Encore moins vendre les bienfaits du polyamour pour des couples en crise. Ces relations extraconjugales sont surtout prétexte à raconter les retrouvailles de ces deux femmes… avec elles-mêmes. Et à s’interroger sur, au fond, ce qui les rend vraiment heureuses.

— Lisa FAROU

Auteur·rice

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