Quel drôle de titre pour un film aussi lumineux. Sous ces trois mots secs se cache le portrait d’un père qui apprend, pas à pas, à s’attacher, porté par un Romain Duris à fleur de peau et magnifié par la musique d’Ibrahim Maalouf.
Safy Nebbou transpose ici, dans la Thaïlande d’aujourd’hui, le film norvégien Hjertestart, réalisé par Arild Andresen en 2017. Tout l’enjeu du récit tient dans ce lien qui, au départ, n’existe pas, et qui va se tisser au fil d’un voyage, de rencontres, d’épreuves aussi. C’est le long périple que mène le héros, qui vient de perdre sa femme, de la France vers la Thaïlande, pour retrouver la famille biologique de son fils adoptif. Loin des sentiers battus et des circuits touristiques, cet homme rendu vulnérable par le deuil et par la charge d’élever seul son jeune enfant va peu à peu trouver l’apaisement en tissant les liens de la paternité.
De l’ombre du hublot de l’avion qui les mène en Thaïlande, où l’on devine un père attentif mais incapable de gestes de tendresse, à la lumière ardente de l’eau où père et fils finissent par s’étreindre, le chemin parcouru par ces deux âmes éprouvées par la vie est lumineux et plein d’espoir.
En filmant avec une grande délicatesse, et en utilisant la reconstitution symbolique, notamment pour l’accident de voiture de la femme de Thomas, le réalisateur évite la lourdeur psychologique que la situation aurait pu prendre. Les émotions liées à la perte, à la difficulté d’être parent et à l’attachement semblent universelles. Le choix de Romain Duris n’est d’ailleurs pas anodin. Habitué à des rôles plutôt sombres ou torturés, l’acteur n’a pas peur de confronter ses personnages à la fragilité et à la vulnérabilité. Que l’on pense à Nos Batailles de Guillaume Senez (2018) ou au Règne animal de Thomas Cailley (2023), il a souvent incarné des pères paumés, dépassés par les événements, un peu durs, qui se radoucissent avec le temps.
Ici, il campe un père extrêmement bienveillant, mais empêché par le deuil qui le happe et le plonge dans une profonde tristesse. Le jeu de l’acteur passe d’abord par le corps, l’expression du visage, la tristesse qui se lit dans les yeux. À travers un jeu subtil et tout en nuances, on ressent toute sa détresse devant cet enfant qu’il aime et dont il doit apprendre à s’occuper.
— Marie B
Ne pas fermer les yeux – Tribune
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