Si, au Blog du Cinéma, on s’efforce de couvrir les news et les sorties les plus récentes du moment, je vous propose exceptionnellement de retourner en arrière, au début du 20ème siècle, à la découverte de l’un des auteurs les plus fascinants qui soit et paradoxalement l’un des moins adaptés au cinéma, Howard Philips Lovecraft.
Sa réputation est internationale, son influence est considérable, et pourtant, rares sont les réalisateurs qui ont osé s’attaquer à son œuvre.

– Quelles en sont les raisons ?
– Qu’est-ce qui fait de l’auteur américain un cauchemar pour quiconque prétend représenter son œuvre par un art visuel ?
– Certaines adaptations y sont-elles parvenues, et si oui, quels ont été les stratagèmes utilisés pour mettre en scène le gigantesque univers Lovecraftien ?

C’est à partir de ces problématiques que je vous propose ce dossier consacré au lien entre les écrits du maître du fantastique et l’exploitation de ses œuvres au cinéma. Nous nous pencherons sur des auteurs aussi variés que Christopher Gans, John Carpenter ou Andrew Leman, pour tenter d’expliquer et de comprendre les différentes représentations qui peuvent être faites de ce que Lovecraft appelle « l’indicible ». Mais d’abord, voici un bref résumé de son œuvre pour les néophytes.

Howard Philips Lovecraft, né en 1890 dans l’Etat de Providence, est aujourd’hui considéré comme le plus grand écrivain fantastique du 20ème siècle et l’un des maîtres du genre avec Edgar Allan Poe. Malade et misanthrope, en proie à des terreurs nocturnes et traumatisé par les troubles psychiques qui ont frappé et tué ses parents, il a fait de sa haine de la modernité une œuvre placée sous le signe de la peur, dans laquelle l’Homme se voit confronté, entre autres, à un panthéon de dieux cosmiques. Il a crée toute une mythologie avec son propre langage et son propre passé, qu’il détaille dans chacune de ses nouvelles et poésies. S’il n’a jamais connu le succès de son vivant, son œuvre est aujourd’hui cité comme une influence pour des auteurs tels que Stephen King ou Alan Moore, mais également pour d’autres artistes tels que H.R Giger, John Carpenter, ou encore Metallica qui doivent énormément au maître de l’horreur et lui ont fréquemment rendu hommage par leurs travaux respectifs.

La manière qu’a Lovecraft de mêler les peurs très terre-à-terre du monde moderne et l’horreur absolue d’immensités cosmiques dépassant de loin les Hommes est un exemple pour de nombreux écrivains de l’époque ; quelques années après l’Appel de Cthulhu, une des bases de la mythologie qu’il met en place dans chacune de ses œuvres, un cercle se forme autour du mythe, et de nombreux écrivains réinterprètent ou exploitent l’univers mis en place par Lovecraft, au grand plaisir de celui-ci. En plus de participer à l’expansion du mythe, ces nouvelles étaient parfois même reprises par Lovecraft lui-même comme une pierre de plus qui lui permettait de franchir le pas entre fiction et réalité. En effet, Howard Philips Lovecraft a toujours été ouvert à l’interprétation de son œuvre par d’autres talents littéraires. Il encourageait les auteurs avec qui il correspondait à enrichir ses idées, ses thématiques, et à participer à la construction d’un univers « étendu », bien que ceux-ci se contentaient souvent de rester dans l’ombre du maître et d’étoffer plutôt que d’inventer. Adapté dans la plupart des arts qui existent, l’univers de Lovecraft peut donc bel et bien être vu comme une seule et unique œuvre gigantesque. Cette oeuvre a énormément été utilisée par la plupart des arts, comme la littérature, la musique, les jeux-vidéos… Cependant, s’il est facile d’être influencé par les récits de l’américain, il est très difficile de l’adapter, notamment dans les arts visuels que sont la peinture ou le cinéma. Bien qu’il soit très ouvert aux réinterprétations de ses écrits, le cinéma adapté de l’auteur américain est souvent réputé et décrié comme n’ayant jamais pu lui rendre justice – il en est de même pour une énorme majorité des représentations visuelles montrant directement l’univers de Lovecraft.

Je vous propose donc la première partie d’un dossier constitué de critiques, d’analyses comparatives et de pensées personnelles, qui s’efforcera de répondre, ou du moins d’offrir des pistes aux questions posées en introduction !

LOVECRAFT et le cinéma : l’auteur est-il, par essence, inadaptable ?
LOVECRAFT et le cinéma : La Malédiction D’Arkham
– LOVECRAFT et le cinéma : Re-Animator
LOVECRAFT et le cinéma : L’antre de la folie

Nous embrayerons en février, sur une deuxième partie, en vue d’une conclusion :
LOVECRAFT et le cinéma : Dagon
– Analyse comparative + critique L’Appel de Cthulhu
L’héritage de LOVECRAFT
Conclusion