Photo du film Le Virtuose
Crédits : Black Bear Pictures

Le Virtuose, quand le conservatoire flirte avec le cambriolage

IMDb7.5/10Letterboxd3.8/5Metacritic75/100Rotten Tomatoes94%
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Un accordeur de piano à l’ouïe si fine qu’elle en devient une arme. Entre les salons feutrés du conservatoire et les coffres-forts qu’on ne devrait jamais pouvoir ouvrir, Le Virtuose tisse un thriller aussi sensoriel qu’inattendu, porté par un duo Woodall / Hoffman en état de grâce.

Le Virtuose raconte l’histoire de Niki (Leo Woodall), un jeune homme qui souffre d’hyperacousie, une intolérance aux bruits ordinaires. Cette maladie l’a forcé à abandonner son rêve de devenir pianiste classique. Néanmoins, son ouïe fine lui permet de gagner sa vie comme accordeur de piano sous la tutelle d’Harry (Dustin Hoffman), un ancien pianiste. C’est dans cette fonction que Niki rencontre Uri (Lior Raz), un cambrioleur qui reconnaît l’utilité de son ouïe pour le percement de coffres-forts.

Le film se distingue en fusionnant le milieu du conservatoire et celui du cambriolage haut de gamme. Réalisé par Daniel Roher, Le Virtuose raconte l’histoire classique d’un jeune homme poussé vers le crime par les circonstances. Cependant, le scénario va au-delà de cet archétype pour poser des questions significatives : qu’est-ce qu’on fait d’un talent qu’on ne peut pas cultiver de façon traditionnelle ? Le métier d’accordeur n’approchera jamais celui d’un musicien classique sur le plan de l’épanouissement personnel. Le film met aussi en lumière l’hyperacousie en montrant comment un son du quotidien peut devenir, pour Niki, un véritable supplice.

L’histoire mélange également plusieurs genres : le roman d’apprentissage, le thriller et la compétition artistique. Le scénario, qui rappelle des œuvres comme L’Affaire Thomas Crown et Vrais Voisins, Faux Amis, aborde des thèmes universels. Est-ce que ça constitue véritablement un crime si on cambriole des gens si riches qu’ils ne s’en rendront même pas compte ? Ou si on vole pour donner l’argent à quelqu’un qui en a vraiment besoin ?

Le Virtuose dépeint aussi la vie difficile d’un musicien classique, l’intensité du travail et de la compétition, particulièrement visible dans les scènes entre Niki et Ruthie (Havana Rose Liu), une jeune pianiste dont il tombe amoureux. Le film s’intéresse également à ce que deviennent les artistes qui ont dépassé leur apogée : le fait qu’Harry, autrefois pianiste, soit devenu propriétaire d’une entreprise d’accordage illustre bien que le métier de musicien professionnel ne dure pas toujours. Il est visible qu’il a traversé cette transition grâce à l’amour et à la compassion de sa femme Marla (Tovah Feldshuh).

Le casting est merveilleux. Leo Woodall incarne Niki avec panache. Revoir Dustin Hoffman à l’écran a quelque chose d’un cadeau : l’acteur qui s’était fait connaître en incarnant le personnage iconique de Benjamin Braddock dans Le Lauréat, avant de marquer les esprits avec Rain Man, interprète ici son rôle avec toute la finesse qu’on lui connaît. Tovah Feldshuh, Lior Raz et Havana Rose Liu complètent le tableau avec justesse.

Le Virtuose est un film engageant qui fait réfléchir et amène le spectateur à des questions existentielles sur le crime, la compétition professionnelle et l’amour. Une belle proposition parmi les sorties de la saison.

— Leonora CRAVOTTA

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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