De PUSHER à ONLY GOD FORGIVES, de l’essai talentueux mais immature au film formellement abouti mais inaccessible, nous nous sommes penchés sur les 9 longs métrages de Nicolas Winding Refn précédant THE NEON DEMON.

Après une grosse bataille entre rédacteurs pour défendre notre oeuvre favorite, nous avons finalement pu définir un top 9 des films de l’auteur – du moins génial, au plus indéniable !

 

N°10 : FEAR X

Copyright Editions Montparnasse

FEAR X marque les débuts américains de NWR, avec en théorie, un film-cerveau à l’esthétique fascinante et aux références assumées. Mais si envoûtante que soit l’enveloppe audio-visuelle, dans le fond, il n’y a que vacuité et clichés. Dommage.

CRITIQUE

 

N°9 : BRONSON 

 

BRONSON, c’est ce film très Kubrickien sur la violence, qui pourrait paraître absolument gratuit sans une re-contextualisation au sein de la filmo de NWR. En effet, ce thème, la violence, est central dans son oeuvre. BRONSON n’en est qu’un traitement, presque métaphysique. Que se passe t-il lorsque la violence (personnifié par un fantastique Tom Hardy)se regarde elle-même ?
Résultat, un film esthétiquement puissant, mais très difficile à appréhender au delà du plaisir du coup de poing.

CRITIQUE

 

N°8 : PUSHER

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PUSHER, c’est ce polar Scorsese-ien sous stéroïdes qui remiserait toute psychologie ou même empathie, au profit d’un rythme dément et d’un univers solide, le tout posant les bases d’une puissante mythologie. Par la suite, NWR transformera cet essai en monument, mais pour l’instant il ne s’agit que d’un premier film prometteur dont la seule véritable qualité est de carburer à l’énergie brute, à l’urgence.

CRITIQUE

 

N°7 BLEEDER

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BLEEDER comme Bronson, ne prend de valeur qu’en regard de l’oeuvre de NWR. Au premier regard, ce second film parait très mineur: pas de prétentions esthétiques, pas de symbolique, pas vraiment de charisme… Il s’agit néanmoins d’un passionnant film-somme. À travers quelques personnages écrits de façon à refléter les obsessions de NWR et à les mettre en perspective par l’interaction, BLEEDER gagne progressivement en force dramatique par la consistance de ses histoires, jusqu’à basculer pleinement dans le thriller et par extension, la mythologie Pusher-ienne. Un film précieux à découvrir absolument.

CRITIQUE

 

N°6 : VALHALLA RISING

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Comme Bronson ou Only God Forgives, VALHALLA RISING est un film à l’esthétique somptueuse, ou le dialogue avec le spectateur ne passe que par l’Image. Un film très “1er degré” dans lequel il faut avant tout s’envelopper, s’immerger corps et âme. Puis, encore une fois grâce à une certaine re-contextualisation, il sera possible d’y voir pourquoi pas, un film personnel et symbolique sur NWR lui-même. L’auteur ne compare t-il pas les sensibilités inhérentes au Danemark, à l’Europe, et aux États-Unis, à propos de cinéma ? À propos de la violence ? Bref. Un film à décrypter en fonction de son rapport au cinéaste – ou pas.

CRITIQUE

 

N°5 : THE NEON DEMON

« THE NEON DEMON » : plongée glaciale et grinçante dans le monde de la mode

« THE NEON DEMON » : plongée glaciale et grinçante dans le monde de la mode

Le dernier acte est une formidable métaphore de l’état actuel du cinéma de NWR. Lorsque l’on “se fait” la/le petit(e) prodige, le résultat peut varier d’une personne à l’autre : la pleine satisfaction ou l’indigestion. Voila exactement les extrêmes réactions possibles à la fin de THE NEON DEMON. A l’image de ces filles qui veulent conquérir les podiums en bouffant leurs adversaires, Nicolas Winding Refn veut conquérir le cinéma à base de travellings et de néons. Un programme qui nous réjouit au plus haut point.

CRITIQUE

 

N°4 : PUSHER III

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C’est encore par le thème de la paternité que PUSHER III s’émancipe de son simple statut de polar pour devenir un film sensible, épais émotionnellement et passionnant. Qu’est ce qu’être père ? Comment trouver sa place dans sa famille ? Comment assumer ses responsabilités de parents ? Voilà un échantillon de questions soulevées dans ces films. Refn nous parle de choses communes, on est tous le fils de quelqu’un, le parent actuel/futur d’un enfant. PUSHER III c’est avant tout l’histoire de Milo, loin du gangster un peu abruti que le premier volet nous dépeignait est ici un homme dépassé et attachant voulant donner l’impression de toujours gérer. PUSHER III  est l’aboutissement d’une trilogie construite dans la débrouille où la violence sèche se mêle à l’introspection.

CRITIQUE

 

N°3 : ONLY GOD FORGIVES

Photo du film ONLY GOD FORGIVES

En ayant visionné l’intégralité de la filmographie de NWR grâce à cette rétrospective, nous avons pu porter un regard différent sur OGF, que nous n’avions pas lors de sa sortie salles. Plutôt qu’une oeuvre prétentieuse, OGF nous est apparu comme trop personnel pour être accessible. En effet, il est une synthèse de l’ensemble des thématiques ayant nourri le cinéma de NWR: parentalité, violence, fascination pour La Femme, importance de la symbolique, cinéphilie, autobiographie et catharsis. Mieux, il est cette clé permettant de décrypter ses films les plus obscurs, abscons ou mineurs, comme Valhalla Rising, Bronson et surtout Bleeder. Puis détail : c’est fantastiquement beau. Bref. un chef d’oeuvre, même s’il est parfaitement inaccessible.

 

N°2 PUSHER II

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Ce qui est intelligent dans PUSHER II, c’est sous quel axe Refn développe ses personnages. Tonny, le héros principal du deuxième volet, est d’abord présenté dans le premier Pusher comme le rigolo, le copain qui nous accompagne partout, qui se fout de tout, qui prend peu de choses au sérieux. Là, il prend une toute autre ampleur en devenant le protagoniste numéro un. A sa sortie de prison, il retrouve son père « Le Duc », afin d’essayer de travailler avec lui et de gagner son estime. Choses, qu’il n’a jamais eu. On retrouve un personnage travaillé intérieurement par un mal-être persistant et dès lors le spectateur le regarde différemment car il n’est plus le clown de service mais un homme avec des blessures. C’est comme le 1ER au niveau de la mise en scène mais le film est bien plus riche en terme d’écriture, avec un discours sur la paternité intéressant, mené par une double relation (Tonny et son père, Tonny et son fils). C’est beau, c’est émouvant et toujours sans concessions.

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N°1 : DRIVE

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Si on demande au public, quel est le film de Nicolas Winding Refn qui leur vient en tête en premier, nul doute que DRIVE sera le titre qui reviendra le plus. Prix de la Mise en scène à Cannes, autant estimé par la presse que le public, on peut dire que le 8ème film du réalisateur danois est le plus abouti.
DRIVE est un réel condensé de tout le cinéma de Refn mais sans gras. Tout va à l’essentiel, combinant avec ingéniosité un sens de la mise en scène prodigieux (l’intro, aux forts accents Mannien, calme tout le monde d’entrée) et tous les thèmes irriguant la filmographie du réalisateur danois. Rien n’est inventé dans ce film mais tout est magnifié. Si bien que cette simple intrigue de polar made in 80’s devient autre chose. Spleen et violence se mêlent sous la caméra d’un Refn captant les discours cachés dans les gestes et les regards, plutôt que dans les dires. Dans les dernières secondes, Irène s’approche de la porte de l’appartement du driver. Elle s’apprête à frapper mais ne le fait pas. Ce geste fugace de main retenue est un crève-cœur. On savait que Nicolas Winding Refn était habile dans l’utilisation du geste et des symboles mais son cinéma atteignait rarement l’équilibre requis pour concilier l’exigence de ses obsessions et l’accessibilité au grand public. C’est chose faite avec DRIVE.

CRITIQUE

 

VOILA
On fous invite à consulter notre rétrospective NWR :

PUSHER – la trilogie, par Maxime
BLEEDER, par Georgeslechameau
FEAR X, par Vivien
BRONSON, par Paul
VALHALLA RISING, par Vivien
DRIVE par Maxime, le 11 mai
ONLY GOD FORGIVES, par Georgeslechameau, le 13 mai
avec en parallèle de la critique de OGF, celle de MY LIFE DIRECTED BY NICOLAS WINDING REFN de Liv Corfixen

et THE NEON DEMON à partir de sa projection cannoise, le vendredi 20 mai 2016