Milos Forman, le grand réalisateur qui a remporté deux Oscar du Meilleur Réalisateur, vient de décéder à l’âge de 86 ans.

Milos Forman a eu deux vies de réalisateur: celle d’avant le Printemps de Prague en Tchécoslovaquie, dont on connait moins les œuvres, puis celle aux Etats-Unis. Il y a réalisé une dizaine de films, dont sept ont clairement marqué entre 1975 et 2000 toute une génération émue et parfois indignée par les sujets traités. On est évidemment attristé par cette disparition et on refait brièvement le tour de la carrière de ce grand réalisateur.

Le film culte qui le fit réellement connaître du public américain, c’est Vol au dessus d’un nid de coucou, grâce auquel il remporta pas moins de 4 prix aux Oscar de 1976 du : Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, Meilleur Acteur pour Jack Nicholson et Meilleure Actrice pour Louise Fletcher. Adapté du livre de Ken Kesey que lui envoya l’acteur Mickael Douglas devenu producteur, il y aborda audacieusement la folie dans un hôpital psychiatrique, mais aussi la violence et l’inhumanité qui y régnait.

Ses films dressaient souvent un portrait sans concession de la société américaine et étaient assez engagés politiquement. Le réalisateur dénonçait les abus de pouvoir des institutions sur l’individu grâce à la fiction, vraisemblablement par le prisme de sa propre histoire personnelle et le manque de liberté qu’il avait connu à Prague. Ainsi la comédie musicale antimilitariste Hair en 1979, adaptée de la scène de Broadway, critiquait la façon dont l’armée avait envoyé les jeunes gens au Vietnam, tout en montrant l’autre versant des drogues et du mouvement hippie.

En 1981 avec Ragtime, il évoquait le racisme de société américaine du début du XXème siècle. En 1997, il critiquait dans Larry Flint la société puritaine exacerbée dans les années 80 et retraçait la vie sulfureuse du nabab de l’industrie pornographique (Woody Harrelson) et le débat tumultueux qui s’en suivit sur le Premier amendement de la Constitution des Etats-Unis à propos de la liberté d’expression.

Milos Forman a aussi réalisé des films d’époque et en costumes. On pense évidemment à Amadeus en 1984 qui, loin d’être un biopic classique, racontait l’admiration et la jalousie du compositeur Salieri envers le génie du compositeur Mozart et son Requiem. Le film remporta l’Oscar 1985 du Meilleur Film et celui du meilleur Acteur pour F.Murray Abraham. Puis il adapta Les liaisons dangereuses, le fameux roman de Chaderlos de Laclos dans Valmont, avec Annette Bening et Colin Firth, mais il dut changer le titre car Stephen Frears sortait cette même année 1989 son Dangerous Liaisons.

Le réalisateur rendit hommage en 2000 dans Man on the Moon à un homme emblématique de son époque, le comique américain Andy Kaufman (Jim Carrey), qui continue à inspirer de nombreux comiques par son excentricité. On ne saurait que vous conseiller de (re) découvrir tous ces films de Milos Forman, qui a su y insuffler sa passion, sa quête de la vérité et sa double culture. Et si vous en avez l’occasion, n’hésitez pas à jeter un œil sur le très beau documentaire Milos Forman: un outsider à Hollywood que les sœurs Julia et Clara Kuperberg lui ont consacré.

Sylvie-Noëlle

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