Eric Lavaine est coutumier des comédies qui font réfléchir : il a commis Incognito, qui traitait de la gloire et de l’usurpation du succès, et plus récemment Barbecue, dont le sujet était la résistance de l’amitié au passage à la cinquantaine. Lors de la présentation à Bordeaux de RETOUR CHEZ MA MÈRE, il disait vouloir évoquer la Génération Boomerang qui touche ces adultes obligés de retourner vivre chez leurs parents. Alors que le ressort du sujet ambivalent de la famille – tantôt refuge, tantôt lieu d’une grande violence – est plutôt dramatique, Lavaine a souhaité l’aborder sous l’angle de la comédie. La quasi-totalité des situations et dialogues des relations parents/enfants et frères/sœurs (qu’il a travaillés avec son co-scénariste habituel Héctor Cabello Reyes) est inspirée de moments de vie vécus ou racontés par des proches. Le réalisateur revendique d’ailleurs avec humour n’avoir aucune imagination mais seulement une très bonne mémoire !

image du film Retour chez ma mère

© Pathé Distribution

Stéphanie (Alexandra Lamy, plutôt neutre) revient donc chez sa mère Jacqueline veuve depuis peu (Josiane Balasko, qui s’en donne à cœur joie dans ce personnage en couleur). Divorcée, elle a perdu son cabinet d’architecte pour d’obscures raisons qui seront très vaguement expliquées à la fin. RETOUR CHEZ MA MÈRE a pour socle les relations de Stéphanie avec sa mère et tout ce qui a trait à l’inévitable reproduction des schémas comportementaux classiques adulte/enfant. Lavaine exploite tous les ingrédients de la cohabitation entre cette mère et sa fille, qu’elle n’a pas vue (ou refuse de voir) grandir. On aura alors droit à tous ces tics et exigences qu’ont les parents âgés qu’une adulte peut aisément supporter durant un week-end, et encore, mais difficilement au quotidien ! A cette manie agaçante du rangement et des horaires à respecter, aux bruits multiples produits par la mère et qui dérangent la fille dans sa concentration. RETOUR CHEZ MA MÈRE aborde aussi les relations tendues de Stéphanie avec les deux autres membres de la fratrie :  la jalousie et les non-dits ravivés de la part de sa sœur hargneuse Carole (Mathilde Seigner) ou la mise en abîme des souvenirs avec son frère égoïste Nicolas (Philippe Lefèbvre).

« Par ses échanges laborieux et affligeants de banalités, RETOUR CHEZ MA MÈRE reste à la surface de son sujet »

Les personnages sont très stéréotypés, tels le gentil beau-frère Alain (Jérôme Commandeur, dans son habituel rôle de type soumis), comme si un seul adjectif suffisait à dépeindre la complexité d’un caractère. On comprend bien que cette simplicité sert le scénario pour mettre en valeur le personnage central plus abouti de Jacqueline, mère et néanmoins encore femme.
Le point d’orgue de RETOUR CHEZ MA MÈRE est le fameux dîner au cours duquel Jacqueline veut absolument annoncer une grande nouvelle, mais rien ne se passera évidemment comme prévu. Un réalisme qui se veut drôle et décalé mais qui ne permet pas au spectateur d’y voir autre chose qu’un dîner vécu avec sa propre famille et un moment de cinéma plutôt raté. Le rythme de RETOUR CHEZ MA MÈRE se veut volontairement lent car le réalisateur souhaitait faire ressentir au spectateur la pesanteur et l’ennui auxquels est confrontée Stéphanie. Et de ce point de vue, il a atteint son objectif. Les échanges entre les personnages sont plutôt laborieux, affligeants de banalités mais surtout… Il ne se passe rien d’intéressant ! Comment se passionner ou s’émouvoir pour ces histoires d’héritages, de nue propriété, d’argent, de vente de propriétés (un ensemble qui rappelle Belles Familles). On laisse parfois échapper un sourire face à des malentendus et autres piètres jeux de mots. Bien sûr, une comédie n’a pas vocation à faire rire tout le temps, et on n’a pas pour exigence de s’esclaffer devant chaque scène.

image du film Retour chez ma mère

© Pathé Distribution

Certes Eric Lavaine veut dénoncer cette situation de jeunes adultes confrontés au chômage et aux problèmes d’argent. Mais pour dénoncer il faut encore que le spectateur ressente de l’empathie pour le personnage et soit touché par ce qu’il traverse. Il faut que le rire, voire le sourire, fasse naître l’émotion. Hélas, Stéphanie ne nous émeut qu’à de trop rares moments, dont le plus marquant est son incapacité à fermer le blouson de son jeune fils. Le masque de la jeune femme courageuse et orgueilleuse tombe alors. Eric Lavaine nous laisse entrevoir ses failles, qui font se craqueler sa bonne volonté et son enthousiasme. Ces moments lumineux, émouvants ou réellement drôles, que le réalisateur n’a pas choisi d’explorer plus avant, il y en a quelques uns dans RETOUR CHEZ MA MÈRE. Ainsi, la rencontre trop brève au Pôle Emploi est bien vue, avec un Patrick Bosso plouc à souhait et caution marseillaise du film tournée à Aix-En-Provence. De même que la révélation de la source des problèmes de Stéphanie et la façon intrusive et infantilisante que choisit Jacqueline pour l’aider, épargnant au spectateur une explication plausible. Il y avait pourtant là matière à creuser sur la fameuse relation mère/fille et la question de l’intérêt à maintenir à tout prix les relations avec la famille. Le réalisateur avait toutes les cartes en main pour faire de RETOUR CHEZ MA MÈRE un feel good movie, mais il s’est contenté de rester à la surface. Dommage.

Sylvie-Noëlle

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?